VIDEO. Marseille: La justice va-t-elle annuler la vente du McDonald's de Saint-Barthélémy?

JUSTICE Des salariés du McDonald’s de Saint-Barthélemy, dans les quartiers Nord, contestent le projet de reprise de leur restaurant, y voyant un « plan social déguisé »…

Mathilde Ceilles

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Les salariés de McDonald's devant le tribunal de Marseille.
Les salariés de McDonald's devant le tribunal de Marseille. — Christophe Simon / AFP
  • Ce jeudi, le tribunal examine la demande d’annulation de la vente du McDonald’s de Saint-Barthélémy.
  • Les salariés de ce restaurant contestent cette décision, craignant un « plan social déguisé ». Pour McDonald’s, il s’agit de sauver un maximum d’emplois dans un restaurant en difficulté.

L’audience est « cruciale », selon Me Ralph Blindauer. Ce jeudi, l’avocat représentera devant le tribunal de grande instance de Marseille les salariés du McDonald's de Saint-Barthélémy dans les quartiers Nord. Le tribunal devra dire s’il annule ou non la vente du fast-food, contestée depuis plusieurs mois.

L’affaire avait fait grand bruit, un salarié menaçant même de s’immoler l’été dernier. De Jean-Luc Mélenchon à Jean-Claude Gaudin, nombreux ont été les politiques à s’emparer de ce dossier, qui a même atterri sur le bureau du ministère de l’Economie. C’est aujourd’hui à la justice de se pencher sur le fond de l’affaire. 20 Minutes revient sur les enjeux de ce procès.

Quel est le projet de McDonald’s pour le restaurant de Saint-Barthélémy et ses 77 salariés ?

A l’origine de l’affaire se trouve un projet : la cession de cinq McDonald’s gérés par un franchisé, Jean-Pierre Brochiero, par un autre franchisé marseillais, Mohamed Abbassi, et la transformation du sixième, celui de Saint-Barthélemy dans les quartiers nord, en un restaurant asiatique halal, propriété de Hali Food.

Selon Jean-Pierre Brochiero, le restaurant de Saint-Barthélémy est déficitaire, avec 3,3 millions d’euros de perte depuis 2009. Et ce malgré les 404.000 euros touchés en 2014 en compensation des travaux de la L2, une rocade de contournement de Marseille en chantier depuis des années, qui longe le restaurant.

Le 8 septembre, le juge des référés du tribunal de grande instance de Marseille avait interdit la cession à Hali Food, soulignant notamment l'« insuffisance grossière et manifeste de moyens humains, financiers et matériels » du repreneur, le tout sous peine d’astreinte de 500.000 euros.

Mohamed Abbasssi avait finalement annoncé sa volonté de reprendre les six restaurants, celui de Saint-Barthélémy compris, à condition de supprimer les postes des quatre cadres du restaurant. Une proposition rejetée par les salariés, et notamment Kamel Guemari, directeur-adjoint à Saint-Barthélémy et délégué du personnel FO.

Pourquoi les salariés saisissent-ils la justice ?

L’avocat des 77 salariés du restaurant redoute en cette opération un « plan social déguisé ». « McDonald’s veut se débarrasser du restaurant de Saint-Barthélémy, en montant un business plan fantaisiste, un projet fictif, une escroquerie, jusqu’à ce que le restaurant coule, affirme Me Ralph Blindauer. Ils seront ainsi débarrassés, et McDonald’s peut toujours dire qu’ils ne font jamais de plans sociaux. C’est une saloperie ! Les pouvoirs publics paieront à la place de McDonald’s ! »

Pour Me Ralph Blindauer, l’argument du manque de rentabilité ne tient pas. « Il y a plein d’autres McDonald’s qui ne sont pas rentables, comme celui des Champs-Elysées, affirme l’avocat. En plus, celui-là n’est plus trop loin de l’équilibre, et la L2 vient d’ouvrir ! »

Enfin, selon l’avocat, cette vente cacherait une « grosse opération de discriminations syndicales qui vise à se débarrasser des syndicalistes, qui sont embêtants ». Selon Ralph Blindauer, Mohamed Abbassi ne voudrait pas des représentants syndicaux de Saint-Barthélémy, tout comme il aurait, d’après lui, supprimer toute représentation syndicale dans les restaurants qu’il vient d’acquérir. Et d’ajouter : « Ce procès prend une dimension internationale. McDonald’s veut montrer que cela ne sert à rien de lutter contre eux, pour mettre les salariés à genoux. La multinationale ne veut pas perdre la face devant une poignée d’irréductibles Marseillais. »

L’avocat demande donc à la justice de confirmer l’interdiction de cession du restaurant à Hali Food et d’empêcher la vente du McDonald’s à Mohamed Abbassi. « C’est le procès du pot de terre contre le pot de fer, affirme Me Blindauer. C’est la multinationale surpuissante contre une poignée de salariés. J’attends de la justice de mon pays qu’elle protège les plus faibles, pour que l’équilibre soit rétabli. »

Qu’en dit McDonald’s ?

Me Hippolyte Marquetty, l’avocat de Jean-Pierre Brochiero, réfute en bloc les accusations portées par la partie adverse. « Le message est simple : mon client veut assurer la pérennité d’un maximum d’emplois. » Pour l’avocat, cette perspective sera assurée si les salariés acceptent la proposition de Mohamed Abbassi. « Il a plusieurs restaurants, ça marche bien, il a fait ses preuves. Mon client vend car il a des problèmes de santé et une difficulté à retrouver l’équilibre financier. Et il veut trouver une suite à ce restaurant, qui a une importance, surtout dans ce quartier. Il n’a pas envie que les emplois soient perdus. »

La suppression des quatre postes de direction du restaurant représenterait « une économie de 400.000 euros par an sur la masse salariale, soit autant que la suppression de 30 postes de salariés de base », a affirmé Mohamed Abbassi à l’AFP en septembre dernier. « Hors de question d’accepter cette proposition bidon et irrecevable », avait réagi alors Kamel Guemari. « On essaie de bloquer en critiquant Monsieur Abbassi, mais c’est quelqu’un de bien et ils n’ont aucun élément objectif contre mon client », affirme l’avocat du franchisé marseillais, Me Vincent Burles.

Comme le révélait 20 Minutes mardi, deux lettres ont été envoyées en amont de ce procès aux salariés de Saint-Barthélémy. Dans la première, Mohamed Abbassi affirme vouloir « préserver l’emploi à Saint-Barthélémy », en conservant 60 postes et réitère sa proposition de reprise, sans les quatre cadres du restaurant.

Dans une seconde lettre, Jean-Pierre Brochiero soutient cette offre et affirme qu’il devra procéder à des licenciements si aucun accord n’était trouvé avant le 26 octobre, en raison de la situation économique de l’établissement. Un courrier qui a fait bondir Me Ralph Blindauer, et qui ajoute un peu plus de pression dans cette audience qui s’annonce d’ores et déjà tendue. Un rassemblement est prévu devant le tribunal ce jeudi.

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