Du PCB coule dans les riverains du Rhône

POLLUTION Sur leurs tee-shirts blancs, des taux de PCB, inscrits au feutre rouge. Hier, une vingtaine d'habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône se sont rassemblés au théâtre de la Criée, à Marseille, pour la présentation des résultats d'une étude ...

Frédéric Legrand

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Des habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône ont participé à l’étude de l’Asep et du WWF.
Des habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône ont participé à l’étude de l’Asep et du WWF. — P. MARSAUT / REPORTAGES / 20 MINUTES

Sur leurs tee-shirts blancs, des taux de PCB, inscrits au feutre rouge. Hier, une vingtaine d'habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône se sont rassemblés au théâtre de la Criée, à Marseille, pour la présentation des résultats d'une étude sur l'imprégnation des polychlorobiphényles (PCB). Ces produits, qui étaient utilisés dans l'industrie, les transformateurs électriques et beaucoup d'objets de consommation courante, sont interdits en France depuis 1987.

«Dans une intoxication chronique, les PCB peuvent faciliter le développement de certains cancers, et provoquer des troubles du développement chez les enfants», note le Dr Pierre Souvet, président de l'Association santé environnement Provence (Asep). En 2007, confronté à la contamination du Rhône par les PCB, le gouvernement avait interdit la consommation des poissons pêchés dans le fleuve. Dans la foulée, l'Asep et le WWF ont lancé une campagne de prélèvements sanguins pour déterminer le taux de PCB de 52 personnes, dont 42 vivant dans le delta du Rhône. Les résultats confirment les craintes des associations : les personnes vivant près du fleuve et qui consomment le poisson qui y est pêché ont un taux moyen de 69,9 picogrammes de PCB par gramme de graisse. Plus de quatre fois le taux moyen des personnes vivant loin du Rhône et ne consommant pas de poisson.

«On est un peu inquiets, mais pas trop surpris, analyse Gérard Casanova, membre du collectif Santé environnement de Port-Saint-Louis, qui affiche lui-même un taux de 52 picogrammes de PCB. Maintenant on se demande quel doit être notre taux de dioxyne ou de métaux lourds, car on ne peut pas avoir été contaminé seulement par les PCB.»

Les associations réclament un suivi des personnes contaminées et le lancement d'une enquête plus vaste. L'Etat leur a donné raison : la préfecture de bassin du Rhône a annoncé hier qu'une étude commencerait en octobre, sur quatre sites de 150 personnes chacun. Le préfet avait au passage critiqué les résultats de WWF, qui ne portent que sur cinquante personnes. «Notre étude reprend le protocole d'une centaine d'enquêtes en la matière, rétorque Patrice Halimi, médecin membre de l'Asep. Nous, on n'a pas les moyens de l'Etat, on est là pour aiguillonner.»