Non, Marseille n'est pas la «ville la plus dangereuse» d'Europe

FAKE OFF Un prétendu classement hissant Marseille à la première place des villes dangereuses fait le tour des réseaux sociaux... 

Mathilde Ceilles

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Une voiture de police à Marseille (illustration).
Une voiture de police à Marseille (illustration). — Amandine Rancoule / 20 Minutes
  • Un tableau circule sur les réseaux sociaux et présente Marseille comme la ville la plus dangereuse d'Europe.
  • Ce prétendu classement est très contestable.

Le tableau, diffusé via une capture d’écran sur les réseaux sociaux, a tout d’un classement sérieux. « Officiel : Marseille est la ville la plus dangereuse d'Europe », stipule-t-il. La deuxième ville de France présenterait un « Crime Index » de 61.34, juste devant Catane en Italie, ou de 62.90, devant Turin, selon les tweets.

« Marseille est la ville la plus dangereuse d’Europe, on s’en doutait juste un peu », ironise cet autre internaute. « Les vrais chiffres sont sur le net ? OK, donc Marseille est la ville la plus dangereuse d’Europe, poursuit un internaute. Y’a juste à voir le nombre de meurtres le mois dernier ! » En ce mois de septembre, les autorités déplorent en effet quatre règlements de comptes dans les Bouches-du-Rhône, sur un total de 19 depuis janvier, soit déjà plus qu’en 2017.

FAKE OFF

Les mêmes internautes relaient le lien vers le tableau, hébergé par le site internet Numbeo. Le problème ? Ce site  fonde son étude sur un sondage réalisé auprès de ses lecteurs. Les résultats sont ainsi obtenus à partir d’un échantillon peu représentatif. De plus, ils s’appuient non pas sur des faits mais sur le ressenti des personnes interrogées en matière d’insécurité.

« Il n’existe aucune étude scientifique de ce type qui comparerait une trentaine de grandes villes européennes pour déterminer la plus dangereuse, affirme Laurent Mucchielli, sociologue et chercheur au CNRS sur les questions de sécurité. On pourrait fait une enquête de victimation au sein de la population, pour les interroger sur la réalité, leur demander s’ils ont été victimes de vols ou de cambriolage par exemple au cours des derniers mois. Mais jamais un groupe scientifique européen n’a fait une enquête au même moment avec la même méthodologie. »

Quelle insécurité ?

Cette même méthodologie pose d’ailleurs question. Si l’on s’en tient aux statistiques officielles du ministère de l’Intérieur par exemple, l’évolution de la délinquance est calculée à partir du recensement de plusieurs délits distincts. En ce qui concerne, par exemple, les cambriolages, les autorités ont dénombré 10.465 logements visités à Paris, contre 4.693 à Marseille et 11.245 dans les Bouches-du-Rhône. En revanche, à Paris, on dénombre 17.475 vols violents sans arme en 2017, contre 3.153 à Marseille et 4.313 dans les Bouches-du-Rhône où vivent près de deux millions de personnes, soit une population preque équivalente à la capitale. 

De quoi tirer des conclusions ? « Sur quels critères se fonder pour définir l’insécurité ? s’interroge Laurent Mucchielli. Sur quelle forme de délinquance ? Ces études sont des représentations trop simples par rapport à une réalité complexe. On peut faire dire n’importe quoi à n’importe quel chiffre. Et pour comparer au niveau européen, il faudrait que les statistiques de la police soient fabriquées de la même manière dans les mêmes pays avec les mêmes lois. »

Le Chicago français

Comment expliquer alors qu’une telle intox fonctionne ? « L’erreur des gens consiste à penser que le phénomène de banditisme à Marseille serait la pointe émergée de l’iceberg que serait toute la société marseillaise, ce qui est faux, reprend Laurent Mucchielli. Cette façon de penser que Marseille est une exception un corps étranger remonte aux années 1930. Pourquoi ? Car c’est le moment où arrive le cinéma hollywoodien, et avec lui les films de gangster à Chicago. On colle donc à Marseille une image de Chicago français. »

​Le sociologue voit une autre raison à cette vision de Marseille, ville multiculturelle par excellence de par sa position géographique et son activité portuaire. « Il y a par là des formes de xénophobie, affirme-t-il. Marseille est assimilée à une ville d’immigrés. Or, certains font le lien entre immigration et délinquance. »

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