Marseille : Face aux règlements de compte et leurs victimes collatérales, les habitants se sentent abandonnés

QUARTIERS NORD Une marche blanche a été organisée ce dimanche à Marseille, suite au décès d’un Marseillais, victime collatérale d’un règlement de comptes.

Mathilde Ceilles

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Une marche blanche pour les victimes collatérales des règlements de compte
Une marche blanche pour les victimes collatérales des règlements de compte — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Un trentenaire est mort il y a quelques semaines dans un règlement de comptes dans lequel il n'était pas visé
  • Sa famille a organisé une marche blanche pour les victimes collatérales comme lui

Il s’appelait Engin. En mai dernier, ce trentenaire sans antécédent judiciaire a trouvé la mort dans les locaux d’une association sportive de l’Estaque alors qu’il n’était pas visé. Ce dimanche, sa famille organisait une marche blanche dans le quartier qui l’a vu grandir, le plan d’Aou.

Entre 3 000 et 4 000 personnes selon les organisateurs ont revêtus le T-shirt blanc à l’effigie d’Engin avec un seul et même message : « plus jamais ça ».
Depuis le début de l’année, treize personnes sont décédées dans la région marseillaise, la plupart dans des règlements de comptes liés à des trafics de drogue.

« Il faut que ça s’arrête »

« Nous sommes habillés de blanc pour blanchir mon frère, car ce n’est pas un voyou, ni un bandit, tient à rétablir sa sœur Oya. On ne veut plus d’autres mamans qui pleurent. Ce n’est pas normal de perdre un enfant dans ces conditions. Et même pour les voyous, on ne naît pas bandit, on le devient. » Dans les rangs des nombreux manifestants, des cris de colère se mêlent à un sentiment général d’abandon. « De bonnes personnes comme Engin meurent, merci l’Etat ! » lance son amie Sera.

« C’est bon, il faut que ça s’arrête, soupire Neslihan une autre sœur d’Engin. Les quartiers Nord sont délaissés. On n’a pas le droit de laisser jouer nos enfants dehors. On est condamné à rester chez nous. »

« Monsieur Jean-Claude Gaudin, pourquoi ce silence ? »

« Les quartiers Nord ne sont pas un état indépendant que je sache, reprend Oya. Jean-Claude Gaudin n’est pas venu me voir, aucun appel du procureur ou de la préfecture de police. Mais ça les arrange, la saleté ne s’installe pas dans le Sud ! » « Monsieur Jean-Claude Gaudin, premier magistrat de notre ville, pourquoi ce silence ?, s’emporte Demet, une autre de ses sœurs. Engin n’est-il pas un Marseillais qui mérite une réaction ? »

Aucune réaction officielle du maire n’avait été faite, alors que, plusieurs jours après la mort d’Engin, un communiqué avait été envoyé après le règlement de comptes survenu devant la mairie. Présente, comme d’autres élus à l’image de la sénatrice socialiste de ce secteur, Samia Ghali, Arlette Fructus​, adjointe au maire en charge du logement, tempère : « C’est faux de dire que Jean-Claude Gaudin n’aime pas tous les Marseillais. Mais il y a une nécessité à ce que l’Etat intervienne pour lutter contre les maux de ces quartiers. »

« Nous voulons rencontrer le ministre de l’Intérieur pour trouver avec lui des solutions pour la sécurité de nos enfants, lance avec colère Demet, une autre sœur d’Engin. Nous voulons être reçues par le président de la République, sommes prêts à entamer une grève de la faim et manifester devant l’Elysée pour cela ! ». Une demande appuyée par Samia Ghali dans une lettre adressée à Emmanuel Macron. Et à Oya de s’adresser à son frère en guise d’adieu : « Nous avons la force de lutter pour que ta mort ne soit pas vaine »

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