« Dernier tour de piste » de l'accusé

Sarah Marengo - ©2008 20 minutes

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Un jeune homme taciturne qui n'avait pas beaucoup d'amis, ni vraiment de petite amie, bagarreur, violent parfois, très porté sur l'alcool. Après les témoignages hier de son père, de son frère et de quelques connaissances, Julien Carrillo ne sort pas grandi de ce deuxième jour de procès, dont le jugement est attendu vendredi. Sans expliquer le meurtre de la petite Madison dont est accusé son fils, Jean-Claude Carrillo rappelle un contexte familial difficile : la rupture d'anévrisme de la mère de Julien en 1996, l'assassinat de sa grand-mère par une voisine, le divorce de ses parents. « Je savais qu'un jour ça finirait mal, mais je pensais plutôt à une bagarre », ajoute David, le frère aîné. Julien Carrillo ne réagit pas, il répète : « Je ne sais pas », « Ouais » ou « Non », au grand désespoir du président et des parents de Madison.

Quelques heures avant l'enlèvement de la fillette, dans la soirée du 5 mai 2006, c'est pourtant un tout autre visage que montre le prévenu. Vers 19 heures, il rend visite à son père, qu'il voit peu habituellement, à Istres. « Je l'ai trouvé bien, ça allait dans son travail. Il m'a dit qu'il gagnait beaucoup d'argent et qu'il voulait acheter une maison pour sa mère et son petit frère », se souvient le père de l'accusé. Peu après, il passe chez d'anciens voisins, les Meynard, dont il était très proche et qu'il n'a plus vus depuis quatre ans. Là, il sort le grand jeu, leur explique qu'il a vécu trois ans en Afrique pour son travail et qu'il s'apprête à partir au Venezuela. « Pourquoi avez-vous besoin de raconter ces mensonges ? », l'interpelle l'avocat général. « Pour me valoriser », bredouille le prévenu. Damien, le fils des Meynard, absent ce soir-là, oscille entre pleurs et colère en témoignant à la barre. « C'était un vrai ami, quelqu'un de joyeux. Pourquoi il est venu prendre de nos nouvelles alors qu'on ne l'avait plus vu depuis quatre ans ? Comment il a pu faire ça ? » Sur invitation d'Audrey Meynard, Julien se rend ensuite à une soirée. « On dirait qu'avant d'enlever Madison, vous faites un dernier tour de piste, remarque l'avocat général. Vous deviez déjà savoir que vous alliez commettre l'irréparable ? » « Non », répond froidement l'accusé.