Marseille: Fini le privilège des chauffeurs attitrés pour les élus?

POLITIQUE La ville est en train de revoir le privilège de chauffeur attitré qui prévalait depuis plusieurs années pour une quarantaine d'élus... 

Mathilde Ceilles

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La mairie de Marseille
La mairie de Marseille — BORIS HORVAT / AFP
  • Plusieurs élus marseillais bénéficient d’un chauffeur attitré.
  • Mais ils effectuaient des heures supplémentaires trop importantes.
  • Sous le coup d’une enquête du PNF, la mairie veut changer de système.

Ce jeudi, lors d’un comité technique, la ville de Marseille pourrait mettre fin à un privilège vieux de plusieurs années, selon une information publiée par Marsactu il y a plusieurs jours. Jusqu’ici, une quarantaine d’élus bénéficiait d’une voiture attitrée avec un chauffeur. Ces élus sont le maire de la mairie centrale, les maires d’arrondissements, les 30 adjoints au maire et les chefs de groupe.

A titre de comparaison, la ville de Toulouse, deux fois moins peuplée, et sa Métropole ont huit chauffeurs salariés tout confondus, et seul le maire a un chauffeur attitré. Les autres élus doivent démontrer qu’ils ne peuvent faire autrement pour bénéficier d’un chauffeur. A Marseille, le système de chauffeur attitré laisserait place à un pool de chauffeurs partagés entre tous. « Les chauffeurs travailleraient ainsi en fonction du rythme de travail décidé par l’administration, à tour de rôle et 24 heures sur 24 », explique Yves Moraine, président du groupe majoritaire au conseil municipal.

« Le jeu des petits services rendus »

Pourquoi un tel changement ? « Ce n’est pas un sujet nouveau, depuis que je suis chef de groupe, on en discute, affirme Yves Moraine. Le rythme de travail des élus n’est pas le même, certains adjoints ont une foultitude d’obligations le week-end, d’autres non. Il y a donc des inégalités entre les élus. L’idée est de rationaliser tout ça. »

Mais « le coup d’accélération est lié à la problématique des heures supplémentaires pointées par le parquet national financier (PNF) », reconnaît-il. En effet, une enquête sur le temps de travail des agents de la ville de Marseille est actuellement menée par le PNF. Or, les chauffeurs feraient en effet un nombre d’heures supplémentaires bien plus important que le plafond maximum légal avec, par conséquent, des salaires bien au-dessus de ce que la loi prévoit.

« La mairie a le feu aux fesses, les chauffeurs ont longtemps été une clientèle très choyée par tous les maires, indique une source syndicale sous le coup de l’anonymat. C’est le petit jeu des services rendus. En échange d’avoir déposé les enfants, ou de services de conciergerie, ils ont bénéficié d’une compensation de leurs très intenses efforts. Et en même temps, il est difficile pour eux de refuser ses demandes, sous peine d’être virés. Il est aussi difficile d’établir une frontière. »

Jusqu’à 36 heures supplémentaires mensuelles

« Certains chauffeurs font 36 heures supplémentaires chaque mois, estime Patrick Rué, secrétaire régional de FO-Territoriaux. Mais toutes ces heures sont faites : quand un chauffeur doit attendre deux ou trois heures qu’un élu sort de rendez-vous… » Et d’affirmer : « Le dossier a été négocié en quatrième vitesse, alors qu’on avait le temps d’en discuter. On a été mis au courant il y a une dizaine de jours pour un conseil technique ce jeudi. Je pense que la mairie subit des pressions à la suite de l’enquête ! »

A l’annonce de ce projet, les premiers à avoir les nerfs qui chauffent sont donc… les chauffeurs eux-mêmes, qui ont entamé un mouvement de grève. Le système de pool supprimerait en effet leurs heures supplémentaires… Et donc un certain bonus sur la fiche de paie. « Cela représente entre 300 et 800 euros de perte de salaire mensuelle, avance Patrick Rué. Nous demandons des moyens de compensation ! »

« Des chauffeurs comme le mien faisaient des journées à rallonge, soumis aux aléas de l’agenda d’un élu, explique Benoît Payan, président du groupe socialiste au conseil municipal. Une réforme est effectivement nécessaire. Le pool pourrait être plus efficace. Mais on a des gens en face, avec des familles, des hommes qui ont énormément sacrifié de leur temps. Il faut trouver un moyen de faire la transition, avant, de, à terme, supprimer ce système pendant la prochaine mandature. »

« Je comprends que tout changement dans l’organisation du travail avec des conséquences salariales puisse occasionner des inquiétudes », abonde Yves Moraine. Une rencontre a eu lieu ce mercredi entre le directeur général des services et une délégation de syndicalistes pour tenter de trouver un accord, en vain. Le mouvement de grève continue donc ce jeudi selon nos informations. Contacté, le parquet national financier s’est refusé à tout commentaire en raison du secret de l’enquête.

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