VIDEO. Marseille: De peur de contracter la légionellose, les habitants d'Air Bel n'utilisent plus l'eau du robinet

SANTE Un habitant de la cité est décédé fin 2017. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé la situation sur ses réseaux sociaux... 

Mathilde Ceilles

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Illustration eau du robinet
Illustration eau du robinet — FRED TANNEAU / AFP
  • Les légionelles et le chlore présents dans l'eau d'Air Bel inquiètent les habitants, qui préfèrent ne pas boire l'eau du robinet
  • Un habitant du quartier est en effet mort de la légionellose
  • Jean-Luc Mélenchon a publié une vidéo pour dénoncer cette situation

« Eau pourrie : honte aux bailleurs d'Air Bel ». Sur sa très suivie chaîne Youtube, habituellement consacrée aux grands thèmes de l'actualité nationale, le député La France Insoumise des Bouches-du-Rhône Jean-Luc Mélenchon a posté une longue vidéo dénonçant la qualité de l'eau et les conditions de vie des habitants d'Air Bel, une cité du XIe arrondissement de Marseille.

Un soutien accueilli comme une « bénédiction » par ceux qui, depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, n'utilisent plus l'eau qui sort de leur robinet, de peur de contracter des maladies. 

Un habitant décédé de la légionellose

« Vous voulez un café ? », propose Djamila Haouache. La présidente de l'association « Il fait bon vivre dans ma cité », une association de défense des locataires d'Air Bel, sort une bouteille d'eau minérale. En novembre dernier, Djamila Haouache a perdu son frère, décédé d'une légionellose. Il était également habitant du quartier. 

Des légionelles sont en effet présentes dans les canalisations d'eau de la cité. Or, selon le site de l'Anses, cette bactérie, une fois présente dans l'eau, peut être à l'origine d'une infection respiratoire grave, la légionellose. Djamila Haouache a porté plainte. « Je ne veux que personne vive la douleur que j'ai vécu », confie-t-elle. 

Du chlore pour tuer les bactéries

Dans le cas du frère de Djamila Haouache, le lien entre son lieu d'habitation et son décès n'a pas été établi.  « Il n'y a pas de certitude, il manquait des éléments pouvant établir ce lien », précise Loïc Hatterman, ingénieur d'études sanitaires à l'Agence régionale de santé (ARS). Autrement dit : on ignore aujourd'hui si les légionelles à l'origine de ce décès provenaient de l'eau d'Air Bel. Le frère de Djamila Haouache, habitant de longue date du quartier, est en effet décédé lors d'un déplacement à Dijon. Sa soeur affirme toutefois que les premiers symptômes sont apparus avant son départ.

 

Outre les légionelles, une autre réalité inquiète les habitants. En effet, pour tuer les bactéries présente dans l'eau, du chlore est injecté par les bailleurs, et la réfection du réseau d'eau chaude est en cours. « L'eau, elle pue le chlore, ils doivent en mettre des doses énormes, s'alarme Djamila Haouache. C'est comme à la piscine, sauf que nous, on est obligé de la boire, cette eau. Certains habitants ont des maux de ventre, d'autres ont des plaques sur la peau à force d'utiliser cette eau pour se doucher. »

De l'eau jaunâtre

L'odeur dans le verre est en effet tenace. Parfois, cette eau se trouble en un liquide jaunâtre : une réaction chimique du chlore au passage de l'eau dans les canalisations vieillisantes. Alors, les habitants s'organisent. Dans le frigo, dans le débarras, partout, ce sont des dizaines de bouteilles d'eau qui sont stockées. Ceux qui ne peuvent pas se le permettre font bouillir l'eau avant de l'utiliser. 

« Nous préconisons d'utiliser l'eau froide pour la consommation. Cette eau ne présente en effet pas de risque de légionnellose », indique Loïc Hattermann. La légionelle ne se développe en effet pas dans une eau très froide. L'ARS recommande également de faire couler le filet du robinet après une absence prolongée. 

Sentiment d'abandon

Mais outre la problématique de l'eau, c'est un sentiment d'abandon et de ras-le-bol qui prédominent à Air Bel, quartier populaire de Marseille. Ce même sentiment que ces habitants exprimaient en septembre dernier, lorsqu'une rixe avait éclaté à proximité de l'école maternelle, en pleine journée, sur fond de trafic de stupéfiants. « Aucun élu n'est venu nous voir avant Jean-Luc Mélenchon », affirme Djamila Haouache. 

« Les alertes se font depuis 2011, les gens se plaignent de la qualité de l'eau, qui est dégueulasse depuis des décennies, déplore Mohamed Bensaada, militant associatif. Air Bel est un quaitier enclavé, et les gens n'arrivent pas à s'en dépetrer.»  « Pendant des années, il y a eu des gros dysfonctionnements, et les bailleurs ont fait des économies sur le dos des habitants qui, certains, ne connaissent pas leurs droits », accuse Rania Aougaci, secrétaire de l'amicale des locataires d'Air Bel.  « Il a fallu la mort de mon frère pour que ca réagisse, soupire Djamila Haouache. Les gens ont signé un bail pour vivre une vie sereine, pas pour aller au cimetière d'en face !"

« On n'a pas attendu Mélenchon»

"On n'a pas attendu Jean-Luc Mélenchon pour faire ce qu'il fallait faire, s'agace Arlette Fructus, adjointe au maire de Marseille en charge du logement. Lui, il fait le buzz en venant sur place avec une bouteille d'eau, sans nous interroger sur ce qu'on a fait. Parce qu'on a fait notre travail. »

Dans un communiqué de presse conjoint, Erilia, Logirem et Unicil se disent « surpris par les accusations d'inertie et de mépris portés ces jours derniers à l'encontre des bailleurs sociaux présent sur le site d'Air Bel. » Les trois bailleurs tiennent à rappeler que des travaux de remplacement des réseaux sont en cours, courant jusqu'en 2019. 

Les bailleurs reconnaissent procéder à une « chloration de l'eau » à des fins curatives sur le réseau ancien, et préventives dans le cadre des remplacements de canalisations. Ils précisent toutefois que « les critères de potabilité sont respectés ». Les bailleurs promettent également de ne pas facturer la consommation d'eau chaude individuelle en 2017 aux habitants, « conscients des désagréments occasionnés ». A Air Bel, ce sont pas moins de 1.200 foyers qui sont concernés par cette problématique de l'eau.