Paca: Fonds bloqués, réforme incertaine... L'apprentissage dans le doute

EDUCATION La question du financement des CFA fait des remous en Paca... 

Mathilde Ceilles

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Des apprentis en menuiserie et chaudronnerie.
Des apprentis en menuiserie et chaudronnerie. — SIPA
  • Le gouvernement prépare une réforme de l'apprentissage.
  • Les pistes envisagées inquiètent la région Paca, qui a bloqué ses financements.
  • Des CFA, inquiets, sont dans l'incertitude.

En Paca, ces dernières semaines ne sont pas un long fleuve tranquille pour les CFA et autres acteurs locaux de l’apprentissage. L’acte 1 a été ouvert par le gouvernement lui-même. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé présenter le 27 avril prochain un projet de loi, qui comprend notamment une profonde réforme de l’apprentissage.

Le contenu reste encore flou, mais la ministre a d’ores et déjà annoncé une refondation du mode de financement des CFA. Jusqu’ici, les CFA de la région sont en grande partie financés par la région Paca. La réforme changerait la donne, en donnant cette compétence aux branches, secteur par secteur.

La Région Paca dit non

Une réforme qui ne passe pas du côté de la région Paca. Il y a peu, Renaud Muselier a pris une décision forte, vu par certains comme un bras de fer avec l’Etat. En attendant de savoir le contenu précis de la réforme, la région Paca suspend en effet ses investissements prévus dans les centres de formation des apprentis.

En effet, cette réforme engendrerait une importante perte de recettes pour la collectivité. « C’est un fait mathématique, affirme Yannick Chenevard, vice-président de la région Paca délégué à l’emploi, la formation professionnelle et l’apprentissage. Dans ce périmètre nous investissons 143 millions d’euros pour des recettes de l’ordre de 120 millions d’euros. Mais avec cette réforme, les recettes n’atteindraient plus que 24 millions d’euros. »

Des millions d’euros bloqués

En conséquence, la région Paca a décidé de geler la centaine de millions d’euros qu’elles devaient injectés dans l’apprentissage. « Je comprends la décision du président Muselier, affirme Jean-Pierre Galvez, président de la chambre régionale de métiers et de l’artisanat, qui forment 20 % des apprentis de la région. Quand un chef d’entreprise n’a plus le budget escompté pour ses projets, il revoit sa copie ! »

Cette décision intervient dans un contexte d’incertitude pour les CFA, peu rassurés par la réforme en cours. En effet, la réforme prévoit notamment un financement proportionnel, par contrat signé. Un système qui menace la pérennité de certaines sections peu fréquentées. « Si le financement se fait par contrat, comment vont-ils vivre ?, s’interroge Yannick Chenevard. Les contrats dépendent de la demande économique, s’il y a moins de contrats, il y a moins d’apprentis, et ainsi de suite… »

Des CFA menacés

D’après des chiffres avancés par la région, cette réforme pourrait engendrer la fermeture de 33 CFA sur 59. « Le problème de financement ne va pas considérer les spécificités d’un territoire, craint Jean-Pierre Galvez. Par exemple, aujourd’hui, on maintient des sections à faible effectif, mais parce qu’il y a un besoin dans ce secteur » Le financement par profession menacerait également les CFA interdisciplinaires, à en croire la région.

De quoi plonger les principaux concernés dans l’incertitude. « Nous, on n’a rien demandé. On est totalement impuissant », soupire Olivier Cousi, adjoint à la direction du CFA de BTP de Marseille. Son établissement est concerné par les gels de financement de la région Paca et serait touché par la réforme selon les estimations de la région. « On est financé à 70 % par la région. Donc une partie de nos projets sont bloqués, comme l’équipement de salles. On a demandé des financements… et on constate. On attend des informations, surtout, sur le contenu de cette réforme. »

« On continue les inscriptions »

« Il y a une inquiétude chez les CFA, abonde Pierre-Laurent Vaglio, directeur régional de l’Opcalia, un organisme qui accompagne les entreprises dans la formation professionnelle continue, dont l’apprentissage. La réforme suppose une réorganisation, ce qui peut créer de l’incertitude. »

« Rien ne me permet de dire qu’on va fermer les CFA que j’ai sous ma responsabilité, on continue les inscriptions, tempère toutefois Jean-Pierre Galvez. Le président Muselier a d’ailleurs réaffirmé son objectif de développer l’apprentissage. » La région Paca est passée de 27.000 à 32.000 apprentis en deux ans et demi et espère atteindre le nombre de 50.000 apprentis d’ici 2021.

 

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