Marseille: En attendant le téléphérique, «encore trois ans de galère» pour monter à la Bonne Mère

REPORTAGE La mairie a annoncé une mise en service du téléphérique en 2021. Sur le site, certains déplorent le manque d'accessibilité du monument... 

Mathilde Ceilles

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La basilique de Notre-Dame de la Garde à Marseille.
La basilique de Notre-Dame de la Garde à Marseille. — FOURMY MARIO/SIPA

Silvia et Ellen ne parlent pas français. Votre humble serviteur ne parle pas non plus un mot de Brésilien. Mais quand, avec l’aide de ce bon vieux traducteur, le mot « Teleférico » est lâché, les yeux s’illuminent entre deux gouttes de sueur, à quelques marches encore de l’entrée de Notre-Dame-de-la-Garde. « Muito bem, muito bem ! »

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Comme de nombreux touristes, les quinquagénaires ont décidé, non sans quelques halètements, de gravir les 200 marches qui conduisent à la célèbre basilique, en attendant la construction d’un téléphérique, annoncée pour 2021.

Un atout « sous-développé »

Pour la municipalité, ce problème d’accessibilité est même un frein à la croissance, que le téléphérique viendrait résoudre. « C’est le principal facteur d’attractivité de la ville, mais il est sous-développé, a ainsi déclaré à l’AFP Gérard Chenoz​, adjoint Les Républicains chargé des transports à la ville de Marseille. Nous pourrions viser les 3 millions de visiteurs. »

La grimpette qui accompagne cette visite refroidit en effet certains touristes, à en croire Stéphanie Rissel, qui travaille pour un tour-opérateur. « Nous, on leur dit systématiquement qu’il y a 200 marches, explique-t-elle. Pour certains, les plus âgés, c’est compliqué. On leur propose donc d’autres excursions dans d’autres secteurs depuis quelques années, et ça marche ! »

La galère des bus

Ceux qui optent pour la route peuvent également rencontrer des difficultés, à l’image des conducteurs de bus qui emmènent chaque jour les croisiéristes sur le site. Embauché récemment, Mehdi vient pour la première fois de conduire son car dans les ruelles étroites du quartier. « Pfiou, soupire-t-il, c’est pas facile ! »

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« Les chauffeurs sont unanimes : on en a marre de monter à la Bonne Mère, s’emporte ainsi Cédric. Pour monter, ce sont des rues à double sens, et avec les gens qui sont mal garés, il arrive souvent qu’on se retrouve coincé. Le téléphérique n’est que dans trois ans ? Encore trois ans de galère ! »

« La Bonne Mère, ça se mérite »

En haute saison, des dizaines de cars conduisent les nombreux croisiéristes qui accostent à Marseille vers Notre-Dame-de-la-Garde. Mais les autocars n’ont pas de parking dédié sur le site, ces derniers doivent déposer leurs passagers sur une petite aire, où ils attendent leurs clients. Une organisation inadéquate selon eux, notamment en raison de la petite taille de cette aire. « C’est le bordel ! Une fois, par manque de place, j’ai dû faire trois fois le tour du quartier, à vide ! », déplore Joaquim.

Et de poursuivre : « Le téléphérique, ce serait peut-être la fin des emmerdes, on attend tous le jour où on montera plus. Et en même temps, ça signifiera aussi un temps de travail réduit, voire du chômage pour certains… » Un sentiment mitigé que partagent les Marseillais. « Mon côté photographe s’insurge, indique ainsi Hélène, une internaute. Mais les enjeux économiques sont là. »

Dans un soupir, Pascale, guide dans la région depuis 30 ans résume la situation. « Oui, j’en ai marre de monter ces marches tous les jours, sourit-elle. En même temps, ça fait partie de la visite. La Bonne Mère, elle se mérite… »