Bouches-du-Rhône: La fusion entre département et métropole inquiète

POLITIQUE Le président de la République a annoncé son intention de fusionner la toute jeune métropole marseillaise avec le département... 

Mathilde Ceilles

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Marseille, le 18 juin 2015, Martine Vassal président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône.
Marseille, le 18 juin 2015, Martine Vassal président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Deux ans. Voilà deux ans que Jean-Claude Gaudin a été élu à la tête de la toute jeune métropole d’Aix-Marseille Provence. Deux ans seulement, et voilà qu’un nouveau big-bang pourrait de nouveau s’abattre dans le petit monde des collectivités territoriales. En effet, comme le révélait La Provence il y a quelques mois, le président de la République a annoncé à des parlementaires locaux lors d’une réunion sa volonté de voir fusionner le département des Bouches-du-Rhône avec la métropole d’Aix-Marseille Provence à l’horizon 2021.

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L’idée est de supprimer, sur un territoire donné, le double échelon qui existe actuellement entre le département et la métropole, à l’image de ce qui se pratique actuellement dans le Grand Lyon. Les défenseurs de ce projet affirment qu’une telle décision permettrait de rendre la collectivité plus efficace et le territoire plus attractif.

Un « phare de la Métiterranée »

« On a besoin d’une institution moderne, estime le député LREM des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, qui faisait partie des parlementaires ayant abordé cette question avec Emmanuel Macron. Le président de la République l’a indiqué très clairement, et les spécialistes de l’aménagement du territoire sont unanimes : il faut que la Métropole d’Aix-Marseille Provence devienne une puissance qui dépasse le continent. Cela doit être le phare de la Méditerranée. »

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Selon le parlementaire, cette fusion participerait ainsi au développement du territoire qui deviendrait, conformément à un projet défini par des politiques qu’ils souhaitent voir être élus au suffrage direct, « une puissance économique et culturelle, un pont avec l’Europe ».

Vers une hausse d’impôts ?

Une vision optimiste qui n’est pas partagée par tous. Certains élus craignent en effet que cette fusion ait des conséquences directes sur le porte-monnaie des habitants des Bouches-du-Rhône. Selon la présidente du conseil départemental, et candidate à la succession de Jean-Claude à la métropole Martine Vassal, cette fusion pourrait avoir un effet fiscal, face à ce qu’elle considère comme un manque de moyens de l’Etat.

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« Il faut bien trouver des sous quelque part… mais je suis opposée au fait qu’il y ait une hausse d’impôts, explique-t-elle. On dit que la Métropole ne fonctionne pas, mais elle n’existe que depuis deux ans. Je demande que les choses soient clarifiées. »

Des communes laissées de côté ?

« Oui, ce n’est pas toujours que du bonus, concède François-Michel Lambert. Pour certains, cela voudra peut-être dire une hausse d’impôts, notamment pour des entreprises du pourtour de l’étang de Berre. Mais, dans d’autres territoires, comme en Alsace, certaines entreprises paient beaucoup d’impôts, mais ne s’en plaignent pas car elles sont sur un territoire avec peu de chômage. Ce n’est pas un problème de payer un impôt si on voit le résultat en face, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

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Certaines communes refuseraient même de rejoindre cette nouvelle entité, de peur des conséquences très concrètes que cela pourrait avoir sur leurs administrés. En effet, dans une interview accordée à des lecteurs  La Provence, le délégué général de LREM Christophe Castaner précisait que ce projet de fusion incluait les communes du Pays d’Arles, hors du périmètre actuel de la Métropole. Le hic ? Certaines y sont totalement opposées.

La question du pays d’Arles

« Ce statut n’est pas adapté à des communes rurales comme les nôtres », estime Hervé Chérubini, maire de Saint-Rémy-de-Provence. Et de s’inquiéter : « Nous craignons d’être noyés dans ce grand magma. Il est possible que les budgets de la métropole soient avant tout fléchés vers le secteur des transports, où il y a des retards. Et ce, au détriment de nos projets dans nos communes. »

Le département finance en effet actuellement de nombreux projets communaux, comme la construction d’écoles ou de piscines Le pays d’Arles réfléchit donc à créer une structure propre qui viendrait le remplacer.