VIDEO. Marseille: La cité Kallisté, future déclinaison marseillaise de Calais?

QUARTIERS NORD Les tensions au sein de la cité, où les locataires et propriétaires vivent dans des conditions insalubres en côtoyant des migrants, inquiètent les pouvoirs publics... 

Mathilde Ceilles

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La cité du Parc Kalliste, dans le 15e arrondissement de Marseille.
La cité du Parc Kalliste, dans le 15e arrondissement de Marseille. — Boris Horvat / AFP
  • Des migrants squattent une barre d’immeuble en cours d’évacuation.
  • Les habitants restant vivent depuis sans électricité dans des conditions inquiétantes.
  • Samia Ghali alerte le gouvernement sur la situation qui, selon elle, pourrait devenir une déclinaison marseillaise de Calais.

« Plus le temps passe, plus la situation s’aggrave, s’inquiète la sénatrice socialiste Samia Ghali dans une lettre adressée au secrétaire d’Etat Julien Denormandie, visant à alerter le gouvernement. « Le Parc Kallisté, si vous n’intervenez pas, sera le frère marseillais de Calais ». « Le phénomène est considérable, renchérit Arlette Fructus, adjointe au maire de Marseille, déléguée à la Rénovation urbaine, à la politique de la Ville et au Logement. La gravité de cette situation en fait un moment extraordinaire. » Les qualificatifs alarmants se succèdent pour décrire la situation à la cité Kallisté, au bord de l’explosion.

Qu’est-ce que le Parc Kallisté ?

Située dans les quartiers nord de Marseille, plus précisément dans le XVe arrondissement, la cité Kallisté est connue comme l’une des plus délabrées de Marseille. Composée d’immenses barres d’immeubles, elle fait d’ailleurs l’objet d’un important plan de rénovation piloté par les pouvoirs publics.

Mais parmi ces barres d’immeubles, deux sont voués à la démolition : les bâtiments B et H. Du côté du H, il s’agit d’une copropriété privée en décrépitude. Marseille Habitat doit racheter les appartements avant démolition. Le hic : 15 % des propriétaires, dont une majorité ne réside pas sur place mais loue à des familles pauvres, refusent de vendre.

Qui vit encore dans ce bâtiment H ?

Dix-huit appartements n’ont donc pas encore été vendus selon Arlette Fructus. Une poignée de famille vit encore sur place, dans des appartements dont elles sont propriétaires ou qu’elles louent. Mais des squatteurs occupent également les appartements laissés vacants, en attente du rachat complet de l’immeuble avant démolition.

Selon la municipalité, il y aurait au moins 141 personnes qui occuperaient illégalement les lieux, dont une grande partie de migrants. Les lieux sont aussi investis par le trafic de drogues et la prostitution.

Que s’est-il passé ce week-end ?

Les squatteurs ont détourné le réseau électrique de l’immeuble, tirant sur les câbles. Une situation dangereuse qui a poussé, vendredi, les marins-pompiers à ordonner la coupure de l’électricité face à un risque trop important d’incendie. Depuis, Houda, Déborah et les autres membres de sa famille, locataires d’un appartement au troisième étage du H40, vivent sans électricité. L’ascenseur ne fonctionne plus. Pour grimper les étages, il faut passer par la cage d’escalier jonchée de détritus, où les portables que l’on a pu recharger dans les voitures servent de lampes torches, jusque dans les appartements froids, où, « bien sûr qu’il y a des rats ».

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Dans l’appartement de la jeune Houda et de sa famille, le scotch autour de la fenêtre ne suffit pas à remédier au manque de chauffage. Le frère ne quitte pas son bonnet et sa grosse doudoune. « On vit comme les poules, dîner à 16 heures, après, on est dans le noir, et il fait froid », rapporte sa voisine du dessus, Zorah.

Dimanche, une violente bagarre éclate entre migrants, au pied de l’immeuble. Ç’en est trop pour cette famille qui décide de dormir à l’hôtel, pour une nuit seulement. « On est partis pour s’enfuir », explique Houda. La tension dans le quartier, entre habitants et squatteurs, voire entre les squatteurs, était devenue trop forte. La mairie leur a proposé de les loger de manière temporaire dans un gymnase. Mais la famille a refusé, craignant notamment de voir leurs effets personnels dérobés par les squatteurs.

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Que demande Samia Ghali ?

Face à cette situation, la sénatrice socialiste et ancienne maire de secteur Samia Ghali alerte le gouvernement, adressant un courrier à Gérard Collomb et un autre à Julien Denormandie. Dans ces lettres, déplorant la présence « des trafics en tout genre, drogue, prostitution, marchands de sommeil », la sénatrice demande notamment l’intervention des forces de police.

L’élue souhaite également que les propositions de relogement soient équitables. « Certains propriétaires se sont vus proposer 10.000 euros et un logement social à louer », rapporte Samia Ghali à 20 Minutes. Elle demande enfin à ce que la vie de tous, y compris des migrants, ne soit soumise à aucun danger. « Une vie, c'est une vie. S'il fallait laisser les migrants à l'intérieur, il faut mettre l'électricité et l'eau, plutôt qu'ils viennent avec des bombonnes de gaz et mettent en danger tout un quartier. Je préfère avoir des migrants avec l'eau et l'électricité que sans rien."

Que fait la mairie ?

Ce mardi, Arlette Fructus, adjointe au logement, a affirmé que la municipalité avait engagé une démarche en justice. Le tribunal administratif aurait été saisi dans la matinée, et la mairie aurait pris un arrêté de type Borloo. Cette procédure d’urgence porte sur l’insécurité liée aux parties communes. « Un expert se déplacera dans la journée pour faire un état des lieux des dangers imminents », explique l’adjointe. Dans un communiqué pulbié ce jeudi, la mairie précise que « le rapport d'expertise a conclu à la nécessité de mettre en place des mesures provisoires de sécurité et de procéder à l'évacuation de l'immeuble. »

La mairie envisage de proposer aux habitants des logements dans des hôtels ou des appartements. La mairie fera également appel à une société de gardiennage pour sécuriser les lieux et empêcher les vols. Les migrants seraient également évacués, sans que l’on en sache plus pour le moment sur leur prise en charge. 

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Que compte faire l’Etat ?

Ces annonces de la mairie restent toutefois à confirmer, car, selon nos informations, des vérifications sur la légalité d’une telle procédure sont en cours.

Interrogée lundi soir, soit avant l’annonce faite par la mairie, la préfète à l’égalité des chances Marie-Emmanuelle Assidon rappelait qu’en matière d’évacuation d’un lieu, « on ne peut pas faire n’importe quoi, surtout en pleine trêve hivernale. Il faut engager des procédures conformément à la loi. On ne peut pas entrer dans un bâtiment comme ça. » Interrogées, la préfecture de police et celle de région se disent être dans l’expectative.

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