Marseille: Un écoquartier pour transformer les quartiers Nord?

URBANISME Lors de la présentation des Fabriques, les porteurs du projet ont notamment fait valoir les bénéfices pour les quartiers Nord tout proche... 

Mathilde Ceilles
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Une vue aérienne des Fabriques
Une vue aérienne des Fabriques — EuroMéditerranée
  • Un immense écoquartier va sortir de terre entre les quartiers Nord et le centre-ville
  • Les porteurs du projet affirment que cela peut être bénéfique pour ces quartiers Nord
  • Les élus de secteur déplorent un manque de concertation

La maquette est là, immense, à l’image du projet à venir. Ce lundi ont été présentés à Marseille les contours d’un nouveau quartier au nord de Marseille, bâti dans le cadre d’EuroMéditerranée 2. Longtemps connu sous le nom d' « îlot XXL », c’est désormais sous l’appellation Les Fabriques que les Marseillais découvrent ce projet gargantuesque à la lisière des quartiers Nord. Un autre écoquartier à quelques encablures de là, Smartseille, tout près des premières cités, est d’ores et déjà sorti de terre.

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Comme Smartseille, le quartier des Fabriques, grand de 14 hectares, se veut ultramoderne, avec 170.000 m2 de logement accueillant jusqu’à 8.000 personnes, 44.000 de bâtiments tertiaires et 24.000 de commerces. Sur le papier est faite la promesse d’un lieu de vie prenant en compte les problématiques de développement durable, avec des logements modélisés à partir d’études environnementales. Ce quartier accueillerait également le premier « makerspace » de France, une « manufacture collaborative et solidaire », affirme le dossier de presse visant à « relancer une filière de production made in Marseille », avec notamment des espaces de coworking.

Un quartier moderne à proximité d’un secteur paupérisé

Le grand écart est énorme quand on sait la situation actuelle de ce coin-là de Marseille, où les friches industrielles du port entourent des habitations occupées majoritairement par une population défavorisée ayant pour voisin les quartiers Nord, secteur lui-même en difficulté. Mais les porteurs du projet sont convaincus de pouvoir changer la donne grâce à ces écoquartiers modernes.

« Ce quartier est tout au Nord, c’est à la fois un risque mais aussi un message fondamental pour la partie au plus nord du projet », affirme ainsi Hugues Parent. Le directeur général d’EuroMéditerranée voit en les Fabriques un « pont urbain » entre ces zones défavorisées et le centre-ville marseillais. Dans la « charte des ambitions partagées » de l’écoquartier, les porteurs du projet affirment vouloir dépasser la « difficulté d’implanter un projet nouveau qui doit démontrer sa cohérence avec un environnement urbain en déshérence et paupérisé ».

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« Répondre aux besoins des quartiers Nord »

« La rénovation urbaine profite à l’ensemble de la Ville, affirme Laure-Agnès Caradec, présidente d’EuroMéditerranée et adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’urbanisme. L’objectif est de répondre aux besoins sociaux et économiques des quartiers Nord, à des attentes, notamment en termes de lieux comme le coworking, auxquels ces populations-là n’ont pas forcément accès aujourd’hui. » En phase travaux, ce futur quartier pourrait être porteur de 800 emplois.

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« Concernant la requalification des lieux, il y a un besoin, note Saïd Ahamada, député LREM du secteur. Marseille va se développer sur ce territoire : le foncier est peu cher, il a le port, deux autoroutes… Il y a un vrai potentiel. Mais est-ce que tous les acteurs sont autour de la table ? Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas, et j’ai peur de voir une juxtaposition de projet. »

« Il faut aussi discuter avec ceux qui y habitent »

Et d’ajouter : « On peut parier sur un territoire du futur, mais on aura alors besoin de tels types de compétence et les populations locales ne seront pas formées. Ce seront des personnes extérieures qui viendront. Changer l’image de ces quartiers ne doit pas vouloir dire changer la population. Il faut aussi discuter avec ceux qui y habitent. »

Dans un courrier adressé à Laure-Agnès Caradec, le maire de secteur Roger Ruze et la sénatrice socialiste du secteur Samia Ghali se disent étonnés de n’avoir été « destinataires d’aucun projet, d’aucune ébauche, d’aucune note ni courrier officiel faisant été de l’avancement de ce projet » depuis sa dernière présentation en juillet 2016. EuroMéditerranée assure de son côté avoir lancé des concertations avec la population et en prévoir de nouvelles.