Racisme au travail: «On me renvoie toujours à ma condition de "bougnoule"»

RACISME Rachid O. était employé dans l’entreprise Onet pendant quatre ans. Il raconte le racisme quotidien de ses collègues et de ses employeurs…

Adrien Max

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Illustration d'un chantier.
Illustration d'un chantier. — Bertrand Langlois / AFP
  • Après les attentats contre Charlie Hebdo, Rachid se faisait appeler « les frères Kouachi » avec un collègue d’origine maghrébine.
  • La société Onet considère que l’expression « "travail d’arabe" ne saurait qualifier un comportement raciste à son égard », mais la regrette.
  • Rachid a attaqué son ex-employeur devant le conseil des prud’hommes.

« Dès le premier jour j’ai senti que je n’étais pas le bienvenu. » Rachid O. était employé de la sociétéOnet, dans la filière désamiantage, de septembre 2013 à mars 2017. Dès ses premiers jours sur les chantiers, il se sent stigmatisé : « Certains me disaient "bougnoule", d’autres me faisaient des doigts d’honneur », affirme-t-il.

Ce n’est qu’après les attentats contre Charlie Hebdo que les allusions se font de plus en plus stigmatisantes. « Avec un collègue d’origine maghrébine, ils nous appelaient les frères Kouachi. On n’était pas en mesure de se défendre donc on a fait profil bas », raconte, désemparé, Rachid. Selon lui, ce genre de propos discriminatoires est courant dans l’entreprise, même s’ils ne sont le fait que de certaines personnes. « Des "bougnoules" par-ci par-là, "travail d’Arabes", "niakoués" pour les Chinois, à chacun son qualificatif », relate Rachid.

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« Pas de comportement raciste »

En septembre 2016 il signale ces propos à la responsable des ressources humaines, lors d’un entretien. La direction lui répond en novembre de la même année, par lettre recommandée :

Certains de vos collègues ont reconnu que l’expression "travail d’arabe" pouvait être employée sur les chantiers, mais qu’à aucun moment, elle ne visait une personne en particulier. Elle a été employée pour qualifier un travail " mal fait, bâclé ". Courante dans le milieu du bâtiment, cette expression provocante et péjorative ne saurait qualifier un comportement raciste à votre égard.

Elle mentionne également que l’entreprise ne peut cautionner de telles expressions, et qu’un travail de sensibilisation sera réalisé auprès des collègues de Rachid O. « Nous avons travaillé sur une charte éthique au printemps dernier afin de sensibiliser tous nos employés à ce problème », assure le DRH de l’entreprise.

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Licencié pour « faute grave »

Rachid O. est finalement licencié pour faute grave en mars 2017, soupçonné d’avoir volé du cuivre. « Le chef de chantier nous avait autorisés à récupérer des chutes du cuivre pour compenser le fait qu’on n’avait pas de sanitaires ni de douches. C’est une pratique très courante », se défend Rachid, qui dit ressentir une grande injustice. « J’ai toujours été l’un des employés les mieux notés, j’ai obtenu la note de 34/35 de la part de mon employeur je ne comprends pas pourquoi un tel traitement », s’interroge-t-il.

Selon Mathilde Pinson, responsable du service contentieux à SOS Racisme, les discriminations au travail représentent 20 % des cas pour lesquelles son service est saisi. Un chiffre « assez élevé », selon elle mais qui n’est pas propre aux métiers du bâtiment : « Tous les secteurs sont touchés, que ce soit dans le privé ou le public, des grosses entreprises comme des petites. »

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Quitter la France

Rachid a décidé d’aller devant les prud’hommes pour contester son licenciement qu’il considère comme abusif, et dénoncer les propos racistes dont il est victime. « Je n’attends qu’une chose : que justice soit faite. Personnellement, je ne peux pas m’engager dans une autre société tant que ce n’est pas réglé. »

Peu importe la décision du conseil prud'homal, Rachid pense rentrer au Maroc d’où il est originaire. « Ça fait 27 ans que je suis arrivé en France et j’ai toujours subi des discriminations. En primaire, au collège, au lycée et maintenant dans mon travail. Malgré mes efforts, ma gentillesse, mes compétences, on me renvoie toujours à ma condition de "bougnoule". » Initialement prévue en juillet, l’audience devant le conseil des prud’hommes aura lieu le 19 avril 2018.