VIDEO. Dans les coulisses du chantier du porte-avions «Charles de Gaulle»

REPORTAGE L’unique porte-avions de l’armée française est en plein travaux à Toulon après des années de service…

Mathilde Ceilles

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Le pont d'envol du Charles-de-Gaulle va également bénéficier d'un lifting
Le pont d'envol du Charles-de-Gaulle va également bénéficier d'un lifting — Mathilde Ceilles

C’est un lifting express qui a de quoi donner le vertige, et pas seulement en raison des 75 mètres de haut du navire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 4 millions d’heures de travail, dont 2,5 pour le chantier et 1,8 d’ingénierie de conception. Pas moins de 2.000 personnes qui travaillent sur le site au quotidien, le tout pour un chantier évalué à 1,3 milliard d’euros.

Depuis février, l’unique porte-avions de France, le célèbre Charles de Gaulle, est à quai pour d’importants travaux d’entretien et de rénovation, alors qu’il est au milieu de sa vie après une quinzaine d’années de service.

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Sur la base navale de Toulon, dans le Var, difficile de rater le mastodonte des mers, en pleine cure de jouvence entre deux grues. Le porte-avions a en effet déjà fait 30 tours du monde. A l’intérieur du navire, c’est l’un des plus grands chantiers de la Marine nationale qui s’offre aux yeux. Un dédale interminable de couloirs, d’escaliers et de ponts, avec son lot de scotchs au sol, de bruits de soudure et de câbles qui surgissent ici ou là.

A l'intérieur du Charles-de-Gaulle, chaque m² est en chantier.
A l'intérieur du Charles-de-Gaulle, chaque m² est en chantier. - Mathilde Ceilles

Profonde rénovation

Pendant des mois, les 2.000 ouvriers, qui travaillent de 6 heures à 20 heures du lundi au samedi, s’activent pour offrir une seconde jeunesse à ce fleuron de la Marine française. Les deux tiers du chantier sont en effet consacrés à une complète modernisation du bateau. Système de combat, installations, plateforme… Une profonde rénovation est en marche. « On lui redonne du potentiel technique, pour qu’il reste dans le match, » explique Marc-Antoine Lefèvre de Saint-Germain, commandant du Charles de Gaulle. Le porte-avions va notamment se doter des derniers systèmes en matière de cyberattaque, une menace pas encore à l’ordre du jour au moment de sa construction au siècle dernier…

Le tiers restant fait l’objet d’un entretien. De la réfection du sol de la salle de restauration au poste de commande, en passant par les ascenseurs et le pont d’envol, tout ou presque passera sous le bistouri des ouvriers. Mais sur cette énorme fourmilière flottante, longue de 261,5 mètres, chaque tâche prend des proportions incroyables. En témoignent par exemple les 36.500 m² de peinture nécessaire à son nouveau visage. Pour installer deux groupes de production d’eau réfrigérée, il a même fallu faire une brèche de 5 mètres sur 2 dans la coque !

Le chantier du Charles-de-Gaulle va durer 18 mois
Le chantier du Charles-de-Gaulle va durer 18 mois - Mathilde Ceilles

Un chantier de 18 mois, pas plus !

Tous les matins, une réunion permet de faire le point sur le millier de travaux en cours. Le chantier est chapeauté par Naval Group (ex DCNS). En effet, outre Naval Group, 160 entreprises sous-traitantes sont présentes. Or, Naval Group, et son chef de chantier, Jérôme, font face à un véritable défi. Là où ses homologues américains bénéficient généralement d’un traitement de choc équivalent sur une durée de quatre ans, le porte-avions français n’a que 18 mois pour être remis à neuf. Il s’agit en effet du seul outil du genre dont dispose l’Etat français, qui souhaite donc le réutiliser dès que possible. « Le Charles de Gaulle, c’est 20.000 tonnes de diplomatie », rappelle le porte-parole de la Marine Stanislas Gentien.

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Naval Group se prépare ainsi depuis 5 ans à ce chantier pour optimiser au mieux les tâches à réaliser. « Ça passe notamment par un travail de calendrier très précis », explique Jérôme. Le chantier vit même la nuit, période durant laquelle on vérifie notamment les soudures via des contrôles radio. « Tous les jours, on démonte et on reconstruit », analyse-t-il.

Le hangar du Charles-de-Gaulle en pleine réfection
Le hangar du Charles-de-Gaulle en pleine réfection - Mathilde Ceilles

Les marins sur le pont 

Mais au côté des soudeurs et autres professionnels sur le bateau, les 1.100 membres de l’équipage donnent la main à la pâte. Une aide précieuse sur ce qui constitue le seul bâtiment de surface de la Marine nationale à propulsion nucléaire. « L’équipage a le casque de chantier et la casquette de marin, résume le commandant de Saint-Germain. Il reste responsable des installations, notamment le démarrage et la préparation des opérations pour la partie nucléaire du bateau. La connaissance intime de l’équipe au vu de la complexité technique du bateau rend la présence des marins indispensable. Ils tiennent notamment le rôle de garant de la sécurité nucléaire. »

Des kilomètres de câbles vont être changés sur le Charles de Gaulle.
Des kilomètres de câbles vont être changés sur le Charles de Gaulle. - Mathilde Ceilles

Pour ne pas perdre la main, les entraînements aussi continuent, notamment sur des simulateurs quand cela est nécessaire. Objectif : être fin prêt quand le chantier sera terminé à l’automne 2018. Mais comme pour un tout nouveau bateau, une série de tests sera effectuée à l’été prochain, avant de prendre définitivement le large.