Pour Mélenchon ou par passion... Mais pourquoi Macron vient-il aussi souvent à Marseille?

POLITIQUE En quatre mois à l’Elysée, Emmanuel Macron s’est déjà rendu deux fois à Marseille, alors qu’il n’a pas mis les pieds à Montpellier, Lille ou Nantes, et qu’il visite pour la première fois à Lyon ce mercredi…

Jean Saint-Marc

— 

Emmanuel Macron est fan de l'OM depuis les années 1990.
Emmanuel Macron est fan de l'OM depuis les années 1990. — B. Horvat / AFP
  • Emmanuel Macron a effectué quinze déplacements officiels en France (hors Paris) et s’est rendu deux fois à Marseille.
  • Certains y voient une démarche politique… Les proches du président assurent que c’est une simple coïncidence.

« Il n’y a qu’un seul olympique » : c’est une des expressions favorites des supporters de l’Olympique de Marseille, mais on voit mal Emmanuel Macron la glisser lors de son déplacement à Lyon. Même s’il visite, le temps d’un sommet, la ville d’un rival de son club de cœur. Fan de l’OM, Macron est aussi fan de Marseille, une ville qu’il a déjà visitée deux fois depuis le début de son mandat, et où il a passé ses vacances cet été. Pourquoi vient-il si souvent ? On a demandé à ses proches… Et à ses adversaires politiques.

>> A lire aussi : Neymar à l'OM, la petite blagounette d'Emmanuel Macron, venu présenter les JO-2024

Hypothèse numéro 1 : Pour occuper le terrain face à Mélenchon.

C’est la théorie, notamment, du sociologue Jean Viard, « Marseille sera un enjeu des municipales, il y aura forcément un renouvellement, le maire est en fin de cycle, la place est ouverte pour un rajeunissement… Ça n’a pas dû échapper à Macron », assure le sociologue, candidat LREM (battu) aux législatives dans le Vaucluse.

« On remarque que depuis l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon aux législatives, Marseille est scrutée par les états-majors parisiens », confirme Sarah Soilihi, une des leaders de La France insoumise à Marseille. « Macron s’empare du dossier Marseille pour ne pas le laisser à Mélenchon. Il ne peut pas nous laisser tous seuls dans cette grande ville, il n’a pas le choix ! »

« Ça n’a rien à voir avec Mélenchon, il ne faut pas y voir de message politique, il ne faut pas surinterpréter ces déplacements », répond au contraire le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, joint par 20 Minutes. « Lors de sa venue pour les J.O., il n’y a pas eu de rendez-vous politiques avec des militants ou des cadres d’En Marche, c’était purement olympique », assure Laurence Bricteux, chargée de la communication pour le comité local LREM. « Il m’a juste demandé d’organiser un bain de foule avec les adhérents, il n’avait pas le temps de faire plus. Et c’est très bien ainsi : les cadres locaux n’ont pas besoin de faire des selfies », confirme Corinne Versini, référente LREM dans les Bouches-du-Rhône.

>> A lire aussi : Jean-Claude Gaudin aurait choisi son successeur à la mairie de Marseille

« Je n’y vois pas forcément de calcul, mais il ne peut pas ne pas y avoir d’intérêt, lâche Renaud Muselier, président LR de la région Paca. Lors de cette visite, je lui ai demandé s’il était candidat à Marseille… Il a éclaté de rire ! » Une blague, d’abord, puis une vacherie : « La difficulté, pour En Marche, c’est que leurs élus sont inconnus, qu’ils n’ont pas d’implantation politique », balance Muselier, qui dit « avoir de très bonnes relations avec eux », alors que des rumeurs le présentent comme une tête de liste « LREM-compatible ». «  D’abord Ghali, maintenant ça… Je note que tout le monde veut se marier avec moi, c’est flatteur », glousse l’ancien médecin.

Hypothèse numéro 2 : Une coïncidence de calendrier, tout simplement ?

On a épluché l’agenda du président de la République : depuis le début de son mandat, il a fait quatorze déplacements officiels en « province », plus ces vacances à Marseille. Quinze visites, donc, et Marseille est la ville la plus représentée, ex aequo avec Le Touquet, où Macron s’est rendu (officiellement) deux fois, pour voter, aux législatives. Quatre mois, c’est un peu court pour établir une tendance, répondent les proches du président. « Si Nice avait organisé les épreuves de voile des JO, il serait allé une deuxième fois à Nice, tout simplement », assure Christophe Castaner.

On notera tout de même que Macron a pas mal anglé sa com' sur la « réconciliation » Paris/Marseille autour de ses Jeux… Et que Jean-Claude Gaudin, le maire LR de Marseille, n’a pas pu s’empêcher, lui non plus, de noter cet enchaînement : « On est très heureux qu’il revienne après si peu de temps à Marseille », a-t-il commenté.

Hypothèse numéro 3 : Parce que les Macron adôôôôôrent Marseille.

Même si vous détestez le foot et que vous ne suivez pas la politique, vous savez sans doute qu’Emmanuel Macron est fan de l’OM. Cette passion marseillaise a été largement mise en scène par le président de la République. Et elle ne s’arrête pas au foot : « Quand il était ministre de l’Economie, il est venu passer un week-end à Marseille pour son anniversaire de mariage, rappelle Christophe Castaner. Donc c’est clair qu’il a une affection pour cette ville, au-delà du foot. » Le président de la République aimerait particulièrement son côté « populaire », qui tranche effectivement avec la tranquille Amiens et le très bourgeois Touquet, où il a ses attaches.

>> A lire aussi : Emmanuel Macron fan de l’OM? Tiens donc… Et depuis quand?

Et puis on ne va pas se mentir, politiquement, c’est plus porteur de passer ses vacances à Marseille plutôt qu’à Deauville ou à Saint-Tropez. « Marseille, c’est un territoire déterminant sur le plan économique, plein de potentiel… Il y a toujours des signes à venir à tel ou tel endroit », estime Claire Pitollat, député LREM élue dans le centre-ville de Marseille.

Sur le Vieux-Port, Emmanuel Macron affiche sa joie d'être à Marseille.
Sur le Vieux-Port, Emmanuel Macron affiche sa joie d'être à Marseille. - J.-P. Pelissier / AP / SIPA

« Il a compris que Marseille c’était la plus belle ville de France… J’ai beaucoup de différences avec Macron, mais il a bon goût », sourit Benoît Payan. Mais le chef de file du PS marseillais ne peut retenir une petite pique : « La politique, c’est comme l’amour. Il y a les mots d’amour… Et les preuves d’amour. On les attend ! »