Bagarre devant une école à Marseille : « N’attendons pas de payer des cercueils », le ras-le-bol des parents d’élèves

REPORTAGE Un homme s'est réfugié dans l'école Air-Bel après une bagarre. Les parents d'élèves réclament plus de sécurité pour leurs enfants...

Mathilde Ceilles

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Des policiers nationaux devant l'école Air Bel, après une violente rixe
Des policiers nationaux devant l'école Air Bel, après une violente rixe — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Une violente bagarre a éclaté ce lundi aux abords de l'école Air-Bel, dans une cité sensible. 
  • L'un des individus s'est réfugié dans l'école. 
  • Les parents d'élèves ont manifesté ce mercredi matin pour réclamer plus de sécurité. 

Des voitures de la police nationale stationnées près de la grille, et des forces de l’ordre entre deux groupes d’enfants, cartables sur le dos. La scène n’est pas anodine. Des policiers assuraient ce mercredi matin la sécurité aux abords de l’école Air-Bel, dans le onzième arrondissement de Marseille.

Dans cette cité, la veille, les élèves de l’école ont assisté à une violente rixe, lors de laquelle un homme tabassé par plusieurs agresseurs s’est réfugié dans l’établissement scolaire. Les agresseurs auraient frappé la victime avec la crosse d’une arme de poing, avant de tirer un coup de feu en l’air, selon les témoignages recueillis par la police. L’homme serait parti de l’école avant l’arrivée des forces de l’ordre.

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« On en a ras-le-bol »

Devant la grille, une pétition circule. Des mamans d’élèves distribuent un tract. « N’attendons pas de payer des cercueils. » La violence des mots est à la hauteur de leur colère, dans ce quartier en proie au trafic de drogue et au règlement de comptes.

Depuis le début de l’année, 38 personnes ont été interpellées dans la cité pour des faits liés au trafic de stupéfiants. Or, selon La Provence, la bagarre aurait éclaté près d’un point de deal, situé tout près de l’école. Dans un communiqué, la préfecture de police précise toutefois qu’« aucun élément ne permet de lier cette rixe au trafic de stupéfiants installé dans la cité. » Il n’empêche : dans le quartier, les problèmes d’insécurité sont légion à en croire les habitants, au point que certaines mamans confient, désabusées, ne pas être étonnées par les événements de la veille.

Mais cet incident est-il celui de trop ? « On en a ras le bol, on a peur pour nous et nos enfants », confie une enseignante. « Hier, j’ai dit à mon fils de 10 ans de ne pas sortir de la maison, soupire Zahia. Ça fait 14 ans que je vis ici. Je n’ai pas dormi. Je me suis dit : "Imagine, c’est un terroriste…" Ce qu’ils font dehors, je m’en fous. Mais l’école, non ! Pas d’accord ! » Mère d’une petite fille scolarisée dans cet établissement, Nora abonde : « Des fois, ici, c’est calme. Des fois… Avec mon mari, on veut partir. Tous les ans, on fait la demande. Et tous les ans, on nous dit qu’on est sur liste d’attente. »

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Plus de sécurité à l’école

C’est aussi un sentiment d’abandon qui émerge au fil des conversations. « On nous demande de remonter les informations, mais on l’a déjà fait !, s’emporte Basma. Elles sont où nos demandes ? A la poubelle ? Tout le monde parle du réseau. Nous, on subit H24 le vandalisme, et même si on envoie des courriers, on ne nous écoute pas ! »

Une marche silencieuse de l’école jusqu’à la mairie de secteur est organisée. Les mamans d’élève demandent que les abords de l’école ainsi que les locaux soient mieux sécurisés. Les grilles sont en effet facilement franchissables. Certains réclament également une présence policière accrue aux abords de l’école.

« Pourquoi pas, mais cela ne solutionne pas le problème, estime Danièle Casanova, adjointe aux affaires scolaires. On ne peut pas mettre des grillages de quatre mètres de haut, il faut avant tout pacifier la cité. » Dans un communiqué de presse, le préfet de police affirme que « la cité a fait l'objet d'une attention toute particulière avec la présence importante de CRS (176 vacation), la mise en place d'équipes de médiation aux abords des établissements scolaires, de deux éducateurs de rue, ainsi que de nombreuses actions de politique de la ville notamment au centre social. » Une cellule psychologique a été mise en place par la municipalité pour prendre en charge les élèves.