Marseille: La croisière s’amuse… mais les riverains toussent ?

ENVIRONNEMENT Jean-Yves Le Drian est venu vanter les bienfaits des croisiéristes, générateurs de pollution selon certains…

Mathilde Ceilles

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Un bateau de croisière à Marseille
Un bateau de croisière à Marseille — Boris Horvat

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2016, 1,6 million de croisiéristes ont débarqué à Marseille, contre 20.000 il y a quelques années. Entre sa création en 1995 et 2017, le chiffre d’affaires du Club de la Croisière Marseille Provence a été multiplié par 20.

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Alors que la saison touristique française bat son plein et que les premiers résultats sont encourageants, c’est donc en toute logique que Jean-Yves Le Drian, dont le portefeuille ministériel couvre le tourisme, est venu se féliciter du dynamisme du port de Marseille, à l’occasion d’une visite officielle ce jeudi.

La pollution de ces géants des mers engendrerait 60.000 décès prématurés en Europe

« Nous visons 100 millions de visiteurs en France d’ici 2020, et cela me paraît probable, notamment grâce au dynamisme de la croisière », a-t-il estimé devant les journalistes à la sortie d’une table ronde sur la thématique des croisiéristes. Autour du ministre, de nombreux élus et représentants du port. Mais pas une place pour France Nature Environnement (FNE) Paca et ses inquiétudes liées à la pollution de ces mastodontes des mers. Interrogé à ce sujet, le ministre ne répond pas.

Pourtant, selon l’association, ces bateaux de croisière généreraient des microparticules dangereuses pour l’être humain. « Nous nous appuyons sur des études scientifiques sur le sujet qui montrent que ces particules pénètrent très profondément dans le système respiratoire, voire le système sanguin, s’inquiète le directeur adjoint de la FNE Paca Joseph Wolfers. Elles peuvent causer des problèmes respiratoires, des cancers et des pathologies neurologiques. On estime que la pollution atmosphérique de ces navires engendre 60.000 décès prématurés par an en Europe ! ». En cause notamment : les rejets des navires qui utilisent un fuel très polluant.

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« Une vraie question »

Dans un communiqué, la maire du huitième secteur de Marseille et sénatrice socialiste Samia Ghali enfonce le clou : « Le bilan établi par les Marseillais et que je partage, fruit d’un constat du quotidien, ce sont des croisiéristes qui restent à bord des bateaux qui génèrent des pollutions aux particules fines dangereuses pour la santé des Marseillais ».

Devant les journalistes, Jean-Yves Le Drian le concède : « C’est une vraie question. L’analyse d’Air Paca montre que cela génère 5 à 10 % de la pollution. Il faut y remédier, mais des actions sont mises en œuvre. » Le ministre fait notamment référence aux scrubbers, un système de lavage de fumée.

Des évolutions au port

« Cinq bateaux MSC qui ont fait escale cet été à Marseille en sont équipés, rétorque Christine Cabau Woehrel, présidente du directoire du Grand Port Maritime de Marseille. Cette question relève d’une coopération entre le port et les armateurs, qui sont conscients de la problématique et qui font des progressions sur ces sujets. »

Le port de Marseille a également récemment changé ses infrastructures pour que les bateaux se branchent à quai au système électrique au lieu de brûler du fuel pour alimenter le navire en courant.

Deux millions d’ici 2020

« C’est positif, mais ce n’est pas à la hauteur des enjeux ». Président de Cap au Nord, association de défense du cadre de vie des habitants du 15e et 16e arrondissement de Marseille, Wilfried Robion demande plus de garanties pour les riverains et leur santé. « Il ne faudrait pas se focaliser sur une solution spécifique qui ne traite pas l’ensemble du problème. »

Et d’ajouter : « On est conscient que ça ne se fait pas en claquant des doigts. Mais ce problème de pollution va perdurer dans le temps avant qu’on trouve la bonne solution. Ce n’est pas normal par exemple qu’il n’y ait pas de communication à la population en cas d’enquête ! » Marseille espère accueillir 2 millions de croisiéristes d’ici l’horizon 2020.