VIDEO. Maison de retraite pour lions et tigres à Trets: Pourquoi le projet est-il bloqué?

REPORTAGE Le maire de la commune ne veut pas de ce refuge pour lions et tigres à la retraite. « 20 Minutes » s’est rendu sur place…

Jean Saint-Marc

— 

Thomas, Sandrine et leur lionne Masaï, âgée de 11 ans et qui souffre d'une hernie discale.
Thomas, Sandrine et leur lionne Masaï, âgée de 11 ans et qui souffre d'une hernie discale. — J.S.-M. / 20 Minutes
  • Deux habitants de Trets veulent installer un refuge pour de vieux lions et tigres, usés par une vie de cirque.
  • Les dossiers de demande d’ouverture sont en cours d’instruction à la préfecture des Bouches-du-Rhône.
  • C’est à la mairie que ça bloque : le maire ne veut pas accorder de permis de construire.

C’est un coin tranquille de la campagne aixoise, au pied de la montagne Sainte-Victoire. Après la zone commerciale, plus un bruit, si ce n’est les hennissements des chevaux d’un poney club. Et soudain, un rugissement. « Ça fait comme un coup de tonnerre », sourit Nathalie, une voisine. Pas plus perturbée que ça, d’ailleurs : « Franchement, les ânes ou certains chiens font plus de bruit ! » Plus de bruit que… Les trois lions et les deux tigres de Sandrine Le Bris et de Thomas Patermo.

Cette ancienne dresseuse et cet éleveur de chevaux possèdent pour l’instant cinq fauves. Ils rêvent d’en faire venir une quinzaine de plus, et d’installer un vrai refuge, en dur, sur la parcelle de 5.000 m² qui entoure leur maison. Car pour l’instant, Masaï, Coralie, Tania, Simba et Rian vivent dans un enclos temporaire et dans des boxes, perchés sur un semi-remorque.

>> A lire aussi : Le maire de Trets rugit de colère... Contre une maison de retraite pour fauve

Masaï, lionne de onze ans, grogne dans l’enclos. « Elle a ses humeurs, elle vient d’avoir une hernie discale », explique Sandrine en la caressant à travers la grille. « Le cirque Arlette Gruss a sa propre maison de retraite pour les vieux fauves, mais sinon, rien, précise l’ancienne dresseuse, qui a aussi été soigneuse. Il n’y a pas de solution : les zoos n’ont pas de place, relâcher l’animal dans la nature, c’est impossible… Souvent, les cirques les gardent avec eux sur la route, ce n’est pas idéal. » Pour Sandrine Le Bris et Thomas Patermo, le projet « est dans l’air du temps ». C’est vrai qu’un  sanctuaire pour éléphants est en passe d’ouvrir en Haute-Vienne. Au contraire, la route est encore longue pour le refuge de Trets.

  • Des dossiers en cours d’instruction à la préfecture…

« Ça prend beaucoup de temps, on en est déjà peut-être à 500 pages de papier, je ne m’attendais pas à ça », soupire Sandrine, plus à l’aise avec un tigre qu’avec la paperasse. Au départ, l’objectif était d’ouvrir au public en avril 2018… « On vise plutôt juin », rigole Thomas. La préfecture doit rendre une décision d’ici la fin d’année au sujet de leur demande d’ouverture d’établissement d’élevage. « Il n’y a aucun retard administratif, on est dans les temps », précise un porte-parole.

La tigresse Tania est la star de l'élevage.
La tigresse Tania est la star de l'élevage. - J.S.-M. / 20 Minutes

Un second dossier doit être examiné pour ce qui deviendra une « installation classée pour la protection de l’environnement » (ICPE). « Le bureau d’études nous a envoyé le dossier ce mercredi matin, assure Thomas. Le site est propice, selon les experts qui sont venus. » Reste à voir si les fonctionnaires de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) seront d’accord. En tout cas, côté sécurité, tout est cadré : l’installation actuelle est légale, confirme la préfecture. Le maire va d’ailleurs devoir retirer son arrêté d’interdiction d’installation d’animaux sauvage.

  • Ça coince à la mairie.

« J’estime que la place des lions et des tigres n’est pas là, sur une zone agricole », martèle Jean-Claude Féraud, maire (Les Républicains) de Trets. Il ne compte pas valider la demande de permis de construire, qui expire dans quelques jours. Sa colère n’est pas retombée depuis le mois de février, quand les premiers fauves ont été installés sur la parcelle sans qu’il ne soit informé. « Ce qui me gêne, c’est entre guillemets la fourberie de la manœuvre, insiste l’édile. Leur seul but, c’est d’obtenir un permis de construire. »

Quand on lui parle des éventuelles retombées positives pour sa commune, de la visibilité que pourrait apporter un tel refuge, Jean-Claude Féraud s’agace : « Non, il n’y a pas d’intérêt économique ! Il n’y a pas d’accès, pas de sanitaires… »

  • Un modèle économique qui reste à trouver.

« On ne veut pas faire de business ! Ouvrir au public nous permettrait de couvrir un peu nos frais », jurent en chœur Sandrine et Thomas. Car pour l’instant, les cinq fauves leur coûtent très cher. « Environ 200 euros de viande crue par mois par animal, plus les frais de vétérinaire qui peuvent être élevés », précise Sandrine. Elle a créé une association pour pouvoir recevoir des dons et l’aide de mécènes. Et elle monte des dossiers de demandes de subventions auprès des collectivités territoriales. De multiples procédures qui, elles-mêmes, sont très coûteuses : « On a déjà eu 60.000 euros de frais ! » Et la première pierre est loin d’être posée…