Malgré les incendies, le bois calciné conserve une valeur énergétique et économique

ENVIRONNEMENT La centrale Inova Biomasse de Brignoles propose aux propriétaires de terres incendiées de les nettoyer contre l’utilisation du bois brûlé, qui conserve une valeur énergétique…

Adrien Max

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Le paysage ravagé par les flammes à la Croix-Valmer.
Le paysage ravagé par les flammes à la Croix-Valmer. — Valery HACHE / AFP
  • La centrale biomasse s’engage à faire nettoyer les parcelles incendiées contre l’utilisation du bois brûlé.
  • Nettoyer un terrain incendié peut devenir un véritable casse-tête quand on sait que près de 80 % de la forêt varoise est privée.

Les carcasses alignées à perte de vue de pins calcinés ne semblent être que les stigmates du passage de violents incendies. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces troncs d’arbres charbonnés ont bien une valeur énergétique, et donc économique. L’entreprise Inova Var Biomasse à Brignoles s’en sert pour produire de l’énergie. « Le bois est souillé, on ne peut pas en faire du papier ou des meubles, mais à l’intérieur du tronc il reste du bois. La seule utilisation est de s’en servir pour produire de l’énergie », explique Didier Savanier, le directeur du site.

L’entreprise encourage donc les propriétaires de terres incendiées à leur fournir ce bois calciné pour en faire une utilisation. Après l’incendie qui a touché les communes varoises de Cotignac, de Montfort-sur-Argens et de Correns à l’été 2016, les maires ont été confrontés à un problème de taille pour nettoyer les parcelles incendiées. Eric Audibert, le maire de Montfort-sur-Argens explique :

On a constaté que les terres incendiées appartiennent à une multitude de petits propriétaires. C’était très compliqué pour que chacun puisse réaliser les travaux de nettoiement.

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Echange de bons procédés

Il se souvient alors qu’Inova s’était engagé à soutenir la filière sylvicole locale (ils s’approvisionnent dans un rayon inférieur à 100 km), et notamment en cas d’incendie. Avec l’aide du centre régional de la propriété forestière (CRPF), ils sollicitent l’aide d’Inova pour créer un partenariat. La centrale biomasse, de par la voix de son directeur, s’engage alors à faire nettoyer les parcelles incendiées contre l’utilisation du bois brûlé. « Eliminer le bois brûlé des chênes favorise leur repousse. Il faut également couper les troncs des pins calcinés qui ne repartiront pas et s’en servir de barrage pour limiter l’érosion. Tout cela facilite la reprise », explique Carole Penpoul du CRPF. C’est aussi et surtout une importante charge pour le propriétaire.

Toujours sous l’impulsion d’Eric Audibert et du CRPF, quelque 260 propriétaires terriens se regroupent dans une association syndicale libre. Didier Savanier raconte :

On s’est mis d’accord avec l’association sur un cahier des charges pour le nettoyage des parcelles, et en échange j’utilise le bois récupéré pour produire de l’énergie.

La démarche se veut à « livre ouvert » selon les mots de Didier Savanier : Si l’énergie produite par le bois fourni correspond à une somme supérieure au prix des travaux, Inova s’engage à reverser la différence à l’association pour continuer l’entretien de la forêt. « C’est un échange de bons procédés, les uns avaient besoin des autres », explique Eric Audibert.

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Différentes configurations

Nettoyer un terrain incendié peut devenir un véritable casse-tête quand on sait que près de 80 % de la forêt varoise est privée. « Il faut souvent passer sur la parcelle d’un autre pour accéder à la sienne, certaines ont plein de restanques [muret de pierre] », ajoute le maire. L’intérêt d’adhérer à cette démarche est multiple « Les coupes ne seraient pas d’aussi bonne qualité si elles n’avaient pas été confiées à Inova. On constate aussi que près de la moitié des propriétaires qui ne nous ont pas rejoints n’ont jamais entrepris de travaux », précise le maire. Un avantage à moyen terme est aussi certain. « La forêt varoise est très mal gérée, ce genre d’association permet une meilleure gestion, et donc la possibilité d’éviter des incendies », conclus Eric Audibert.

Pour toutes ces raisons, Didier Savanier souhaiterait multiplier ce genre de collaboration « donnant-donnant » avec d’autres communes et d’autres propriétaires. Mais toutes celles impactées par des incendies ne se trouvent pas dans la même configuration. « On a rendez-vous vendredi avec la commune de Ramatuelle pour voir si on peut mettre en place quelque chose, mais le conservatoire du littoral est majoritairement propriétaire du domaine », tempère Carole Penpoul. Cette solution s’adresse essentiellement aux petits propriétaires terriens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre des travaux de nettoyage. « Je n’accepte jamais le bois incendié d’exploitants forestiers qui auraient cherché à se faire de l’argent sur le dos de petits propriétaires en leur nettoyant à la va-vite leur forêt », préviens Didier Savanier.