La pétanque, un sport de vieux? Allez dire ça aux minots favoris du Mondial La Marseillaise

OMNISPORTS Le premier article qui parle de pétanque et de biologie. Et avec des infographies (et des Paint), s’il vous plaît…

Jean Saint-Marc

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Trois fois vainqueur, Dylan Rocher a remporté son premier Mondial à 18 ans.
Trois fois vainqueur, Dylan Rocher a remporté son premier Mondial à 18 ans. — Robert Terzian / MLM
  • Le Mondial La Marseillaise à pétanque débute ce dimanche, avec un plateau extrêmement relevé
  • De très jeunes joueurs figurent parmi les favoris cette année. Mais les patrons de la discipline ne sont jamais loin

Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Thomas Lemar… On vous parle souvent de la génération dorée du foot français. Et la génération dorée de la pétanque dans tout ça ??? On vous voit sourire en coin, surtout les Parisiens, mais sachez que nous sommes très sérieux. Un tout jeune joueur pourrait bien être sacré au Mondial La Marseillaise à pétanque, qui débute ce dimanche au Parc Borély. Faisons les présentations en vitesse, sans volonté d'être exhaustif, en espérant ne pas être un gros chat noir pour les intéressés :

  • Dylan Rocher (25 ans), la méga star. A 25 balais, il a déjà gagné trois fois La Marseillaise. Il est aussi trois fois champion du monde, onze fois champion d’Europe, sept fois champion de France. Ouch. Et il jouera avec Stéphane Robineau (quadruple vainqueur de La Marseillaise) et Henri Lacroix (champion du monde en titre en doublette). Alerte dream team.
  • Anna Maillard (25 ans), l’espoir féminin. Sacrée championne d’Europe en septembre dernier, Anna Maillard s’aligne sur le Mondial avec l’équipe de France. Deux fois finaliste, elle rêve du titre cette année. Et si c’était la bonne ?
  • Tyson Molinas (18 ans), le (petit) fils prodigue. Le dernier né d'une dynastie de la pétanque, au sein de la communauté gitane. Après son grand-père Louis, après son père, c’est désormais Joseph dit Tyson Molinas qui brille sur les terrains. Il n’avait que 16 ans quand il s’est qualifié pour sa première finale de la Marseillaise, en 2015. Son palmarès s’est bien allongé depuis…
  • Gino Deslys (15 ans), la pépite. A 15 ans, il vient de remporter son premier titre départemental chez les seniors. Fan de pétanque et de play, le gamin est associé à un ancien vainqueur. C’est la grosse cote, mais ça se tente…
     

Bedaine et pic de performance

Quand vous lui parlez de ces minots, le patron du Mondial Pierre Guille s’emballe instantanément : « Ils ont des qualités athlétiques exceptionnelles, ce sont des sportifs de haut niveau… Enfin, ils sont beaux quoi ! C’est un peu méchant pour les autres mais disons qu’après 40, 50 ans, on a souvent un peu de ventre, des conditions physiques qui ne sont plus les mêmes… » Et bim. Sans oser lui demander de précisions sur sa ceinture abdominale, on a parlé hygiène de vie avec Dylan Rocher :

Je fais du sport au moins trois fois par semaine : du foot, du vélo ou du home-trainer. Déjà, parce que ça fait du bien de penser à autre chose ! Et en compétition, ça aide énormément. On joue toute la journée, debout, en plein soleil. Sans condition physique, les jambes deviennent lourdes… Les appuis sont très importants en pétanque. Si tu fatigues, tes gestes seront moins précis.

Attention, bedaine ou pas, « les vieux lions rugissent encore », reprend Pierre Guille. Les vieux lions ou plutôt les monstres sacrés de la pétanque, les Philippe Quintais, les Henri Lacroix, les Philippe Suchaud. Respectivement 49, 42 et 46 ans. Car oui, la pétanque est une discipline où on ne prend pas sa retraite à 35 ans. Et où on peut performer à 15 ans… Comme à 45. C’est plutôt rare dans le sport. En 2012, une étude scientifique (citée par Rue89) a démontré que les pics de performance se situaient, en général, aux alentours des 25-30 ans.

Immense déception.
Immense déception. - Capture d'écran.

Où l’on parle variables physiologiques et pétanque 

Manque de bol, aucun joueur de pétanque n’a été testé. N’ayant peur de rien, nous avons appelé un des auteurs, Geoffroy Berthelot, directeur adjoint de l’IRMES (Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport, la branche scientifique de l’INSEP). Est-ce qu’on peut étendre les résultats à la pétanque ? Joie, bonheur : la réponse est « oui ».

Ce qui est déterminant à la pétanque, c’est le système nerveux central. C’est d’être bien coordonné, de bien évaluer les distances. Comme au tir, par exemple. Dans ces sports-là, le pic de performance est aux alentours des 30 ans. C’est l’âge où la dextérité est la plus forte. Après, toutes les variables physiologiques atteignent un plateau puis déclinent !

Pour Geoffroy Berthelot, si des joueurs de pétanque à la quarantaine bien tapée continuent de performer, c’est « parce qu’il n’y a pas de structuration professionnelle, donc pas de détection des meilleurs talents. Si l’immense majorité de la population jouait, je pense qu’on aurait des joueurs de top niveau plus jeunes ! »

Nouveau coup de fil, cette fois à la Fédération française de pétanque, pour vérifier ça. « Rajeunir nos effectifs est une des priorités de la fédé », reconnaît Anna Maillard, qui quand elle ne brille pas sur les terrains est conseillère technique fédérale, en charge justement du développement de son sport. Aujourd’hui, le licencié moyen a un peu plus de 52 ans. Et la pyramide des âges penche méchamment vers l’âge de la retraite :

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Rocher, Molinas et Deslys seraient-ils les arbres qui cachent la forêt ? On peut aussi les voir comme les précurseurs d’une nouvelle génération… « On a signé il y a un an une convention avec l’Éducation nationale, se réjouit Anna Maillard. La pétanque fait maintenant partie des sports enseignés en collège et au lycée. » Il est donc là, le futur Mbappé des boulodromes : dans les cours d’école.

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