Marseille: Un tram vers les Catalans? «Pas une priorité, il y a d’autres endroits où on pourrait le développer»

TRANSPORTS La métropole a annoncé son intention de relancer le projet de tramway vers les Catalans…

Mathilde Ceilles

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Le tramway dans le quartier de Belsunce à Marseille.
Le tramway dans le quartier de Belsunce à Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • La métropole a annoncé son intention de relancer le projet de tramway vers les Catalans
  • Or, certains jugent l’initiative inutile, le secteur étant desservi par de nombreux bus
  • Des acteurs locaux comme Samia Ghali appellent à ne pas oublier de désenclaver les quartiers populaires de Marseille

C’est un vieux serpent de mer, long de 2,1 kilomètres, qui ressurgit au détour du cours Pierre-Puget. La métropole a annoncé sa volonté de relancer les études pour prolonger le tramway de Marseille vers les Catalans, un secteur aujourd’hui desservi fréquemment par plusieurs lignes de bus. L’initiative ne fait pas l’unanimité, alors que le manque de transports en commun est criant dans certains quartiers comme les quartiers Nord…

Quel est ce projet ?

Dans un communiqué de presse, la métropole de Marseille fait savoir qu’elle a « choisi de relancer les études techniques pour finaliser la desserte du quartier Pharo/Catalans ».

Concrètement, le projet implique la construction d’une ligne reliant la Blancarde à la place du Quatre-Septembre d’ici l’horizon 2025. « Cette extension, d’un coût prévisionnel de 60 millions d’euros, desservirait cinq stations reliant la rue de Rome aux Catalans, via les rues Peytral, Puget, Corderie et Corse, sur 2,1 kilomètres », indique le communiqué. Le budget prévisionnel s’élève à 60 millions d’euros. « C’était dans notre agenda de la mobilité voté en décembre », argue Jean-Pierre Serrus, élu LR à la métropole en charge des transports.

Selon la métropole, cette ligne pourrait réduire le nombre de bus autour du Vieux-Port et sur la Canebière. Elle serait « plus que jamais opportune dans un secteur particulièrement dense et peu doté en transports en commun en site propre », les quartiers concernés étant à l’heure actuelle uniquement desservis par de fréquents bus.

Pourquoi certains locaux sont contre ?

Oui mais voilà : dans ces quartiers, le déficit de transports en commun n’est pas des plus criants à Marseille. « Je ne vois pas l’intérêt d’un tram, le quartier est bien desservi en bus, et l’on accède rapidement au Vieux-Port », assure Jean-Claude Rostain, président de la fédération des CIQ du 7e arrondissement de Marseille. Ce dernier craint même pour la rentabilité de l’investissement. « Les lignes de bus actuelles ne connaissent pas de problèmes d’affluences », avance-t-il, relayant également les craintes des commerçants qui voient en ces travaux des « pertes de revenus ».

Et d’ajouter : « Ce tramway n’est pas une priorité. Il y a d’autres endroits où on pourrait le développer, comme dans les quartiers nord ou le long de la corniche. Ou pourquoi pas entre Aubagne et Marseille ? Cela faciliterait la vie de pas mal de monde ! »

Et au Nord alors ?

Un argument qui fait écho au discours quelque peu agacé deSamia Ghali, maire du 8e secteur de Marseille. « Il n’y a aucune logique !, s’emporte l’élue. On peut envoyer le tram dans la lune, qu’importe, mais il faut une égalité des territoires. » Dans certains quartiers au nord et à l’est de Marseille, dont celui où la sénatrice a été élue maire, il est en effet difficile d’accéder au centre-ville en transports en commun. Actuellement, une extension de 1,8 kilomètre au nord jusqu’à Gèze est prévue pour 2023.

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« J’ai demandé que le tram soit rallongé jusqu’au lycée Nord, assure Samia Ghali. S’ils font aux Catalans sans prolonger de l’autre côté au Nord, il faut que Marseille fasse la révolution. Ce serait honteux, un hold-up politique ! Le tram est payé par les impôts de tout le monde ! » « Je n’ai pas le sentiment qu’on délaisse des zones au profit d’autres, rétorque de son côté Jean-Pierre Serrus. Nous suivons la feuille de route. »