Marseille: Ils passent leur bac à l'hôpital, «c'était dur cette année»

REPORTAGE Au CHU de la Timone, une vingtaine d'élèves ayant des problèmes de santé ont planché sur l'épreuve de mathématiques et de LV2...

Mathilde Ceilles

— 

Les élèves en plein examen
Les élèves en plein examen — Mathilde Ceilles
  • A La Timone, une vingtaine d’élèves passent cette année le bac
  • Toute l’année, ils ont bénéficié de cours adaptés à leur état de santé

« Tu as mangé ? » Dania fait non de la tête. La jeune fille, en terminale S, est visiblement stressée à quelques minutes du début de l’épreuve de bac d’espagnol. « Moi, je ne m’attends pas à grand-chose, je suis nulle en espagnol, s’amuse Maud. Et puis, j’ai eu 10,5 au bac blanc, et je pense avoir bien réussi les autres épreuves. »

De l’appréhension, des pronostics et des bouteilles d’eau en pagaille avec leurs lots de bonbons pour se donner du courage. La scène peut paraître banale en cette période d’examens. Sauf que cette petite pièce où composent ce mercredi cinq élèves se trouve entre deux salles de soin, au treizième étage de l’hôpital de la Timone. Cette année, une vingtaine d’élèves scolarisés au centre scolaire du CHU de Marseille passent le baccalauréat.

>> A lire aussi : Comment le doublon sur le sujet d'espagnol a-t-il pu arriver au bac techno?

« On tombe toujours pour se relever plus haut »

Alexandre est l’un d’eux. Il y a deux ans, les médecins lui diagnostiquent un cancer. Il a 17 ans. « Un an de chimio suivi d’une greffe », énumère-t-il. Le traitement prend fin en novembre 2015. Cette année, le jeune homme, en terminale L « pour éviter les maths », avait trois objectifs en tête : « avoir le bac, sortir avec mes amis et réussir à peser 75 kilos. »

Alexandre et sa mère.
Alexandre et sa mère. - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Pour le bac, Alexandre a dû s’accrocher. « J’ai eu une double pneumonie, une sinusite par là, avec le manque d’anticorps. Avec la maladie, j’avais perdu parfois dix kilos en trois semaines. C’était dur cette année. Je me suis découragé plein de fois. Mais comme dit le proverbe, on tombe toujours pour se relever plus haut. Le baccalauréat, c’est important pour les études supérieures. Aujourd’hui, c’est ma dernière épreuve. » sourit-il. « Je suis très fière de lui », souffle sa mère Jacqueline, le regard embué alors que son fils se dirige vers la salle d’examen.

>> A lire aussi : En manque d'inspiration à l'épreuve d'histoire, il disserte sur la situation des homosexuels en Tchétchénie

Pour préparer le baccalauréat, Alexandre a partagé son temps entre les cours dispensés par les professeurs de l’hôpital et ceux chez lui par des professeurs de son lycée grâce au service d’aide d’éducation à domicile. « L’objectif est d’éviter un maximum le décrochage scolaire », explique Anne-Marie Bougault, professeur de français et d’anglais à l’hôpital. Toute l’année, l’enseignante doit s’adapter à l’emploi du temps de son élève, rythmé par les soins, et son état de fatigue. « Ils n’ont pas plus de trois heures de cours par jour, alors on essaie d’aller à l’essentiel. »

Une épreuve de maths dans la chambre d’hôpital

« La petite Chloé* est sortie de chambre pour le brevet ». Pour la directrice du centre scolaire, Reine Feugère-Segond, cette période de baccalauréat est intense. Il faut gérer les sujets, organiser les épreuves, transmettre les copies dans les différents centres d’examen, afin que les lycéens soient évalués « comme les autres ». « Je commence à 7 h 15 et je finis à 19 heures. On ne s’ennuie pas », rit-elle.

La directrice et l’équipe enseignante doivent également adapter les conditions d’examen à l’état de santé du candidat. Ce mercredi, la professeure de mathématiques a ainsi passé la matinée avec Samantha*. La jeune fille en Terminale est atteinte d’une tumeur au cerveau, et ne peut pour le moment sortir de sa chambre. Alors Gisèle Epplin l’a secondé pour l’épreuve de maths. « Elle me dictait, je faisais la secrétaire. A un moment, avec la fatigue, elle a dormi un petit peu, on a utilisé le tiers-temps pour ça », explique-t-elle.

>> A lire aussi : «Tu vas avoir zéro c’est sûr»... Des élèves nous racontent l'épreuve de philosophie du bac 2017

Les élèves peuvent eux-mêmes demander de passer le bac à l’hôpital, quand ce n’est pas les professeurs qui leur suggèrent. « On leur en parle quand on voit qu’ils sont fatigués, ou stressés, précise Reine Feugère-Segond. Il y a quelques jours, une jeune fille se sentait mal, elle avait des douleurs. On a appelé le médecin qui, tout de suite, nous a demandé de l’amener aux urgences. » Malgré le contexte difficile pour ces lycéens, l’année dernière, comme les années précédentes, le centre scolaire affichait un taux de réussite au bac de 100 %. Pour Alexandre, l’avenir est déjà assuré : le jeune homme a réussi le concours d’entrée à l’école de commerce Iseg de Paris.

*Les prénoms ont été modifiés.