Bouches-du-Rhône: Un «Koh-Lanta» pour favoriser la réinsertion de jeunes en difficulté

REPORTAGE A travers diverses épreuves sportives, ces jeunes suivis par la Justice apprennent le vivre ensemble et le dépassement de soi…

Mathilde Ceilles

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Il a fallu construire un radeau
Il a fallu construire un radeau — Mathilde Ceilles
  • Pour cette cinquième édition du Défi XIII, 21 jeunes se sont affrontés à travers différentes sportives
  • Ce raid est organisé pour les jeunes en situation de réinsertion, dont la majorité a eu affaire à la justice
  • Il vise à aider le travail quotidien des éducateurs

Le jour est levé depuis quelques petites heures. La plage est déserte, le décor, paradisiaque. Soudain débarquent une trentaine de personnes, d’un pas vif, les bras chargés, remontés à bloc en ce jour de compétition. Les équipes se suivent. On se surprend à chercher Denis Brogniart dans le petit groupe qui rapidement envahi la crique, prêt à s’affronter dans des épreuves physiques dans une eau fraîche.

Mais Denis ne viendra pas. Malgré les apparences, nous ne sommes pas à Koh-Lanta, à une épreuve de confort avant le conseil, mais bien sûr la plage du petit Mugel à La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône. Les candidats de ce raid ont une particularité : tous sont en situation de réinsertion. La plupart ont eu affaire à la justice dans le passé. Mineurs – le plus jeune à 13 ans –, ils sont désormais sous protection judiciaire.

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Deux jours de raid

Pendant deux jours, en équipe, ces 21 jeunes s’affrontent dans le cadre de la cinquième édition du Défi XIII. Cet événement est organisé par l’union régionale sportive Léo-Lagrange et ladirection territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse des Bouches-du-Rhône (DTPJJ). Dépassement de soi, vivre ensemble : l’objectif est de prolonger le travail des éducateurs fait chaque année à travers différentes épreuves sportives. La veille, ils ont ainsi descendu en rappel une falaise avec l’aide du Grimp, afin de mieux découvrir le métier de pompier.

Les jeunes en pleine épreuve
Les jeunes en pleine épreuve - Mathilde Ceilles

Au programme ce matin : randonnée sous-marine en guise d’échauffement, avant l’épreuve reine de construction de radeau. « Mama, elle est froide ! », crie l’un en mettant un pied dans l’eau. Pour certains, c’est la première fois qu’ils enfilent un masque et un tuba. « Une partie du groupe n’était même jamais allée dans les Calanques, alors qu’ils sont tous de Marseille. On veut leur montrer qu’il y a des choses à faire dans leur environnement proche », explique Kévin Saurtron, correspondant Sport à la DTPJJ des Bouches du Rhône. « Ce type d’événements, c’est un accélérateur du travail des éducateurs, ajoute-t-il. Certains jeunes, chez eux, font ce qu’ils veulent. Ici, on travaille le rapport à la règle par rapport au sport, comme on pourrait le faire avec la loi. Et là, où le jeune est habitué à zapper, là, il va persévérer et retrouver une estime de soi. »

Les activités étaient notamment encadrées par la police
Les activités étaient notamment encadrées par la police - Mathilde Ceilles

Course de radeaux

Le véritable effort physique va commencer. Sur de grandes bâches, deux équipes partent à l’assaut des planches de bois, des bidons et des sangles. Les jeunes doivent construire le plus rapidement possible un radeau de fortune, pour ensuite s’affronter dans une course à bord de cette embarcation précaire. Dans chaque équipe de quatre, des jeunes issus de la même structure avec leurs encadrants toute l’année. « En 48 heures, cela permet de resserrer les liens », constate Myriam Chomaz, cadre technique chez Léo-Lagrange, qui voit en ce un moyen de développer l’entraide et la solidarité.

Un homme à la mer !
Un homme à la mer ! - Mathilde Ceilles

Les radeaux sont mis à l’eau, et avec eux les premiers coups de pagaie… et les premières chutes. Le suspense dure peu, malgré les encouragements : l’équipe d’Ahmed* arrive largement en tête, alors que la seconde de Pierre* est en grande difficulté. La première équipe franchit la ligne d’arrivée en sueur. Mais rapidement, ils oublient leur fatigue. « Monsieur, monsieur, on peut aller les aider ? ». Sur la plage, les éducateurs sourient.

*Les prénoms ont été modifiés