Législatives: «Mieux vaut ça qu'être mort !», à Marignane, Jean-Marie Le Pen fait campagne contre le candidat du FN

DIVISIONS Un duel à distance entre le père et la fille se trame dans la douzième circonscription des Bouches-du-Rhône…

Mathilde Ceilles

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Jean-Marie Le Pen et Jacques Clostermann
Jean-Marie Le Pen et Jacques Clostermann — Franck Pennant

Marignane, petite ville à la périphérie de Marseille, ses 34.000 habitants, son célèbre aéroport… et ses deux candidats aux législatives soutenus par deux Le Pen différents, le père et la fille. Sur fond de tensions visiblement toujours d’actualité entre l’actuel président d’honneur du Front national mais exclu du parti, et la présidente du parti d’extrême droite.

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D’un côté, il y a Jean-Lin Lacapelle, le candidat officiellement investi par le Front national. Actuellement conseiller régional d’Ile-de-France, ce cadre du parti, proche de Marine Le Pen, a été investi dans la douzième circonscription des Bouches-du-Rhône, celle de Marignane et ses alentours. La raison principale ? Cette circonscription, qui comprend un ancien bastion du Front national dans les années 1990, est considérée comme gagnable par le parti frontiste. Au second tour de l’ élection présidentielle, Marine Le Pen y est arrivée en tête avec 54,52 % des voix. Désormais installé à Marignane, Jean-Lin Lacapelle a précisé qu’il démissionnerait de son mandat de conseiller régional s’il était élu dans la circonscription.

Mais de l’autre, il y a aussi Jacques Clostermann, fils du résistant Pierre Clostermann, proche de Jean-Marie Le Pen et de Gilbert Collard, un temps membre du Front national avant de s’en éloigner. Aujourd’hui, il se présente dans cette même douzième circonscription sous l’étiquette « Union des patriotes », mettant en avant son « ancienneté de terrain ». L’homme habite en effet la région depuis plusieurs années.

Jean-Marie Le Pen « n’incarne aujourd’hui rien du tout »

Hasard du calendrier (ou pas), les deux candidats ont chacun sorti l’artillerie lourde pour leur campagne, le même jour. Ainsi, ce mercredi, dans la matinée, David Rachline, maire de Fréjus et ancien directeur de campagne de Marine Le Pen, est venu à Marignane soutenir « son ami » Lacapelle. Interrogés sur la candidature de Jacques Clostermann, les deux hommes ont cherché à minimiser les faits : « les anciennes personnalités qui n’ont plus d’aura ne déstabiliseront pas les électeurs du FN », affirme David Rachline.

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« Il n’y a qu’un seul candidat aujourd’hui, je suis investi officiellement, je suis soutenu par le RBM, je suis le candidat légitime de ce mouvement », a poursuivi Jean-Lin Lacapelle. Et d’ajouter que Jean-Marie Le Pen « n’incarne aujourd’hui rien du tout », et son candidat Jacques Clostermann est un « aigri, un pas grand-chose ». Ambiance…. 

Les déçus pour cible ?

A quelques mètres de là, et quelques heures plus tard, c’est Jean-Marie Le Pen en personne qui a fait le déplacement pour une réunion de soutien à Jacques Closterman. Une trentaine de personnes ont répondu présent dans cette salle qui peut en contenir une centaine.

Selfies, autographes avec le président d’honneur… Les fidèles de Jean-Marie Le Pen avaient fait le déplacement, à l’image de Jeanine. « Je suis venue le saluer, c’est quand même une personnalité. Chez moi, la famille c’est sacré. Le déchirement qu’il y a eu entre le père et la fille, c’est lamentable. Ça ne se fait pas. » C’est chez ces militants déboussolés par Marine Le Pen que Jacques Clostermann espère puiser des voix. « Quand on voit le discours qu’elle tient sur l’Islam compatible avec la République ; ou l’euro… Il y a un mouvement vers nous des déçus de Mme Le Pen, je crois. »

« Je n’ai pas à respecter les consignes du FN »

« Je n’ai pas à respecter les consignes du FN puisque j’en ai été exclu », a affirmé de son côté Jean-Marie Le Pen devant les journalistes. Le fondateur du Front National a précisé qu’il ne donnerait son avis sur les candidats d’autres circonscriptions « que si on le sollicite », se revendiquant être un poil à gratter dans la campagne de Jean-Lin Lacapelle. « Mieux vaut ça qu’être mort ! »

En 2012, la circonscription avait été remportée par le candidat socialiste Vincent Burroni (37,34 %) devant le candidat UMP Eric Diard (36,6 %) et le candidat FN Paul Cupolati (26,06 %).