Une charte pour privilégier l'embauche des Corses fait polémique

EMPLOI Pour le préfet de Corse, c'est de la discrimination à l'embauche...

J.S.-M. avec AFP

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Le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, le 7 août 2016 à Corte.
Le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, le 7 août 2016 à Corte. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Le préfet de Corse assure que toute entreprise signataire s’exposerait à des poursuites.
  • Une réponse « choquante » pour Jean-Guy Talamoni, à l’origine du projet.

A « compétence suffisante », l’embauche d’un habitant corse devrait être préférée à celle d’un continental. C’est ce que prévoit une charte défendue par le nationaliste Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse, et signée le 24 mai par le Syndicat des travailleurs corses (STC), les présidents des chambres de métier, commerce et agriculture, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), et des syndicats étudiants.

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Le texte prévoit que les entreprises signataires favorisent « le recrutement de ceux qui ont leurs centres d’intérêts moraux et matériels en Corse et dont les compétences sont suffisantes ». Sont visés « ceux qui sont nés en Corse, qui y ont suivi leurs études, qui y vivent ou qui y ont habité, mais qui ont été contraints de la quitter (…), ceux qui ont des attaches familiales ou qui sont propriétaires de biens immobiliers ».

« Discrimination à l’embauche »

Pour le préfet de région Bernard Schmeltz, il s’agit de « discrimination à l’embauche. » Dans un courrier daté du 15 mai et transmis aux entreprises locales, il rappelle que toute entreprise signataire s’exposerait à des « poursuites civiles et pénales ».

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« La réponse du préfet est choquante », a vilipendé Jean-Guy Talamoni, rappelant que la Ville de Paris a elle aussi mis en place une «Charte de développement de l’emploi local et de la responsabilité sociale de l’entreprise ». « Ce ne serait pas discriminatoire à Paris mais en Corse oui ? Comment faire comprendre aux Corses que ça ne peut pas se faire chez eux alors que ça se fait à Paris, où le taux de chômage est moins élevé ? » déplore Jean-Guy Talamoni.

Cette charte est « en faveur de l’emploi local » sur une île qui compte plus de 22.000 demandeurs d’emploi soit 11 % de chômeurs (chiffres officiels publiés en décembre 2016), se défend le nationaliste, estimant que « les Corses doivent pouvoir travailler dans l’île sans avoir à choisir entre le chômage, le renoncement à un meilleur emploi ou l’exil ».

Des poursuites possibles pour les candidats recalés

« Dans les chartes signées dans les autres régions, il n’y a pas d’éléments sur une différenciation en fonction du lieu des intérêts moraux et sociaux » du demandeur d’emploi, répond au dirigeant nationaliste le cabinet du préfet de Corse.

Un constat partagé par l’avocat Hervé Tourniquet, spécialiste en droit social : « Une personne qui verrait son recrutement refusé au motif qu’elle n’habite pas au bon endroit, qu’elle ne parle pas la bonne langue ou n’a pas les bonnes attaches familiales, serait fondée à agir en justice ».