Foot féminin: Lyon, l'OM, les salaires... Avant la retraite, Sandrine Brétigny se confie

INTERVIEW Juste avant sa retraite, rencontre avec l’avant-centre Sandrine Brétigny pour faire le bilan, calmement, de la saison exceptionnelle des féminines de l’OM…

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Sandrine Brétigny aka «Brétigoal», à l'entraînement.
Sandrine Brétigny aka «Brétigoal», à l'entraînement. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Avec plus de 200 buts chez les pros, l'attaquante de l'OM Sandrine Brétigny, passée par Lyon et Juvisy, est une des stars du foot féminin
  • A 32 ans, elle a décidé de prendre sa retraite, à la surprise générale.

La formule est un poncif énorme, qui connaît tous les six mois son heure de gloire au moment du mercato. « Dans le foot, tout va très vite ». A 20 Minutes, on en a fait l’expérience cette semaine : petit making-of. Mercredi dernier, on rencontre Sandrine Brétigny pour faire le bilan de la saison historique des filles de l’OM : promues en D1, elles bouclent le championnat à la 4e place. Dans cette interview, elle nous annonce vouloir continuer à jouer, à l’OM ou ailleurs, pendant deux ou trois saisons.

Ce jeudi, jour du match contre Juvisy, méga-surprise : Brétigoal annonce sa retraite via le compte Twitter des féminines de l’OM. En attendant de la joindre pour comprendre un peu ce qui s’est passé, on vous propose l’interview, tel quel. Transparence.

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Je vous ai entendu dire que vous aviez envie de vomir à la fin de l’entraînement : qu’est-ce qui se passe, un souci ?

Non, ça va. Avec les premières chaleurs, ça commence à taper… La saison commence à être longue aussi ! On en est à peu près au 205e entraînement. L’an dernier, on s’entraînait une fois de moins dans la semaine. Là, c’était tous les matins à 8 heures 30 ! On va dire aussi que ça paye. Finir 4e, pour un promu, c’est vraiment une saison remplie.

La montée l’an dernier, la 4e place cette année… J’imagine que vous ne regrettez pas votre choix de rejoindre l’OM ?

Absolument pas ! C’était déjà une très bonne année l’an dernier avec le titre en D2… Je ne l’avais pas, celui-là ! Et cette année, je pensais qu’on allait finir 7e. C’est beau de finir juste derrière les trois gros clubs, qui ont beaucoup plus de budget que nous !

Ah ouais quand même.
Ah ouais quand même. - Capture d'écran Wikipedia

C’est la première fois depuis 2009 que le quatuor de tête n’est pas formé des poids lourds Lyon (11e titre consécutif)/Paris/Montpellier et Juvisy. Y a-t-il un passage de relais avec Juvisy ?

Je ne sais pas comment ça se passera la saison prochaine : le plus dur, c’est la deuxième année. L’OM sera plus attendu, ce sera puissance 10 ! Et Juvisy, elles ont eu une saison plus compliquée que d’habitude, leur coach a été viré…

On ne gagne pas autant que les garçons, malheureusement ! Je travaille à côté, je suis coach sportive

Sur le plan personnel, quel bilan faites-vous de cette saison ? Vous avez eu moins de temps de jeu et vous avez moins marqué (4 buts).

J’ai eu un rôle différent ! On compte plus sur mon expérience, dans les dernières minutes, sur des deuxièmes mi-temps. Et puis avant, je marquais plus parce que je passais plus de temps dans le camp adverse. Je jouais avec des équipes qui avaient la balle. Avec l’OM, on procède plus en contre, avec un bloc médian voire bas.

Tout le monde sait que j’aime marquer des buts mais je n’ai pas mal vécu cette saison ! C’était tellement beau ce qu’on faisait chaque dimanche, cette série de 10 matchs sans défaite !

Vous êtes en fin de contrat, allez-vous rester à l’OM ?

Je n’ai pas encore eu de nouvelles. On doit en discuter très prochainement avec les dirigeants. En tout cas, je veux continuer à jouer au foot, deux saisons, peut-être trois. Je suis aussi coach sportive, j’ai quelques clients, je travaille dans une salle. Pour l’instant, j’allie les deux, le foot et le travail ! Parce que malheureusement, on ne gagne pas autant que les garçons !

Sandrine Brétigny à l'entraînement, en mai 2017.
Sandrine Brétigny à l'entraînement, en mai 2017. - J.S.-M. / 20 Minutes

Vous appartenez à cette génération de joueuses qui ont connu l’amateurisme complet.

C’est sûr que ça avance. A l’OM, on a toutes des contrats alors qu’on est promues. Après, les contrats… Chacun… (Elle laisse un silence). En tout cas, on gagnait une certaine somme pour venir s’entraîner le matin, ce n’est pas le cas partout en D1 !

A 17 ou 18 ans, elles ont déjà des contrats, nous, on n’avait pas ça ! Et je ne suis pas sûre qu’elles s’en rendent compte.

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Qu’est-ce qu’il faut encore améliorer à l’OM ? Qu’est-ce que vous attendez de la part de vos dirigeants ?

De la reconnaissance, d’abord, on n’est pas 4e par hasard, on a beaucoup bossé. Ce qu’il faut améliorer… C’est peut-être l’aménagement de certaines structures. L’entraînement, il n’y a rien à dire (Christophe Parra vient d’ailleurs d’être élu meilleur entraîneur de D1).

La difficulté, c’est aussi qu’on a vraiment beaucoup de jeunes, elles n’ont jamais connu le haut niveau ! C’est ça qui est compliqué.

Il faudrait plus de médiatisation aussi ?

Le club fait beaucoup, sur Facebook, avec OM TV aussi… Médiatiquement, le travail, il est fait.

J’ai fait une petite recherche Google avant l’interview : le truc qui ressort le plus, c’est votre célébration après votre but contre Paris (elle avait enlevé son maillot). C’est pas énervant ?

On a peut-être oublié qu’on avait gagné contre Paris. On a plus parlé de mon maillot que de cette victoire ! Mais tant mieux, ça a fait parler de nous… Mais j’ai vraiment pas fait ça pour le buzz, j’ai pas réfléchi !

On ressent beaucoup d’intérêt chez les supporters de l’OM, mais il n’y a pas encore grand monde au stade…

La tribune est souvent pleine… Mais elle n’est pas très grande ! Tenez, c’est un facteur aussi : peut-être qu’ils n’ont pas envie d’être debout derrière le grillage… Après, c’est quand on gagne qu’il y a du monde. Je l’ai vu à Lyon : forcément, un OL-Arsenal en Ligue des champions, ça amène plus de monde.

Lyon c’est le club où vous êtes restée le plus longtemps (douze ans), vous avez gardé des attaches là-bas ?

Je suis originaire de Saône-et-Loire mais je suis arrivée à Lyon à 15 ans… Je ne l’ai jamais caché : je suis Lyonnaise ! J’ai encore des amies à l’OL, je suis allée voir deux ou trois matchs des garçons au Parc OL cette année. Mais je suis très bien à l’OM, à Marseille : le cadre de vie, on ne peut pas trouver mieux !