« Rallonger le délai pour les IVG »

Recueilli par Amandine Rancoule - ©2008 20 minutes

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Claire Ricciardi

Présidente du planning familial des Bouches-du-Rhône,

conseillère conjugale.

La loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a 33 ans aujourd'hui. Quelle est la situation dans

la région et le département concernant le recours à l'IVG ?

La région a enregistré en 2005 un des plus forts taux de recours à l'IVG, avec près de 23 000 interruptions de grossesses dont 44 % ont été pratiquées dans les Bouches-du-Rhône. Depuis dix ans, ce nombre a augmenté deux fois plus vite qu'au niveau national. A Marseille, sur mille femmes, environ 24 y ont eu recours (chiffres de la Drass, bulletin n° 5, octobre 2007). Mais on peut déjà dire que cette hausse s'est arrêtée ces deux dernières années.

Comment expliquer ces taux élevés ?

Il semblerait que cela soit typique du pourtour méditerranéen. Le nombre de familles monoparentales peut par exemple l'expliquer : quand on éduque seule des enfants, on peut avoir « plus facilement » recours à l'IVG. Une enquête sur les motifs, les conditions d'accès, de prise en charge... a été menée l'année dernière par la Drass mais les résultats ne seront connus qu'en milieu d'année.

Sur Marseille, y-a-t-il des difficultés d'accès à l'IVG ?

On a beaucoup travaillé avec la Drass sur cette question et cela a permis de faciliter l'accès à l'avortement. Outre les hôpitaux, des cabinets de médecins la pratiquent. Les généralistes suivent une formation et passent une convention avec une structure hospitalière. Au niveau du planning, on informe les femmes qui viennent nous voir et on les oriente selon leurs situations personnelles vers les établissements de santé. L'année dernière, 8 300 personnes sont venues au planning familial de Marseille, dont environ 20 % pour être informées et orientées sur une IVG. Depuis lundi soir, les médecins peuvent pratiquer dans nos locauxles plannings des interruptions volontaires de grossesses médicamenteuses, qui sont autorisées dans les 49 jours qui suivent la date des dernières règles.

La loi prévoit un maximum de quatorze semaines d'aménorrhées pour pratiquer l'IVG. Qu'en pensez-vous ?

Le délai a besoin d'être rallongé. C'est complètement hypocrite. En Espagne, en Angleterre et en Hollande, le délai est de vingt-deux semaines, même si personne n'attend aussi longtemps pour avorter ! En France les femmes dépassant le délai partent à l'étranger ou éventuellement accouche sous X. L'IVG a une connotation immorale. Il faut changer les mentalités. Je ne connais personne qui ait dit « cette année je vais faire une IVG ». Même si la société veut que l'individu gère sa carrière comme sa vie personnelle, on peut aussi être plus vulnérable à un moment donné, on peut aussi oublier, un jour, sa pilule.