«C'est la télé qui rend gros!» Fabrice Apruzesse, star d'un Bordeaux-OM, icône du football vrai

INTERVIEW La confrontation Bordeaux-Marseille, c’est la rivalité Bez-Tapie, l’invincibilité des Girondins à Bordeaux depuis 1977. Et c’est aussi Fabrice Apruzesse, étoile filante d’un soir de novembre 2012…

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Fauché en plein vol.
Fauché en plein vol. — N. Tucat / AFP
  • Désormais attaquant d'Aubagne, en CFA 2, Fabrice Apruzesse vit une saison compliquée, marquée par les blessures.
  • Il garde un très bon souvenir de son apparition en Ligue 1 et se moque bien des blagueurs. 

Pour l’OM, c’était une défaite comme tant d’autres, au stade Chaban-Delmas. Un triste match de novembre 2012, égayé à la 73e minute par l’entrée en jeu d’un certain Fabrice Apruzesse. A 27 ans, ce chauve à la dégaine improbable n’a pas le physique habituel des mecs qui portent le numéro 33. Vous savez, ces jeunes loups prometteurs, 17 ou 18 piges, sortis du centre de formation pour prendre la température du haut niveau. Fabrice Apruzesse, lui, sort de l’équipe de CFA 2 de l’OM et joue les pompiers de service : André-Pierre Gignac et Loïc Rémy sont blessés, Jordan Ayew est suspendu.

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Un quinquennat est passé, l’OM n’a toujours pas gagné à Bordeaux, et 20 Minutes Marseille a retrouvé Fabrice Apruzesse. Pas bien loin, d’ailleurs : à Aubagne. Ici, pas de chargé de com' : on cale l’interview en appelant le standard, à l’ancienne. C’est le vice-président qui décroche : « C’est moi qui ai recruté Chou, il en a encore sous le capot. En tout cas, quand vous l’aurez pour l’interview, vous lui faites une bise de ma part ! » On n’a pas osé, on a préféré parler football vrai, quart d’heure de gloire et muscles pectoraux.

Votre saison avec Aubagne, en CFA 2, est un peu pourrie par les blessures…

Je me remets d’une fracture du péroné, j’ai vu le chirurgien hier… Un défenseur qui m’a taclé par derrière. Je reprendrai cet été. J’ai un peu enchaîné les blessures cette saison. J’ai joué quoi, une dizaine de matchs ? Et j’ai marqué quatre buts.

« Je conduis les camions de nettoyage à Marseille. Il faut bien travailler un jour ou l’autre ! Le foot, ça ne dure pas. »

Je pense que c’est parce que j’ai quitté le monde pro l’été dernier : mon corps s’est un peu affaibli et quand je lui demande de faire les efforts, ça pète. On s’entraîne trois fois par semaine, à l’OM c’était tous les jours ! Et on était chouchoutés, avec le préparateur physique, les GPS à l’entraînement et tout !

Justement, votre départ de l’OM l’été dernier, ce n’était pas trop douloureux ?

Ce n’était pas prévu comme ça mais bon… C’est la vie ! Ils ont soi-disant voulu faire place aux jeunes. C’est toujours une déception mais il faut bien travailler un jour ou l’autre… Le foot, ça dure qu’un temps ! Je suis devenu fonctionnaire à Marseille métropole, je conduis les camions de nettoyage. Avant d’aller à l’OM, j’avais déjà été chauffeur livreur. Mais à l’OM, je ne vivais que du foot.

Votre rôle avec la réserve, c’était quoi, encadrer les jeunes ?

Oui, et j’envisageais d’ailleurs une reconversion comme éducateur… Mais j’avais aussi des objectifs sportifs. Je les ai fait monter en CFA, enfin j’y suis pour beaucoup : j’ai mis 13 buts et 14 passes décisives cette année-là (il a marqué 40 buts en quatre saisons à l’OM). L’année d’après je les maintiens, je marque notamment le penalty décisif contre Martigues… J’ai fait mon travail !

Est-ce que sur les terrains de CFA, dans la vie de tous les jours, on vous reparle de ce match à Bordeaux ? Ou c’est un truc de journalistes ?

Tout le temps ! Les gens me reconnaissent, ça, on pourra pas me l’enlever. Je les entends parler : « Ça, c’est Apruzesse. » Des fois ils viennent me voir : « C’est toi qui as joué contre Bordeaux, tu avais la rage ! »

« Les gens disent : “T’es pas gros du tout, c’est la télé qui fait ça !” J’ai des beaux bras, des beaux pecs, ça va ! »

Et sur les terrains, quand ils savent qu’il y a Apruzesse, on dirait qu’ils jouent un match de Ligue des champions ! Ça ne me facilite pas la tâche. Ils savent que j’ai mis 40 buts à l’OM, que j’ai joué en pro, c’est pas rien ! Donc les défenseurs se méfient beaucoup de moi. Et quand je ne joue pas, ils sont soulagés.

La page Wikipedia, la marque des grands.
La page Wikipedia, la marque des grands. - Capture d'écran

Au moment de ce match, beaucoup d’observateurs ont fait des blagues sur votre look, votre physique… Vous avez digéré (!) tout ça ?

J’en rigole ! Je fais 1,70 m et 70 kilos. Ça fait un peu petit et trapu. Mais quand les gens me voient en vrai ils me disent : « T’es pas gros du tout, c’est la télé qui fait ça ! » Et quand je me mets torse nu, ils sont plus impressionnés qu’autre chose… Ils me disent : « T’es plutôt costaud. » J’ai des beaux bras, des beaux pecs… Ça va !

C’est peut-être le maillot qui était trop grand ?

Ah oui, c’est sûr ! Ils m’avaient donné un 80, la plus grande taille. Je l’ai encore, je peux vous le montrer. Et moi je prends du 68. Mais tout ça ne me dérange pas… Même les grands joueurs se font critiquer, moquer. Moi, j’ai réalisé mon rêve, j’ai toujours voulu jouer à l’OM et, à mon âge, c’était inespéré. J’ai fait ce qu’il fallait faire avec la CFA, j’ai eu un peu de chance parce qu’il y avait tous ces blessés… Ils ont pris le meilleur attaquant de la réserve et c’était moi ! Dans le foot, il faut avoir un peu de chance. Je l’ai eu, mais qu’à moitié, puisque je n’ai pas marqué. Ça aurait tout changé pour ma carrière, j’en suis persuadé !