Présidentielle: Dans le Vaucluse, les électeurs de Marine Le Pen un peu déçus... «On ne gagnera jamais!»

REPORTAGE «20 Minutes» a passé la soirée électorale dans le fief de Marion Maréchal-Le Pen, à Carpentras. Une drôle de soirée : à l'annonce des résultats, un peu de joie, mais très vite de la déception...

Jean Saint-Marc, à Carpentras
— 
A Carpentras, un militant frontiste observe sa chouchoute Marion Maréchal-Le Pen.
A Carpentras, un militant frontiste observe sa chouchoute Marion Maréchal-Le Pen. — J.S.-M. / 20 Minutes
  • A Carpentras, les militants FN pensaient que Marine Le Pen devancerait Emmanuel Macron.
  • Les scores du FN dans le département sont tout de même « de bon augure », selon eux.

De notre envoyé spécial à Carpentras

Ça avait commencé bizarrement. 19h30, les rues vides de Carpentras sont baignées de soleil. Et les journalistes ont le temps de soigner leurs descriptions : ils sont parqués à l’extérieur de la permanence de Marion Maréchal-Le Pen, où le FN du Vaucluse a organisé une soirée électorale pour le premier tour de la présidentielle. 19h59, la meute est lâchée dans une grande salle de réunion. Une vingtaine de militants, mi-apeurés, mi-agacés, attendent les résultats, scotchés devant TF1.

« Il en faudra combien, des policiers assassinés… Des militaires tués ? Pour que les Français comprennent ? »

Apparemment, ils n’ont pas été prévenus de l’arrivée des flashs et des caméras. « Vous feriez mieux d’aller photographier les hirondelles », s’énerve un retraité. « Mais qui les payent, ceux-là », s’interrogent une autre. Un quadra nous signifie qu’il ne souhaite pas être pris en photo par un très élégant doigt d’honneur. 5, 4, 3, 2, 1… Les visages de Marine Le Pen et d' Emmanuel Macron s’affichent sur le grand écran. Quelques applaudissements.


Des tee-shirts « On est chez nous », taille 16 mois

Cette fois, on peut le dire : on trouve l’ambiance étonnamment tiède. Et le discours où François Fillon appelle à voter Emmanuel Macron va glacer un peu plus l’atmosphère. « Traître », lance une militante. « Les idées de droite sont majoritaires dans ce pays mais c’est dramatique, on va offrir l’élection à la gauche », se désole Alex, papa de jumeaux de 16 mois qui portent des tee-shirts « Marine Présidente » (« on est chez nous » dans le dos). Quatre ou cinq militants se consolent devant une interview de Gilbert Collard, qui fustige « une partouze électorale ». « Bien dit ! »


« On n’y arrivera jamais, on ne gagnera jamais, c’est pas possible », s’énerve une quinqua bien mise, qui ne souhaite pas s’éterniser : « Si je développe, j’explose. » « Les Français ne comprennent rien du tout », ajoute Jean, militant FN, verbe haut, cheveux blancs. Son amie, Anouchka, nous quitte avec cette phrase : « Il en faudra combien, des policiers assassinés, des militaires tués ? » On apprendra plus tard que son fils est militaire et qu’il rentre d’une « opex » (opération extérieure).

Du rosé de Vaucluse et des projections optimistes pour les législatives

Hervé de Lépinau, le suppléant de Marion Maréchal-Le Pen, confesse lui aussi une certaine « déception » : « Trois quarts des électeurs votent pour le candidat du système… Après un quinquennat calamiteux, on repart sur un mandat de Hollande, en plus jeune, en moins bien rasé ! »

Le conseiller départemental FN trouvera rapidement un argument pour consoler ses troupes : « Avec cinq ans de Macron, nos scores vont encore augmenter ! » Avant de se rendre compte que le candidat d’En Marche ! n’est pas encore élu. « Et puis, je ne suis pas sûr que les consignes de vote des Républicains seront suivies par les militants », reprend De Lépinau.



Plus la soirée avance, plus les militants sont nombreux : ceux qui officiaient comme assesseurs débarquent à la permanence. Ils trinquent au rosé de Vaucluse et les sourires font leur retour. Les chiffres qui arrivent des communes voisines sont chaudement applaudis. « On attend encore les grandes villes, mais on voit qu’il y a une bascule qui se fait, dans les petites communes historiquement à gauche », clame Georges Michel, secrétaire départemental adjoint du Vaucluse, dans un grand sourire. « C’est de bon augure pour les législatives », ajoutera une militante.. Oubliant presque qu’il y a, entre-temps, un second tour de la présidentielle.