Le loup: L’autorisation de tuer quatre nouveaux individus divise

ENVIRONNEMENT Un décret ministériel autorisant le prélèvement de quatre nouveaux loups doit être signé mardi. Alors que 36 bêtes ont déjà été abattues depuis septembre 2016, cette mesure fait débat…

Adrien Max
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Photo d'illustration d'un loup
Photo d'illustration d'un loup — Fabrice Elsner/20 Minutes

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, doit signer ce mardi un décret ministériel autorisant le prélèvement, ou l’abattage en d’autres termes, de quatre nouveaux loups. Depuis septembre 2016, 36 spécimens ont été abattus en France. Avec la signature de ce décret, le taux de prélèvement va dépasser les 10 % de la population totale en un an. Un seuil à ne pas franchir pour la pérennité de l’espèce selon une expertise scientifique sur le devenir de la population de loups en France, réalisée par l’Office national de la chasse et de la faune fauvage (ONCFS) et le Muséum national d’histoire naturelle.

Autoriser le prélèvement de quatre nouveaux individus. Selon l’association Ferus, pour la conservation du loup, la décision a été prise par la ministre de l’Écologie « sous la pression des lobbies, celui des éleveurs et celui des chasseurs ». Pour Eric Coudurier, de la Fédération nationale des chasseurs, il n’y a eu « aucune pression supplémentaire. La ministre avait annoncé que si la barre des 36 loups était atteinte, elle signerait un décret pour avoir recours à des tirs de défense. » C’est-à-dire, procéder à des tirs dans des territoires où il y a eu de nombreuses attaques.



Le taux de prélèvement va dépasser les 10 % de la population de loups. D’après l’expertise scientifique mentionnée ci dessus, « les prélèvements légaux ne devraient pas dépasser 10 % de l’effectif estimé pour que la population présente un bilan numérique au moins stable. » La France ne respecterait pas les lois européennes, notamment la convention de Berne et la directive « habitat faune et flore » de 1992. Selon Jean-François Darmstaedter, président de l’association Ferus, « c’est une espèce strictement protégée sauf en cas de problèmes graves. La France s’appuie sur des exceptions pour en faire la règle générale. » Pour Eric Coudurier, les chiffres sont trop approximatifs pour en tirer des conclusions : « L’ONCFS n’arrive même pas à savoir précisément le nombre de loups en France, donc comment être sûr qu’on dépasse les 10 % ? »

Les prélèvements ne seraient pas si efficaces que ça. Les loups sont des animaux très intelligents. Pour justifier les prélèvements, la vertu éducative était avancée. Les loups pourraient assimiler le risque en voyant un de ses congénères se faire abattre lors d’une attaque. « Le problème, c’est que la plupart des loups sont tués en dehors de ces attaques », explique Jean-François Darmstaedter. Eric Coudurier le reconnaît, peu de prélèvements sont réalisés dans ce cadre car « peu de bergers sont chasseurs, ils ne sont pas armés et ne peuvent pas procéder au tir de défense ». Autre problème lors de ces tirs, des loups effrayés pourraient quitter la meute et procéder à des attaques « totalement désordonnées ».



D’autres solutions existent. L’association Ferus travaille main dans la main avec une dizaine d’éleveurs pour réfléchir à des solutions pour éviter les attaques de loups. Parmi celles retenues, la présence d’un berger et de chiens de protection de type patou, ou encore le rassemblement nocturne. Eric Coudurier partage le même avis. « Il faut donner des aides aux éleveurs pour embaucher des bergers, pour acheter des chiens. Le prélèvement doit être le dernier recours. » Jean-François Darmstaedter expérimente aussi les nouvelles technologies. « On met en place des "fox light" qui s’illuminent en cas de mouvement. Les éleveurs chez qui on les a installées n’ont plus de prédation. »

Des solutions, autres que les prélèvements, existent. Tout le monde s’y accorde. Encore faut-il parvenir à faire discuter les différents acteurs de ce dossier autour d’une même table.