Marseille: Tranquilles, ils utilisent des cônes de signalisation pour protéger «leur» place de parking

REPORTAGE C’est évidemment illégal, et ça commence à énerver certains riverains…

Jean Saint-Marc

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Non non, il n'y a pas de travaux dans cette rue...
Non non, il n'y a pas de travaux dans cette rue... — S.B.

Ce n’est pas tout à fait une pratique nouvelle à Marseille, ville de toutes les innovations en matière de stationnement. Mais dans les rues autour de l’hôpital Nord, dans le 15e arrondissement, c’est vraiment devenu le sport national : installer des cônes de signalisation sur le trottoir, pour garder « sa place ». Il faut dire que c’est pratique et pas cher : on en trouve sur Internet pour moins de cinq euros. Oui, mais c’est illégal.

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« Je fais ce que je veux ! »

« Je suis chez moi, je fais ce que je veux », bougonne cet habitant qui installe quatre plots rutilants à chaque fois qu’il part faire une course avec sa voiture. Pourquoi donc ? « Parce qu’on est envahis par les gens qui viennent à l’hôpital, c’est l’enfer », poursuit Jean-Marie, un voisin plus bavard. Un troisième, Albert, s’emballe carrément : « C’est affolant. Ils se garent juste devant chez vous, et en plus ils vous engueulent. » Et le voilà, justement, qui désigne une automobiliste : « Regardez ! Juste devant mon portillon ! »

Certains vont encore plus loin dans l'originalité, avec des panneaux «sortie de véhicules» étonnants...
Certains vont encore plus loin dans l'originalité, avec des panneaux «sortie de véhicules» étonnants... - Jean Saint-Marc / 20 Minutes

Albert, lui, ne met pas de cônes de signalisation… Sans doute plus par crainte qu’autre chose. Car on sent que le sujet est sensible dans le quartier. « Vous faites une enquête ? Quelqu’un m’a dénoncé ? », s’inquiète Maryse. Trois plots de signalisation sont installés le long de la haie, devant sa villa. Mais « c’est exceptionnel », assure-t-elle : « J’attends un jardinier pour tailler les cyprès ! Après, je les enlève, je ne veux pas d’histoires ! »

Les patients fuient le parking de l’hôpital (hors de prix)

Car forcément, la pratique commence à énerver dans le quartier. « Ils devraient payer des impôts pour le bout de trottoir, non ? », s’interroge Sacha, qui dit tout de même « comprendre » l’agacement de ces voisins. Salah prend moins de pincettes. « C’est n’importe quoi, c’est une honte », s’énerve ce Marseillais qui vient régulièrement à l’hôpital Nord pour des consultations… Et qui ne veut pas dépenser des dizaines d’euros au parking de l’hôpital, géré par Urbis Park (filiale de Transdev, lui-même filiale de Veolia). Un parking légèrement hors de prix (jusqu’à 90 centimes le quart d’heure, tout de même).

« Ces plots, c’est de l’occupation illégale du domaine public !, reprend Salah. Ça fait au moins dix fois que j’appelle la police municipale, et toujours rien ! » L’adjointe au maire de Marseille Caroline Pozmentier, en charge de la sécurité, promet à 20 Minutes qu’elle va « envoyer des équipages » dans le quartier. Et affiche un discours de fermeté : « aucune pratique de ce genre ne peut être tolérée. La police va mettre des amendes… C’est une contravention de cinquième classe. » On a fait une petite recherche : la cinquième classe, ce sont les amendes de 1.500 euros ! Ça fait cher le plot…