VIDEO. Présidentielle: Khaled Freak, le YouTubeur qui fait slamer les candidats

PRESIDENTIELLE Ce beatmaker de La Ciotat remixe les discours des politiques pour en faire des chansons autotunées... 

Mathilde Ceilles

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Khaled Freak dans son studio
Khaled Freak dans son studio — Mathilde Ceilles

Dans ce petit café en bord de mer, à La Ciotat, Khaled commande une noisette. Le trentenaire s’est couché à quatre heures du matin. Comme presque tous les jours. Celui qui est informaticien le jour et père de famille le soir a passé des heures entières dans son « cocon ». C’est le surnom de son petit studio aménagé dans une chambre de bonne où il grille ses nuits à transformer les discours des hommes politiques en musique pour sa chaîne YouTube. « Comme un ado, je fume, je mange et je fais ma passion, des vidéos. » Des vidéos vues des millions de fois qui ont amené ce musicien amateur jusque sur les plateaux de W9 ou d' Antoine de Caunes. « C’est gégé [génial, ndlr], quand t’y penses, où me mènent mes conneries dans mon coin… »

Ces « conneries » ont d’abord été nourries par un rêve. Débarqué dans le sud de la France à la vingtaine, après une enfance en Algérie et une adolescence à Bondy (« quand je suis arrivé à La Ciotat, je me suis dit : “Mince, on m’a caché la France depuis tout ce temps !” »), le jeune Khaled a un espoir : celui de faire de la musique. Ou plus précisément, « signer dans un label, devenir Khaled Guetta et passer un jour sur Fun Radio », sourit-il. Il tente d’intégrer une école formant aux métiers du son une première fois. Echoue. Opte finalement pour l’informatique. Répare des ordinateurs la journée, passe le reste de son temps à apprendre tout de la musique sur le net, du solfège au rythme en passant par les accords.

Petit bonhomme en mousse et Slovaquie

Mais le rêve de musique tarde à se concrétiser. « Je ne suis pas meilleur que les autres, je n’ai rien de plus », juge-t-il. Ils envoient ses sons aux labels, qui ne lui répondent pas, ou alors de manière évasive. Khaled, ancien « geek » de son propre aveu, voit tourner sur les réseaux sociaux des vidéos virales, les « mèmes du Net » comme il dit. Il décide de les détourner en y introduisant un peu de beat, beaucoup de sa sensibilité musicale, pour en faire de véritables morceaux de musique. La volonté est claire et assumée : faire le buzz pour se faire connaître, tout en rigolant un peu.

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« J’ai toujours aimé les parodies », se souvient-il, se remémorant ce détournement de la célèbre chanson de Patrick Sébastien, devenue dans sa bouche d’adolescent taquin « Ce petit Antoine en mousse qui vraiment en a marre d’être puceau… ». Ses parodies 2.0 rencontrent un succès, les vues se multiplient. En détournant un chanteur slovaque, Khaled connaît son quart d’heure de gloire dans ce pays. « Mais je m’en foutais moi, c’est ici que je voulais réussir ! Je pouvais pas le partager autour de moi ».

« C’est pas de votre faute »

Etant « limité » en continuant sur sa voie, – « Y’a pas tant de chanteurs que ça sur le Net qui chantent mal » –, Khaled voit que certains commentaires lui suggèrent de s’attaquer aux discours des politiciens. Un ami lui fait découvrir les Gregory Brothers, qui remixent des hommes politiques. Au début, il panique. « En termes de niveau, j’étais à des années-lumière ! Et puis, l’anglais, c’est plus facile, les syllabes sont détachées, une syllabe, un beat ! »

Il tente quand même, une fois, deux fois, se perfectionne, avec ses propres musiques ou d’autres pêchées sur Internet. Fait valider auprès de ses proches chaque morceau. « Si mes fils de 2 et 5 ans ne décrochent pas de l’écran, c’est le buzz assuré », s’amuse-t-il. Les abonnés affluent après son « C’est pas votre faute » qui comptabilise aujourd’hui plus de deux millions de vues. « FranceTélévisions m’a contacté. J’avais réussi ma vie ! », rigole-t-il. L’après est plus compliqué. « Pour moi, j’avais fait de mon mieux, j’ai eu une déprime musicale ! », confie celui, qui avoue de lui-même être « perfectionniste » et très attentif aux critiques.

Jean-Luc Mélenchon likes this 

La consécration vient quand Jean-Luc Mélenchonhimself commente une de ses vidéos où Khaled remixe un discours du candidat de la France Insoumise. Le YouTubeur en profite pour faire quelques doléances auprès du candidat. « Le problème de ce que je fais, c’est que c’est tellement aléatoire, parce que 70 % du travail dépend de la matière première. » Le Ciotaden affectionne particulièrement les discours emphatiques, en plein air, avec des anaphores pour constituer un refrain. « Alors j’ai contacté les candidats, et je leur ai dit, si vous pouviez glisser quelques anaphores… Maintenant, certains, quand tu les entends, tu te dis qu’ils ont fait le discours pour être remixés ! »

Aujourd’hui, les « labels pleuvent » mais, à 35 ans, Khaled ne rêve plus d’entendre ses mix sur Fun Radio, même s’il espère quand même un jour lâcher les ordinateurs, pour se consacrer entièrement à sa passion, après avoir reçu une formation. En pleine campagne présidentielle, le trentenaire met en lumière les discours des candidats, tout en se défendant de faire de la politique. « Je suis un musicien. Je véhicule des messages universels », assure-t-il.

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