Top 14: Du Prozac pour le Stade Toulousain, de la bière pour le RC Toulon... Drôle de cocktail au Vélodrome

RUGBY Vous avez toujours rêvé d'aller en zone mixte ? Non ? C'est pas grave, venez quand même...

Jean Saint-Marc

— 

McAlister et les Toulousains malmenés par le RCT.
McAlister et les Toulousains malmenés par le RCT. — B. Langlois / AFP

Même à moitié baignée dans le noir (petit problème logistique ?), c’était la zone mixte de tous les contrastes, ce dimanche, au Vélodrome. Vous allez nous dire, à raison, que c’est toujours un peu comme ça : les vainqueurs (en l’occurrence les Toulonnais avec un solide, quoique imparfait 33-23) ont le sourire, les vaincus (en l’occurrence Toulouse, donc) tirent la gueule. Sauf que c’était vraiment caricatural… Et un peu triste, du coup.

>> A lire aussi : Corrigé en Coupe d’Europe, largué en Top 14, ce Stade Toulousain fait vraiment peine à voir

Cyril Baille, mine défaite et genou en vrac… Pelous joue l’ambulancier de service

On vous passera la conférence de presse de Richard Cockerill, pas vraiment passionnante : le nouveau manager toulonnais fait l’effort (louable) de parler en français mais galère un peu… Du coup, à part un « les joueurs sont très gentils, c’est leur victoire », on n’a pas noté grand-chose dans notre bloc-notes.

Non, LE moment à raconter de cette soirée, c’était la sortie du toulousain Cyril Baille, sur civière. Une image qui résume une saison : le prometteur pilier, mine défaite et genou en vrac, sur un brancard, poussé par son entraîneur Ugo Mola au milieu de la zone mixte. Le directeur sportif Fabien Pelous, lui, joue les ambulanciers : « pas le temps de répondre à vos questions, on part pour Toulouse ». Et tout droit pour l’hôpital, apparemment. La blessure est sérieuse, peut-être une rupture du tendon, ou pire encore.

« Laissez nous terminer proprement cette saison. Mais bon Dieu qu’elle est longue ! »

Alors que le staff toulousain se demande comment coincer confortablement le gaillard dans une berline, les joueurs s'approchent et encouragent le pitchoun. Seul Maxime Médard s’arrêtera devant nos micros. L’arrière international est loin, trèèès loin dans la déprime. On lui demande si cette fois, ça y est, c'est le séisme... Et si le Stade, 12e du Top 14, n’a plus aucun espoir de se qualifier pour les phases finales : « Franchement… Pfff… J’en sais rien du tout… On pense peut-être trop aux résultats, bégaye le trois-quart. Faut déjà rejouer, redevenir des joueurs de rugby. En tout cas, ce soir, je ne nous vois pas en barrages. »

>> A relire, parce qu'on vous avait prévenu: Des phases finales sans le Stade Toulousain? Un scénario de plus en plus probable

Ce serait une première pour le Stade Toulousain depuis 1982. Mais cette fois, on y est, lâche le manager Ugo Mola : « Il nous faudrait quoi, 15 points en trois matchs ? Et encore, il en manquerait… » Allez, emballé, c’est pesé, les trois derniers matchs seront du pur folklore. « Laissez-nous la terminer proprement, cette saison, coupe Mola. On a des garçons qui méritent ça… Mais bon Dieu qu’elle est longue ! »

Pendant qu’Ugo Mola s’enfile une deuxième plaquette de Lexomil, de l’autre côté de la zone mixte (toujours dans la pénombre, hein, on ne résoudra pas ce mystère), Mourad Boudjellal enchaîne les punchlines. « Le point positif, c’est que je ne vais virer aucun entraîneur cette semaine », se marre le président varois, persuadé que « gagner tous les matchs à la maison nous ferait revenir au Vélodrome pour la demi-finale. »

Drew Mitchell raconte des conneries et le RCT « rêve de titre »

Et après ? « Ce serait dommage que je ne sois pas au Stade de France pour recevoir le bouclier des mains du nouveau président ou de la nouvelle présidente, non ? » enchaîne Boudjellal, très content de son photomontage de Philippe Poutou à l’Elysée, projeté sur les écrans géants du Vélodrome avant le match.

"On avait oublié qu'on avait un All Black dans l'équipe" : à sa façon, Boudjellal salue le bon match de Nonu. - B. Langlois / AFP

Oui, le RC Toulon, malgré une saison bien foireuse, « rêve de titre », confirmera quelques minutes plus tard Charles Ollivon, qui s’avoue « reboosté » par cette victoire. Reboosté aussi par un énième changement dans le staff ? Cockerill manager à la place de Ford, Matt Giteau entraîneur-joueur… En tout cas le message entre le trois-quart et ses joueurs semble passer. Alors qu’il nous racontait son match « stressant » sur le banc, Matt Giteau est interrompu par un Drew Mitchell plié de rire, smartphone à la main. « Pourquoi tu m’as sorti, coach ! J’étais très bon, coach ! » Bières à la main, tout le monde glousse joyeusement.

Où l’auteur se fait traiter de vautour (et assume à peu près)

La berline / ambulance toulousaine, elle, démarre enfin. Et l’on se remémore cette conversation d’avant-match, avec un joueur toulonnais blessé, croisé dans l’ascenseur. « Ah tiens, un vautour » s’était-il exclamé, saisissant l’accréditation élégamment nouée autour du cou. On avait rigolé, lâchant qu’effectivement, ça sentait le sang, surtout du côté toulousain. « Chez nous aussi », avait répondu le blessé… Sauf que pour une fois, le vautour a eu le nez creux.