Marseille: Classes vétustes, manque d'écoles... «le retard pris est énorme»

EDUCATION Après avoir essuyé une violente polémique sur l'état de ses écoles, la mairie a voté une hausse de l'investissement pour d'autres travaux... 

Mathilde Ceilles

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Marseille le 26 janvier 2012 - L'école primaire saint Gabriel
Marseille le 26 janvier 2012 - L'école primaire saint Gabriel — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

« Une bombe ». C’est ainsi que Jean-Claude Gaudin, maire LR de Marseille, a qualifié, lors du dernier conseil municipal lundi dernier, la violente polémique dans laquelle il avait été plongé il y a maintenant plus d’un an. En février 2016, un article de Libération mettait en lumière les classes surchargées et les écoles vétustes avec lesquelles les enseignants de la cité phocéenne devaient composer depuis plusieurs années.

Depuis, la mairie cherche à démontrer qu’elle a pris le dossier à bras-le-corps, comme ce lundi, au conseil municipal, où une partie des délibérations budgétaires étaient consacrées à ce vaste chantier. Mais, sur le terrain, la prudence reste de mise…

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Des millions supplémentaires. En 2016, pour faire face à la fronde, la municipalité avait décidé de mettre les bouchées doubles, en débloquant cinq millions supplémentaires, portant à 41 millions d’euros le budget alloué aux travaux dans les écoles de la cité phocéenne. L’Education nationale avait de son côté mis cinq millions d’euros sur la table pour soutenir les efforts de Jean-Claude Gaudin. « Le maire a promis qu’il laisserait ces 41 millions d’euros cette année pour réaliser ces travaux », se félicite Danièle Casanova, adjointe au maire de Marseille en charge des écoles maternelles et élémentaires.

Face à la forte croissance démographique que connaissent certains quartiers depuis plusieurs années, et alors que l’article de Libération mettait en exergue le manque cruel de places dans certaines écoles, l’élue met en avant la construction « de dix nouveaux groupes scolaires d’ici 2020 ». « Il y avait derrière cette polémique un coup politique mené par Samia Ghali (PS) », accuse à son tour Danièle Casanova qui assure que tout ça « est derrière nous ».

Des bâtiments « indignes de l’école du XXIe siècle ». Parmi les 444 écoles de la cité phocéennes, Danielle Casanova l’admet : certaines, dites de type Geep, sont en très mauvais état. « Ces écoles ont été bâties très vite dans les années 1960. Quand on remplace une fenêtre, elle ne fonctionne plus quelques mois plus tard. Nous cherchons donc à les détruire pour les reconstruire ». Un projet observé de près par Corinne Vialle, directrice d’école marseillaise et syndicaliste au sein du SNUipp-13. « Il y a des efforts qu’on ne nie pas, mais on part de tellement loin. La route est longue à parcourir. Le retard n’est pas comblé. Certains bâtiments sont indignes de l’école du XXIe siècle. ». Et de citer l’exemple de l’ école primaire National, dans le 3e arrondissement, « très vétuste, une ancienne poste qui accueille 400 élèves dans une cour minuscule. »

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Rien de nouveau sous le soleil ? Sur le terrain, parents et professeurs accueillent ces annonces avec un enthousiasme… mitigé. « Il n’y a rien de neuf, aucune annonce nouvelle, affirme Séverine Gil, présidente du MPE13, une association de parents d’élèves de l’enseignement public dans les Bouches-du-Rhône. Quels sont les projets concrètement ? On ne sait pas, on n’est pas consulté. Ils travaillent à huis clos. Le retard pris est énorme et des travaux n’ont toujours pas été réalisés. Il n’y a pas de planification à long terme. »

Corinne Vialle abonde : « Ce que dénonçait la jeune collègue dans sa lettre n’est pas nouveau. Avant que ça bouge, il a fallu remuer ! Marseille est une fille où les enfants n’ont pas la place dans la cité qu’ils paraissent. » « Les gens de 80 ans à la tête de cette ville ne savent plus ce qu’est un enfant. Ils n’ont plus de vision et ne font plus grand-chose », estime amèrement Séverine Gil, qui confie espérer que l’arrivée d’un nouvel édile en 2020 fasse avancer les choses.