Marseille: «Dans le brouillard», des élus interpellent Ségolène Royal pour sauver l'étang de Berre

ENVIRONNEMENT La ministre s’est dite préoccupée par la question, mais sur le terrain, les choses sont bien floues…

Mathilde Ceilles

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L'Etang de Berre
L'Etang de Berre — BORIS HORVAT

Va-t-on un jour parvenir à sauver l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) ? Ce mercredi, l’ensemble des élus du pourtour du plus grand étang salé d’Europe ont adressé une lettre commune à Ségolène Royal, un mois après que la ministre de l’Environnement ait annoncé à l’Assemblée sa volonté de préserver cette vaste lagune des Bouches-du-Rhône dégradée par l’industrialisation et l’urbanisation.

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Où en est le dossier du tunnel de Rove ? En février dernier, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal avait annoncé à l’Assemblée nationale son intention de relancer un projet visant à réhabiliter l’étang de Berre. Au cœur de ce projet, un serpent de mer nommé tunnel du Rove.

Ce tunnel, percé sous la chaîne de l’Estaque, permettait de relier la mer à l’étang. Il est fermé depuis un effondrement survenu en 1963. Le dossier de sa réouverture est sur la table depuis des années. Objectif : « purger » l’étang en le réalimentant en eau de mer, alors que l’explosion démographique et l’industrie, et notamment la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas qui y rejette de l’eau douce, ont considérablement perturbé l’écosystème de cette retenue d’eau. Les 155 km2 de l’étang font actuellement l’objet d’une demande de classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais le dossier traîne en longueur, entre contraintes techniques, difficultés financières et tergiversations politiques. « Ça fait 30 ans qu’on attend », déplore Serge Andreoni, président du Gipreb, syndicat mixte chargé de la réhabilitation de l’étang.

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Répondant à une question de Jean-Pierre Maggi, député (PRG) des Bouches-du-Rhône, la ministre avait affirmé partager « (les) inquiétudes et (les) impatiences » de l’élu et sa volonté de s’emparer de ce « chantier considérable de reconquête de la qualité de l’espace et de la biodiversité ».

Qu’en pensent les élus locaux ? Depuis la déclaration de la ministre, une mission d’inspection a été lancée. La réouverture du tunnel d’eau de mer est envisagée à titre expérimental, mais avec un faible débit. Si faible que « les experts ont montré que ça ne changerait rien pour l’étang », déplore Gaby Charroux, député-maire communiste de Martigues. Avec d’autres élus, le Martégal a donc cosigné une missive envoyée à la ministre pour lui faire part de cette position. Datée du 29 mars, cette lettre a été signée par dix maires des communes du pourtour de l’étang de Berre.

La réunion entre le Gipreb et les inspecteurs généraux
La réunion entre le Gipreb et les inspecteurs généraux - Gipreb

 

Et la suite ? « On est dans le brouillard », confie le président du Gipreb Serge Andreoni. « C’est plus que flou, abonde Gaby Charroux. La mission a pour but d’aboutir à une première phrase expérimentale, on est loin du premier coup de pioche ! »

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Pour ne rien arranger, dans quelques semaines se tient l’élection présidentielle, avec une certitude : le changement de locataire à la tête du ministère. « La période électorale est propice à obtenir quelque chose », veut croire Serge Andreoni. « C’est la fin de la mandature, je ne me fais pas beaucoup d’illusion », nuance de son côté Gaby Charroux. En février dernier, la ministre s’était engagée à se rendre « sur place pour annoncer les décisions définitives ». Joint par 20 Minutes, le ministère de l’Environnement n’a pas donné confirmation de cet engagement.

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