Marseille: Le tribunal de grande instance sous tension après la diffusion d'un reportage de France Culture

JUSTICE A la suite de la polémique suscitée par la diffusion de propos blessants d'un magistrat lors d'une audience, magistrats et avocats marseillais veulent se remettre au travail. Mais cette histoire laisse des traces…

Adrien Max

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Une salle d'audience du tribunal de grande instance de Marseille
Une salle d'audience du tribunal de grande instance de Marseille — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

La polémique suscitée par l’enregistrement d’une audience de comparution immédiate sur France Culture est encore dans toutes les têtes au  Tribunal de grande instance (TGI) de Marseille.

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La diffusion de ce sujet radio, le 20 février dernier, avait conduit le procureur de Marseille, Xavier Tarabeux, la présidente du TGI, Isabelle Gorce, et la bâtonnière de la ville, Geneviève Maillet à condamner samedi les « propos excessifs » tenus lors d’une audience de comparution immédiate. On y entendait la présidente de l’audience, Delphine Belmontet, interpeller un jeune homme de 18 ans : « On ne sait même pas comment est-ce qu’on arrive à vous regarder comme un être humain ». Ce prévenu au casier vierge a été condamné à cinq ans de prison pour des vols de téléphone portable avec violence.

Formation pour les avocats

Aujourd’hui, magistrats et avocats veulent tirer les conséquences de cette polémique. Des conséquences bien visibles, puisque l’ambiance est très tendue entre magistrats, et avec les avocats, malgré un communiqué commun. Geneviève Maillet, la bâtonnière de Marseille, s’est déjà mise au travail. Après avoir rencontré des chefs de juridiction, des mesures sont mises en place. Selon elle, « il est utile de travailler pour une meilleure méthode de gestion de ce type de situation ».

Concrètement, mardi après-midi, une formation pour réagir et avoir les bons réflexes lors des comparutions immédiates était proposée. Elle s’adressait aux jeunes avocats présents sur les listes de défense pénale, amenés à plaider lors de comparutions immédiates.

Affiche d'une formation pour avocats
Affiche d'une formation pour avocats - Adrien Max / 20 Minutes

 

Me Vouland, avocat chevronné du bureau de Marseille, s’est chargé de la formation sur demande de la bâtonnière. S’il incombe à la magistrature d’assurer la responsabilité et la dignité de ces audiences, il est essentiel pour les avocats de « savoir quels sont leurs droits et devoirs, et quels sont les moyens d’action », explique Me Vouland. Selon lui, cette formation technique est d’autant plus essentielle « qu’il ne s’agissait pas là d’un cas isolé. »

« La page n’a pas encore été tournée » chez les magistrats

Du côté des magistrats, l’heure n’est pas encore à l’union. Preuve de cette déchirure, personne ne veut revenir sur la polémique avant toute prise de décision, et on renvoie sur les différents communiqués en guise de communication officielle. Le syndicat de la magistrature veut surtout calmer le jeu : « On ne souhaite plus communiquer, la page n’a pas encore été tournée. On prône l’apaisement mais il faut déjà sortir de la crise. »

Une assemblée générale a bien eu lieu ce lundi après-midi entre magistrats, mais toutes les conséquences n’ont pas encore été tirées. « C’est au chef de juridiction de mettre en place des solutions », se défend le syndicat. Selon La Provence, la magistrate mise en cause « serait en passe d’être mutée au poste plus discret et moins exposé médiatiquement de juge des libertés et de la détention ».

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Et si cette histoire a révélé des divisions au sein de la magistrature, tout le monde s’accorde sur une chose : le manque de moyens de la justice pour mener correctement ces comparutions immédiates.