Trois fois plus de cancers à Fos-sur-Mer? L'ARS demande une expertise

POLLUTION Une étude affirme que les habitants de cette commune, proche d’une zone industrialo-portuaire, souffriraient davantage de certaines pathologies que la moyenne…

Mathilde Ceilles

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Pic de pollution à l'ozone à Fos-sur-Mer le 22 juin 2005
Pic de pollution à l'ozone à Fos-sur-Mer le 22 juin 2005 — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP

C’est une étude qui avait défrayé la chronique. Il y a tout juste un mois, des chercheurs étaient parvenus à la conclusion selon laquelle les habitants de Fos-sur-Mer et de la ville voisine de Port Saint-Louis, toutes deux situés au bord d’une zone industrialo-portuaire près de Marseille souffrent davantage d’asthme, de diabète ou de cancer que la population française en moyenne. Des résultats inquiétants sur lesquels l' Agence régionale de santé a décidé de se pencher…

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C’est quoi, cette étude ?

Cette étude réalisée par des chercheurs indépendants et financée dans le cadre d’un appel à projets de recherche géré par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a établi ses conclusions à partir de questionnaires auxquels ont répondu 816 personnes de la zone de l’étang de Berre. Elle montre que, dans cette zone particulièrement exposée à la pollution générée par les entreprises de pétrochimie toutes proches, les affections respiratoires concernent près d’un adulte sur deux, et un enfant sur quatre.

Les résultats montrent notamment une élévation de l’asthme cumulatif chez les adultes (15,8 % de prévalence contre 10 % en France), débutant le plus souvent à l’âge adulte. L’élévation des cancers est aussi significative, notamment chez les femmes de Fos et Port Saint-Louis, qui à 14,5 % ont ou ont eu un cancer, contre 5,4 % des femmes en France. Les diabètes tous types sont présents chez deux fois plus de personnes (11,6 % contre 6 % dans le reste de l’Hexagone).

L’ARS remet-elle en doute ces résultats ?

En marge d’une conférence de presse tenue ce mardi, le directeur général de l’agence régionale de santé (ARS) de la région Paca Claude D’Harcourt a indiqué avoir demandé une expertise à Santé publique France au sujet de cette étude. « C’est du déclaratif, c’est du sentiment et ce n’est pas de la mesure rationnelle », a notamment indiqué le directeur général. La méthodologie utilisée par les chercheurs, qualifiées d'« innovante », par son adjoint, le docteur Norbert Nabet, a particulièrement attiré l’attention de l’ARS.

Pour mener à bien cette étude baptisée Fos Epseal, les chercheurs s’étaient appuyés sur la méthode dite de la recherche participative ancrée localement. Les personnes étaient invitées à répondre à un questionnaire sur leurs antécédents médicaux, et notamment les diagnostics que les médecins avaient pu émettre pour d’éventuels cancers ou encore maladies respiratoires.

Pour autant, l’ARS précise ne pas mettre en doute ces résultats. Une rencontre a eu lieu ce lundi entre les auteurs de cette étude et des responsables de l’ARS pour aboutir, selon Norbert Nabet, à une « meilleure compréhension » entre les deux parties. « Nous n’avons pas l’autorité scientifique pour qualifier ou disqualifier ce genre d’enquêtes », ajoute-t-il. La question étant de déterminer la « valeur » de ces déclaratifs selon le Dr Marie-Claude Dumont, conseillère médicale.

Va-t-il avoir d’autres études sur le sujet ?

L’Ars mène actuellement une étude autour des conséquences de la pollution. Baptisé Observatoire Revela13, un programme de surveillance des cancers du rein, de la vessie et des leucémies aiguës chez l’adulte a été mis en place en avril 2012 dans le département des Bouches-du-Rhône. Une seconde étude, lancée sous le nom de Index et portée par l'institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, porte plus spécifiquement sur Fos-sur-Mer. Cette étude d’imprégnation environnementale des populations de cette commune a pour objectif de permettre aux chercheurs de connaître avec précision la nature et la quantité de polluants présents dans l’organisme des habitants riverains de la Zone Industrielle. Les résultats des deux études seront connus à la fin de l’année 2017.