Prison de Tarascon: «Quand un détenu se plaint, les surveillants lui disent “attention, tu vas avoir des ennuis”», affirme l'OIP

DETENTION Un détenu de la prison de Tarascon (Bouches-du-Rhône) n'a pas obtenu le droit de téléphoner à l'OIP, l'Observatoire International des Prisons. Une façon de faire pression sur lui, selon l'association...

Jean Saint-Marc
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Illustration d'un gardien de prison.
Illustration d'un gardien de prison. — C. Villemain / 20 Minutes

Laurent D., détenu au centre de détention de Tarascon, est en conflit avec la direction de l’établissement depuis près de deux ans. Il a lancé de très nombreuses démarches pour se plaindre du comportement d’un surveillant pénitentiaire. Le prisonnier l’accuse d’avoir écrasé une cigarette sur la main. Le surveillant, lui, n’a reconnu qu’une tape sur le bras.

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« Les détenus soi-disant procéduriers se font menacer », lance l’OIP

Laurent D. a porté plainte, sollicité la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, saisi le Défenseur des droits… et écrit à l’ OIP, l’Observatoire international des prisons. Mais il n’a pas le droit de discuter avec eux au téléphone, dénonce l’association dans un communiqué publié début février : la direction a refusé d’inscrire le numéro de téléphone sur la liste d’appels autorisés.

« Pour nous, la direction essaye de lui dire “vous en avez fait assez” », interprète Amid Khallouf, coordinateur de l’OIP pour le grand Sud-Est. « C’est assez fréquent, les détenus soi-disant procéduriers se font menacer. Les surveillants disent : “attention, si tu écris à l’OIP, si tu portes plainte, tu vas avoir des ennuis” », assure le militant, qui évoque « de nombreuses brimades » possibles : faire rater un parloir au détenu, balancer sa cantine (colis de nourriture et de fournitures achetées par le détenu) dans la cellule plutôt que de la déposer, etc. « Laurent D., lui, ose s’exprimer, mais beaucoup ont peur de ça », reprend Amid Khallouf.

La prison de Tarascon, en 2003.
La prison de Tarascon, en 2003. - Gérard Julien / AFP

La prison, « le service public le plus contrôlé en France » selon la direction

« De simples rumeurs », rétorque Philippe Peyron, le directeur interrégional des services pénitentiaires. Il affiche, sur ce dossier précis, une « volonté d’apaisement » : « le détenu n’a pas refait cette demande. Si c’était le cas, elle serait autorisée. » Quant à la tape sur le bras du surveillant ? « Ce n’est pas un incident d’une extrême gravité », reprend Philippe Peyron, convaincu que « la prison est le service public le plus contrôlé de France. »

Pour Eric Rouvière, surveillant au centre de détention de Tarascon et délégué pour le syndicat UFAP (Union fédérale autonome pénitentiaire), la polémique autour de Laurent D. est « une affaire de rien du tout, montée en épingle par un détenu qui veut se faire un chef de bâtiment. »

Logiquement, Eric Rouvière défend son collègue : « Taper sur la main, on peut contester la méthode, ce n’est pas déontologique, mais c’est tellement compliqué pour nous… Quand vous n’êtes que deux pour tenir un bâtiment de 250 détenus, si vous perdez l’autorité, il est impossible de la regagner ! » Eric Rouvière qui affirme d’ailleurs « qu’il y a tellement de téléphones portables qui circulent en prison illégalement que ce n’est pas bien compliqué d’appeler telle ou telle association. »

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Portable ou pas, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté a tout de même jugé « abusive » la décision de la direction de la prison de Tarascon d’interdire à Laurent D. d’appeler l’OIP.