Fos-sur-Mer: Nos déchets feront bientôt rouler nos voitures (et ce n'est pas une blague)

INNOVATION Une expérimentation, unique en Europe, est en cours dans trois entreprises industrielles et chimiques du port Marseille Fos... 

Clément Carpentier

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Le bassin installé sur le site de l'entreprise Solamat-Merex.
Le bassin installé sur le site de l'entreprise Solamat-Merex. — Solamat-Merex

« Pourquoi pas ? », voici la réponse de Valérie Garbal lorsqu’on l’interroge sur cette idée un peu folle. Celle de faire rouler une « voiture aux déchets. » Si on est encore loin de la réalité comme le note la responsable du développement de Solamat-Merex (traitement de produits dangereux), une expérience a bien débuté il y a quelques jours.

Le port de Marseille Fos, l'un des plus pollués d'Europe.
Le port de Marseille Fos, l'un des plus pollués d'Europe. - FOURMY MARIO

Son entreprise participe avec Kem One (fabriquant de PVC) et  ArcelorMittal (sidérurgie) à ce projet innovant. « Il faut trouver une solution pour limiter l’émission de CO2 et aujourd’hui, on a deux techniques dont la biorémédiation. C’est-à-dire, trouver une solution biologique à un problème environnemental », explique Michael Parra, chargé des problématiques liées au réchauffement climatique et à la qualité de l’air au port de Marseille Fos.

Le port de Marseille Fos en chiffres.
Le port de Marseille Fos en chiffres. - Capture d'écran

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Des micro-algues qui poussent au dioxyde de carbone

Il a donc lancé le projet « Vasco 2 » avec une équipe de 12 personnes pour « valoriser ses fumées de dioxyde de carbone ». La première étape consiste à « brancher des tuyaux au pied des grandes cheminées et à dévier ces fumées vers du bassin où il y a des micro-algues qui poussent dans l’eau de mer », ajoute-t-il. Par exemple, un bassin de 160m² a été installé à Kem One.

Le schéma de transformation.
Le schéma de transformation. - Capture écran

Le CO2 joue alors le rôle d’engrais pour ces algues. Récoltées, elles sont passées dans une centrifugeuse afin d’obtenir une patte puis transformer en biocarburant brut (équivalent du pétrole brut) par les laboratoires du CEA (Commissariat aux énergies atomiques et alternatives).

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La dernière étape de raffinage est assurée par Total. Le chef du projet affirme « qu’on pourra mélanger au sans-plomb 95 comme l’éthanol aujourd’hui. À terme, on espère créer un liquide 100 % biocarburant pour faire rouler nos voitures. »

Le CO2 comme matière première ?

Valérie Garbal « y croit. » Pour son entreprise, « c’était naturel de s’engager dans cette aventure. C’est un vrai investissement (120.000 pour Solamat Merex). J’espère qu’il y aura un résultat positif. » Le but est, en effet, que le CO2 devienne une matière première comme le pétrole, l’eau, le bois, etc.

L'expérience Vasco 2.
L'expérience Vasco 2. - Capture d'écran

« Nous allons observer ces trois bassins jusqu’en novembre 2018. Après, on veut créer une vraie filière avec un réservoir de 10.000 m².» Le coût total du projet est estimé à deux millions d’euros.

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