Marseille: Sans local pour se retrouver, deux associations de sourds lancent une campagne de financement participatif

HANDICAP L’argent servira à retaper de fond en comble une vieille caravane…

Mathilde Ceilles

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Mounia Oumahlane, Anthony Llovet et Cécile Giardino.
Mounia Oumahlane, Anthony Llovet et Cécile Giardino. — Mathilde Ceilles

Depuis sa création il y a trois ans, l’association Real Marseille, un club de football à destination des jeunes Marseillais sourds, cherche un local pour réunir ses membres, à l’occasion de fêtes et de repas. Des années de demande auprès de la mairie, sans jamais de réponse (sollicitée, la ville n’a pas répondu à l’heure où nous écrivons ces lignes).

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« A Marseille, le handicap, ce n’est pas trop leur priorité », regrette Anthony Llovet, président de l’association. « On nous dit : "Oui, oui, le dossier est en cours, on s’en occupe", et puis plus rien », poursuit Mounia Oumahlane, responsable sportive du Real Marseille. Il y a bien la cité des associations sur la Canebière, mais la salle prêtée n’est ouverte qu’en semaine, tandis que la majorité des événements de l’association se déroule le week-end.

Dans un premier temps, la structure loue un local à un particulier. Mais quand ce dernier est vendu en 2016, les 37 membres du Real Marseille n’ont plus aucun endroit où se retrouver.

Lutter contre la solitude

« C’est vraiment important de pouvoir se réunir, partager avec d’autres, souligne Anthony Llovet. Les enfants sourds restent souvent à la maison, ils ont du mal à se faire des amis en raison de leur handicap ». « Les sourds sont à l’écart, ils manquent d’informations. Se retrouver permet par exemple de savoir où scolariser son enfant, etc.. », abonde Mounia Oumahlane.

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« La majorité des sourds ne travaille malheureusement pas, ils n’ont pas de collègues, et rencontrent peu de monde… Certains se sont mis au foot dans l’unique but de voir d’autres gens ! », constate Cécile Giardino, entendante et secrétaire adjointe de l’association.

Une vieille caravane comme solution

Face à cette problématique, Anthony Llovet décide de prendre le taureau par les cornes. Puisqu’aucune salle n’est disponible pour un repas, pourquoi ne pas transformer une caravane en un food truck, pour organiser des repas en plein air ? « Bien sûr, une salle, ce serait mieux, mais à défaut, on pourrait avoir des sandwiches, des crêpes après les matchs ou pendant les événements », explique-t-il.

Ayant vent de cette idée, le père d’un membre de l’association propose de donner sa vieille caravane. L’association décide de nouer un partenariat avec Young Deaf Marseille, une autre structure pour les sourds qui pourra également bénéficier de ce camion-restaurant. Depuis deux semaines, les deux structures en ont fait l’acquisition.

2500 euros 

Le hic : tout ou presque est à refaire. « La peinture, le sol, la façade… », énumère Anthony Llovet, visiblement pas effrayé par l’ampleur du travail. Mais le projet piétine, en raison du manque de fonds de l’association. « Nous avons besoin de 2.500 euros, entre les travaux et l’achat de matériel de cuisine », calcule-t-il.

Un crowdfunding jusqu’au 3 mars prochain a donc été lancé pour récolter les fonds. Une trentaine de bénévoles s’est présentée pour remettre en état le camion, conformément au plan imaginé par Anthony Llovet. Et qu’importe si le travail est colossal : « Nous les sourds, on garde le sourire ! »