Parfois adoré mais souvent détesté, Valbuena a tout vécu avec les supporters de l'OM et de l'OL

FOOTBALL Comment le milieu offensif lyonnais sera-t-il accueilli par le Vélodrome ce mardi (21h05) pour ce choc de Coupe de France ? La dernière fois, c’était par des sifflets, des injures et une potence…

Jérémy Laugier et Jean Saint-Marc

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Mathieu Valbuena jouera une nouvelle fois contre son ancien club ce mardi.
Mathieu Valbuena jouera une nouvelle fois contre son ancien club ce mardi. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Non, Mathieu Valbuena ne va pas attraper un mégaphone et entonner « Le Mal Aimé » de Claude François, ce mardi, en face du virage sud du Vélodrome. Mais il pourrait le faire. Et ça vaut pour son parcours à l’OM comme à l’OL. On a ravivé quelques bons et surtout beaucoup de mauvais souvenirs avec les supporters des deux camps.

Le moment où il les a retournés… voire fait rêver

A Marseille, la question est vite tranchée. C’est Dortmund ou Liverpool. Et neuf fois sur dix en fait, c’est Liverpool (en 2007). Elvis, 35 ans, abonné Winners, se souvient : « Il ne jouait pas trop. Et là, en Ligue des Champions, il met cette frappe. La trajectoire est magique. La balle remonte, elle tape sous la lucarne. J’étais tout seul chez moi et j’ai gueulé comme si j’étais au stade. Je n’en revenais pas. Bon, je ne sais pas s’il l’a fait exprès ! »

Rivalité des Olympiques oblige, les Lyonnais gardent surtout en tête deux de ses prestations face à l’OM. A commencer par son fameux match au Vélodrome dans une ambiance assez surréaliste, le 20 septembre 2015. « Tu sentais que le mec voulait tout casser ce soir-là, apprécie Benoît, supporter de l’OL. Il avait tout d’un coup un côté attachant et ça lui a permis de prouver qu’il ne venait pas juste prendre un gros chèque à Lyon. »

« Il a vraiment fait preuve de beaucoup de dignité dans un environnement ultra dur, sans jamais chambrer, confirme Sébastien, abonné du virage nord. Son attitude forçait le respect. » Son enchaînement de buts majeurs cette saison contre Paris, Monaco et donc surtout Marseille, a renforcé sa cote de popularité (qui partait de très bas) au Parc OL. « J’ai jubilé en pensant à la rage des supporters adverses après ce beau but », sourit Cyril du virage nord.

Le moment où il leur a vraiment mis les boules dans le camp d’en face

Certains supporters marseillais nous ont parlé des simulations, avant qu’un autre ne tranche le débat : « Les gars, quand il était à l’OM, ça ne nous gênait pas qu’il se jette ! » Alors on laisse la parole à Benjamin, récemment traumatisé : « Le pire pour moi, c’est ce dernier match à Lyon. J’étais au stade et sérieux, je n’ai rien vu venir. Il a fait du Valbuena, avec le petit crochet qui va bien et la frappe… Ça m’a bien foutu les boules. Encore heureux qu’il ne l’ait pas trop célébré. S’il avait fait 40 fois le tour de stade, ce n’est pas une potence qu’il aurait eu mardi… »

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Ne comptez pas sur les supporters lyonnais pour révolutionner les reproches adressés à Mathieu Valbuena partout en France. « Ses 36.000 roulades me rendaient dingue à chaque match contre l’OM, peste Jean-Pierre, un habitué du virage nord. Dans ses années marseillaises, il était clairement l’un des joueurs qu’on insultait le plus dans les tribunes. » Son pote Nicolas ne décolère pas en se souvenant « d’un but inscrit face à l’OL avec une chance monstrueuse, en manquant son contrôle (1-1 en 2010). »

Le moment où ils ont vraiment cru qu’il ne se relèverait pas

A Marseille, Valbuena n’a rien connu d’aussi grave que l’affaire de la sextape… Mais il est passé par des moments difficiles aussi. Quand il se faisait bizuter par Nasri et Ribéry, par exemple, lors de sa première saison. Ou en 2010, « quand il était à moitié puni par Deschamps », se remémore Gilles, 44 ans, de Peypin, près d’Aubagne : « Il ne jouait pas trop. C’était compliqué pour lui. Il n’était pas au fond du trou comme il a pu l’être à Lyon, mais quand même… Après, je ne me suis jamais dit qu’il ne se relèverait pas, ça reste un mec avec un mental extraordinaire. C’est peut-être parce qu’il est plus petit que les autres ? Du coup, tout a dû être deux fois plus dur. »

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Si Mathieu Valbuena semble enfin libéré à Lyon, on ne compte plus ses moments de galère depuis son arrivée en août 2015, entre ses blessures, l’affaire de la sextape et un accueil guère enthousiaste de tout l’environnement du club. « Le public ne l’a jamais encouragé et s’il s’est remis à l’endroit, il ne le doit qu’à lui seul », reconnaît Jean-Pierre. Son pic de lose a eu lieu le 22 octobre contre Guingamp. Cinq minutes après son entrée en jeu, il se luxe l’épaule et quitte la pelouse sur civière.

« Le pire, c’est qu’on se foutait tous de sa blessure au stade, assume Nicolas. On pensait juste au fait qu’il nous faisait perdre du temps alors qu’on était menés au score. » « Après la sextape, son niveau ridicule la saison précédente et l’équipe qui arrache la deuxième place sans lui, le retour de Nabil Fekir, c’était pour moi le coup dur de trop, confirme Sébastien. Je ne pensais pas qu’il pourrait revenir et j’étais même prêt à lui financer un soutien psychologique. » Trois mois plus tard, « Petit Vélo » a contre toute attente déjà égalé son record de buts (cinq) sur une saison de Ligue 1.

Bonus OM : le moment où il les a trahis

Quand on a vendu notre sujet « souvenirs » à Oussam, 22 ans, abonné Jean-Bouin, il nous a vite répondu : « Sérieux, le jour de sa signature à Lyon, je suis devenu amnésique. Il n’y a plus de Dortmund ni de Liverpool ». Evidemment, en le relançant à peine, on a réussi à le faire développer sur la grande « trahison ». Alerte censure : cette réponse a été expurgée de quelques exclamations pas très bienveillantes…

« C’est un énorme hypocrite, lance Oussam. Il pleure quand il part de l’OM et un an après il va signer à Lyon. Sérieux mais c’était du grand cinéma cette conférence de presse avec Labrune. Il croyait quoi ? Qu’un an en Russie entre les deux, ça suffirait ? » On le relance en lui faisant remarquer que ce n’est ni le premier, ni le dernier Marseillais signant à Lyon. « Morel ou Nkoulou, je m’en fous ! Ils n’ont jamais parlé comme lui, ils n’ont jamais dit qu’ils étaient olympiens pour toujours. » N’y a-t-il pas (au moins) deux Olympiques ?