Marseille: On lui refuse l’incinération de son père depuis dix jours à cause de son pacemaker

IMBROGLIO Le ministère de la Santé devrait enfin délivrer une dérogation dix jours après la mort... 

Clément Carpentier

— 

Une urne funéraire (illustration)
Une urne funéraire (illustration) — MYCHELE DANIAU

C’est un véritable calvaire que vit Karine. Depuis une dizaine de jours, cette jeune femme cohabite avec la dépouille de son père dans la maison familiale.

>> A lire aussi : Onze jours après son décès, elle ne peut toujours pas être inhumée à cause de son pacemaker

Un risque d’explosion du four crématoire ?

« Quand mon papa s’est éteint le samedi 15 janvier à l’âge de 85 ans après avoir été victime de la grippe, j’ai appelé les pompes funèbres pour qu’il soit incinéré puisque c’était sa volonté. On m’a donné une date. » Jusqu’ici tout est normal. Sauf que quelques heures plus tard, Karine reçoit un nouveau coup de fil pour lui dire que « ce n’est plus possible ! »

La réponse du Président de la République à cette famille.
La réponse du Président de la République à cette famille. - Karine

Avec sa mère, elle tombe des nues face à ce refus : « On nous a expliqué qu’il y avait un risque d’explosion du four crématoire à cause de la pile Micra du laboratoire Medtronic que porte mon père depuis un an. » Et c’est vrai qu’il existe bien un danger selon le docteur Mourot, cardiologue à Marseille : « On enlève maintenant systématiquement ce matériel. Il y a déjà eu des incidents à cause du boitier qui est complètement étanche et qui finit par exploser avec la chaleur du four. » En général, le pacemaker est retiré le jour du décès, ce qui n'a pas été fait cette fois-ci.

Face à cette situation, Karine décide alors de se tourner vers les autorités (la mairie, la préfecture et le Ministère de la Santé). Elle écrit même au Président de la République.

>> A lire aussi : Lille: Au CHRU, on implante le plus petit pacemaker du monde

Une incroyable lenteur administrative

Mais, tout le monde se renvoie la balle alors que les jours passent. « Personne ne veut écrire ce document officiel car il y a un vide juridique sur ces nouveaux pacemakers » selon les pompes funèbres européennes de Marseille. En effet, il n’existe aucune ordonnance malgré des expertises qui ont montré qu’il n’y avait aucun risque. « D’ailleurs, des incinérations avec ce type de matériel ont déjà été faites à Bordeaux », s’énerve Karine.

Le pacemaker nouvelle génération que porte le défunt.
Le pacemaker nouvelle génération que porte le défunt. - AP/SIPA

L’autre solution envisagée face à ce blocage administratif, c’est d’enlever cette pile du corps du défunt. Mais là aussi, ça coince car cela doit être fait par un médecin légiste et non les pompes funèbres, il faut donc une autorisation du procureur de la République. À bout de forces, cette Marseillaise a donc décidé de médiatiser son histoire pour faire avancer les choses.

La dérogation se fait attendre

Joint par 20 Minutes, la préfecture des Bouches-du-Rhône ne semblait pas au courant de l’enfer vécu par cette famille malgré de nombreux mails et même un fax reçu la semaine dernière. Lundi soir, elle affirmait « faire le maximum pour régler ce problème et a prévenu les services concernés. »

Un table réfrigérée (illustration).
Un table réfrigérée (illustration). - STEPHANE DE SAKUTIN

>> A lire aussi : Lille: Au CHRU, on implante le plus petit pacemaker du monde

Ce mardi matin, Karine et sa mère ont, enfin, eu des nouvelles du Ministère de la Santé. La dérogation, tant attendue, doit arriver par mail dans la journée. En attendant, les pompes funèbres ont installé le corps du défunt sur une table réfrigérée dans la maison familiale.