«Parfois des albatros me suivent 2/3 jours», le dernier du Vendée Globe Sébastien Destremau raconte sa course

VOILE Et pendant ce temps-là, un Varois s'éclate au beau milieu du Pacifique...

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Selfie maritime de Sébastien Destremau, le 10 janvier dernier
Selfie maritime de Sébastien Destremau, le 10 janvier dernier — S. Destremau / Technofirst Face Ocean / Vendée Globe

Sébastien Destremau est loin de la grande bagarre entre Le Cléac’h et Thomson. 17.000 kilomètres (au pointage de 9 h) le séparent des leaders. Le Varois est bon dernier, seul au beau milieu du Pacifique. Et il le vit très bien.

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On va commencer par la question rituelle… Est-ce que tout va bien ?

Tout se passe à merveille. Les conditions sont très bonnes, le bateau marche bien. Je me rapproche du point Nemo, l’endroit le plus éloigné de toute terre. Ça rappelle bien l’immensité du truc. C’est dément d’être là en solitaire. C’est gigantesque ! Merde, j’ai fait la moitié du tour du monde ! Je me régale, ce sont des moments exceptionnels.

Vous ne vous sentez pas trop seul ?

Mon plus proche concurrent doit être à 1.200 miles, c’est vrai. Mais depuis le départ, il y a toujours eu beaucoup de distance. Je me sentirai seul quand je serai le dernier et le seul dans le Pacifique et ça ne va pas tarder !

Ça ne vous inquiète pas, en cas de pépin ?

Très franchement, ça m’aurait inquiété dans l’Océan Indien… Là, j’étais content d’avoir un concurrent à proximité. C’est là que les accidents arrivent. Le Pacifique porte bien son nom, c’est plus calme. Bon, j’ai quand même pris une méchante tempête il y a quelques jours, mais rien de comparable avec l’Indien.

Alors, ça ressemble à quoi le point Nemo ?

[Il rigole.] Là il y a un brouillard à couper au couteau, j’y vois à 200 mètres à peine. On a une petite brise, 15 nœuds à peu près, une mer plate, quasi plate. Plus de vent ce ne serait pas plus mal mais on ne va pas se plaindre ! Il ne fait pas froid mais avec le brouillard tout est trempé, je me bats pour ne pas faire rentrer l’humidité dans le bateau.

Les derniers sont les onze qui sont rentrés au port !

En ce moment, je ne vois pas d’oiseau, c’est curieux d’ailleurs. Parfois j’ai des albatros qui me suivent pendant deux-trois jours… Puis plus rien… Puis ça revient. J’aimerais bien comprendre ce phénomène, je vais me renseigner à mon arrivée.

Est-ce que vous suivez le sprint fou entre Armel Le Cléac’h et Alex Thomson ?

Je vois les positions, je reçois les mails de l’organisation… C’est un fabuleux finish, c’est énorme d’avoir une course aussi dure, aussi longue et que ce soit aussi serré à la fin. Personnellement j’ai une petite préférence pour Alex, j’aime beaucoup sa personnalité, son bateau aussi. Mais si Armel gagne [quand on a appelé Sébastien Destremau, mercredi soir, ce n’était pas tout à fait plié], rien à dire, il mérite largement sa victoire.

Vous vous attendiez à être aussi loin d’eux ?

C’est vrai que la distance est énorme, les voir arriver aux Sables et être si loin… C’est un moment difficile pour le moral. Je devrais être au cap Horn, en gros. Quand je suis parti, le bateau n’était pas fini. Il a fallu deux à trois semaines pour terminer le bateau. Ensuite j’ai perdu du temps en Tasmanie pour inspecter mon gréement. J’ai bouffé au moins dix jours là dessus.

Le fait d’être dernier, c’est une déception ?

Pas du tout. Déjà parce que les derniers ce sont les onze qui sont rentrés au port. Pour moi, le Vendée c’est le gagner ou le terminer, point. Le reste, c’est de la littérature. Je me fiche complètement d’être dernier, avant dernier ou avant avant dernier ! J’ai le seul bateau avec une poulie fixe, je n’ai aucun cordage qui revient au cockpit… Déjà je perds deux nœuds de vitesse. Ça fait 50 miles par jour, à la fin ça compte…

Normalement, j'ai assez à manger. Et au pire, je peux toujours pêcher !

Je mène mon bateau aussi vite que je peux, en fonction de ses moyens et de mes moyens à moi. J’ai d’énormes lacunes, une méconnaissance considérable de la navigation en solitaire [son truc à lui ce sont les régates. Il n’avait jamais navigué en solitaire, jamais navigué sur un Imoca]. Je suis à ma place !

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Vous pensez arriver quand ?

J’avais comme ambition au départ de terminer le 14 février, cent jours après le départ, et puis bon pour la Saint-Valentin, ça faisait un joli symbole. Je vais rater ça, c’est sûr. Maintenant, j’ai deux objectifs. Terminer moins de 43 jours après le premier, parce que c’est l’écart moyen entre le dernier et le premier sur les six premières éditions. Et terminer en février. Le 26, c’est un dimanche, ce serait pas mal.

La question est peut-être bête mais ça nous inquiète… Vous avez assez à manger (et je vous dis ça un Twix à la main) ?

[Il se marre…] Je fais attention oui ! Je suis parti avec quinze sacs hebdomadaires, et un de réserve. Il m’en reste encore sept, parce que j’ai fait quelques économies dans l’Atlantique, j’avais emmené du frais. C’est sûr qu’après, je n’ai plus rien. Là, dans le Pacifique, je ne me prive pas. On dépense une grosse énergie pour maintenir la température. Dans l’Atlantique, au pire, j’arriverai à gratter une semaine… Et puis on peut toujours pêcher !

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