Marseille: Loger des sans-abri permet de faire des économies

PRECARITE C’est ce que montre une étude menée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille…

Mathilde Ceilles

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Marseille le 4 janvier 2010 - Un sdf dans le centre ville / Illustration
Marseille le 4 janvier 2010 - Un sdf dans le centre ville / Illustration — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

C’est un constat à contre-courant de certains préjugés. Après cinq ans d’expérimentation selon un processus scientifique rigoureux, une équipe scientifique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille démontre que le fait d’offrir un logement à des sans-abri atteints de graves pathologies mentales permet de réaliser une économie de plusieurs milliers d’euros.

En quoi consiste cette expérimentation ?

Entre 2011 et la fin de l’année 2016, un programme expérimental a été mené dans cinq villes de France, dont la ville de Marseille. Inspiré de méthodes utilisées aux Etats-Unis, ce programme, intitulé « Un chez soi d’abord », consiste à proposer un logement à des sans-abri atteints de schizophrénie et de bipolarité. En effet, 30 % des sans-abri sont atteints de troubles psychiques.

Dans la cité phocéenne, 200 sans-abri volontaires ont pris part à l’expérience. La moitié a bénéficié d’un logement en sous-location après tirage au sort. « L’idée est de pouvoir faire un comparatif à la fin de l’expérience entre les deux groupes de personnes », explique le docteur Pascal Auquier, professeur de santé publique et de médecine sociale à la faculté de médecine de Marseille et coordinateur du projet.

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« On leur fournit un logement pérenne, et non un hébergement d’urgence. Cette dernière solution ne fait qu’accentuer la précarité », avance le docteur Vincent Girard, psychiatre partie prenante du projet.

Les personnes logées bénéficient en outre d’un accompagnement de la Haute autorité de santé (HAS), qui va de l’aide matérielle à la mise en relation avec des structures spécialisées pour trouver un emploi.

Quels sont les résultats ?

« 63 % des volontaires ayant été logés sont sortis de la précarité, puisqu’ils ont aujourd’hui suffisamment de moyens pour être locataire d’un appartement », se réjouit Sylvie Katchadourian, directrice du pôle santé habitat à la HAS. L’état de santé de ces personnes s’est de plus amélioré.

Surtout, ce dispositif permet de faire des économies. « En pratique, ces personnes sont moins souvent hospitalisées, puisque l’hospitalisation était aussi un moyen d’être logé », note Pascal Auquier. « Ce qui coûte cher, ce sont les dispositifs d’urgence : les personnes vont appeler les pompiers, être prise en charge par les urgences… », ajoute Sylvie Katchadourian. Bilan de l’opération : « chaque personne logée coûte 14.000 euros à l’Etat, alors que chaque personne malade qui dort dans la rue engendre une dépense de 17.000 euros », indique Pascal Auquier.

Le dispositif va-t-il être étendu ?

Au vu de ces résultats positifs, le gouvernement a décidé le 3 janvier dernier d’étendre le dispositif à l’ensemble du territoire. « Le logement, droit fondamental, sert de tremplin pour faciliter les soins et l’inclusion sociale », note le ministère du Logement et le ministère de la Santé et des Affaires Sociales dans un communiqué.

A Marseille, le dispositif reste en place. Une initiative accueillie avec enthousiasme par les équipes qui ont participé au projet. Pour Sylvie Katchadourian, « il manquait cette solution, qui reste une solution complémentaire aux autres. »

Une jeune Marseillaise, Astride Lefebvre, a créé il y a quelques jours un groupe Facebook intitulé « Une couverture pour les sans-abri ». Objectif : venir en aide aux SDF en leur fournissant couvertures et autres vêtements chauds. La jeune femme donne rendez-vous au McDonald’s Sainte-Marguerite Dromel le 21 janvier de 13h à 15h pour récolter des dons.