Marseille capitale du sport 2017: Le sport permet-il vraiment de s’intégrer à Marseille?

MULTISPORTS Lundi, la mairie a inauguré en grandes pompes son nouveau statut sportif pour 2017, avec en son centre, l'adage du «sport pour tous»...

C.L.

— 

L'association Marseille Nord Handball oeuvre depuis 20 ans dans les quartiers populaires
L'association Marseille Nord Handball oeuvre depuis 20 ans dans les quartiers populaires — Marseille Nord Handball

Quand on se pose la question de l’intégration par le sport à Marseille, un nom vient mécaniquement en tête : Zizou. L’enfant des quartiers nord devenu le 4 janvier 2016, entraîneur d’une des équipes les plus célèbres du monde, le Real Madrid. Mais derrière le héros de l’équipe Black-Blanc-Beur de France 1998, à Marseille, un enfant sur deux ne sait pas nager. La cité tournée vers la mer, sera pourtant en 2017, la capitale européenne du sport. « Ce titre distingue l’engagement de la ville en faveur du sport comme vecteur d’intégration sociale », se vante la municipalité sur  le site de l’événement. La définition colle-t-elle vraiment à Marseille ?

>> A lire aussi : Le programme de Marseille capitale européenne du sport 2017

L’OM pas vraiment « socialisant »

Pour Lionel Maltese, professeur en management du sport, l’intégration par le sport commence par le haut niveau, celui qui « donne envie ». Vu la popularité de l’OM, on pourrait clore le débat ici. Même si les chiffres de fréquentation ont chuté, le Stade Vélodrome réunit cette saison en moyenne 33.000 spectateurs par match. « Le foot est plus accessible qu’en Angleterre, note l’enseignant, mais l’OM est-il socialisant ? s’interrogeait-il avant le rachat du club en octobre. Est-ce que l’OM a des relations avec les clubs locaux ? Non. Est-ce que la ville prend le relais ? Non plus. »

>> A lire aussi : Comment «l'expérience spectateur» peut changer le Vélodrome

Depuis l’arrivée de Frank McCourt, la donne est en train de changer. Le club se tourne vers de nouveaux publics et montre un intérêt certain pour les clubs amateurs. Conséquence du changement récent de propriétaire ou volonté de se détacher de l’envahissant OM, le club n’apparaît quasiment pas dans le projet de Marseille capitale du sport.

« Dans notre gymnase, on fait nous-même le ménage »

Peu mentionnée aussi dans le joli dépliant en papier glacé offert par la ville, la partie Nord de la ville, comprenant les quartiers les plus pauvres et les plus peuplés. Chez les associations, autant dire que l’événement Marseille Capitale du Sport fait pouffer quand il ne déclenche pas la colère étouffée des bénévoles. « On espère que ça aura un impact positif », ose Marion Ricardo, directrice du développement de Marseille Nord Handball, du bout des lèvres. Elle recevra jeudi le label Sport Responsable au Comité National Olympique et Sportif Français.

>> A lire aussi : A Marseille, les quartiers Nord, (encore) oubliés de la fête de l'Euro

Depuis huit ans, l’association a apporté le sport « aux pieds des immeubles ». Plus de 4.000 jeunes de zones défavorisées comme Kalliste ou les Aygalades ont participé, prouvant que oui, le sport est un vecteur d’intégration à Marseille. « C’est un travail de très longue haleine, insiste Marion. Faire du sport est très valorisant et c’est le tremplin » vers une autre option que la drogue ou le chômage. Mais si elle remercie quelqu’un, c’est avant tout l’Etat, qui a financé pour moitié le projet récompensé jeudi. La mairie n’a octroyé que 1 % de la somme.

Une fois l’anonymat garanti, certains responsables se lâchent : « On connaît les élus et déjà qu’on rame, on ne va pas se tirer une balle dans le pied. » Quand les uns pestent de devoir jouer sur des terrains en terre, d’autres errent de piscine en piscine avec leur club de natation.

« Dans notre gymnase, il n’y a pas de gardien alors on fait nous-même le ménage », regrette un club quand un autre doit amener son propre papier toilette aux entraînements. « On veut casser l’image des quartiers nord mais on ne nous aide pas », constatent beaucoup. Certaines structures envisagent même de se regrouper pour organiser une sorte de Marseille capitale du sport « alternatif », avec leurs événements et leurs priorités. 

Quatre rénovations annoncées pour 2017

Marseille revendique 150.000 licenciés sportifs et autant de pratiquants libres. Mais si la région Paca est championne des sports collectifs selon L’Equipe, ce n’est pas grâce à Marseille, qui est elle-même 10e. Quatre rénovations sont annoncées par la mairie dans « les temps forts » de Marseille capitale du Sport. Le stade de la Bombardière (12e) et le stade Sevan (12e) seront réhabilités grâce à la moitié des deux millions d’euros octroyés par l’UEFA pour l’Euro de football. Fin 2017, la piscine de la Granière (11e) et le complexe Charpentier (3e) suivront.

>> A lire aussi : Comment la mairie de Marseille s'intéresse (enfin) aux assos sportives LGBT

« 2017 n’est ni une ligne de départ ni une ligne d’arrivée, commentait Richard Miron pour MadeinMarseille. L’idée est que cette année-là soit un marqueur qui nous permette de programmer et perdurer ce que l’on a déjà entrepris ». Et Zidane dans tout ça ? L’immeuble où il a grandi a été détruit en mai dernier. Les enfants de la Castellane, eux, continuent de taper dans un ballon déchiré sur le béton.