On a imaginé la danse sur glace du futur avec Papadakis et Cizeron

PATINAGE Le couple français champion du monde en titre veut dépoussiérer la danse sur glace…

C.L.

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Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron le 10 décembre 2016 à Marseille lors de la finale du Grand Prix ISU
Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron le 10 décembre 2016 à Marseille lors de la finale du Grand Prix ISU — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

« Ils bouleversent ce monde très figé », leur programme est « osé ». A lire les commentaires de la presse sur le couple en vogue du patinage français, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron sont résolument modernes.

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Les deux partenaires qui ont terminé deuxième lors du Grand Prix ISU de patinage qui s’est terminé ce dimanche à Marseille, acceptent volontiers la description. « Il y a ce cliché du patinage qui est ringard, ce qui est le cas, on doit l’avouer, concède Guillaume Cizeron. Même nous, on a déjà fait des choses ringardes. En France, on a cette culture d’innover. C’est ce qu’on essaie de faire. » Comment ? 20 Minutes a interrogé les champions du monde.

La musique : « On est très attirés par les musiques qui n’ont pas de rythme régulier »

C’est le point qui revient le plus souvent quand on parle du futur de la danse sur glace avec Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron : « avoir plus de liberté au niveau de la musique ». Le règlement de la discipline oblige les patineurs à évoluer sur un « battement régulier et audible ». « On est très attirés par les musiques qui n’ont pas de rythme régulier », explique pourtant Gabriella. Beaucoup de bande-sons choisies par le couple ont ainsi dû être refaçonnées pour coller au règlement.

Autant dire, qu’en 2016, quand ils ont dévoilé un programme libre qui alterne envolées de piano et silence, tout le monde a crié à la révolution. « On a essayé de patiner sur du silence le plus longtemps possible… Mais on fait quand même de la compétition. » Sous entendu, ils ne vont quand même pas tenter le diable et risquer de se faire saquer.

La chorégraphie : « Est-ce qu’ils vont faire l’Irlandais ou l’Africain ? »

Ni complètement danse ni uniquement sport, la danse sur glace est à la frontière de deux mondes. Pour le duo, c’est vers la danse que la discipline doit évoluer. Pour leur programme libre 2014-2015, le couple a puisé dans Le Parc d’ Angelin Preljocaj, « la façon dont ils bougent », explique le patineur.

On reconnaît même un porté (à partir de 3’50) adapté de la pièce du chorégraphe aixois.

« Quand on regarde une compagnie de danse contemporaine, ils font évoluer leur univers au fur et à mesure, reprend Guillaume. Nous, on nous demande de changer de style chaque année. » Swing, hip-hop, blues… Le programme court impose un thème. Et pire, les patineurs ont tendance à se fondre dans un univers à la limite de la caricature. « On ne peut pas s’attendre à ce qu’on fasse l’année prochaine un programme égyptien, l’année d’après un tango, rebondit Gabriella. On ne fait pas Danse avec les Stars. Les gens se disent un peu "Est-ce qu’ils vont faire l’Irlandais ou l’Africain ?" Non, on va faire nous en fait. »

Les costumes : « Je ne vois pas de raison qui nous obligerait à porter une jupe »

C’est un peu ce qui fait que le patinage est moqué : les costumes. « Les combinaisons en lycra à paillettes et strass, on en voit beaucoup, s’amuse Guillaume Cizeron, car dans ce milieu on ne trouve pas ça bizarre. » Il y a un peu de cynisme dans sa phrase. Car les tenues regroupent un peu tout ce que le patinage a de poussiéreux.

Réglement national de danse sur glace
Réglement national de danse sur glace - CNSDG

Folie, cette année, les filles ont eu le droit de porter des pantalons. « C’est nouveau et c’est exclusif au programme court de cette saison, s’empresse de préciser Gabriella Papadakis, outrée. Je trouve que ça devrait être comme ça sur toutes les compétitions et tous les programmes. Je ne vois pas de raison qui nous obligerait à porter une jupe. »

La notation : « Un gros pavé de 700 pages qui change chaque année »

Il n’y a pas grand-chose de plus complexe que le règlement de la danse sur glace, « un gros pavé de 700 pages », résume Guillaume, « qui change tous les ans », appuie Gabriella. Par exemple, connaissez-vous le « pattern » ? Il s’agit du schéma (pattern comme patron, modèle) que suivent les patineurs sur la glace. C’est ça :

Exemple de «pattern» en patinage
Exemple de «pattern» en patinage - Pinterest

Les compétiteurs ne peuvent pas se déplacer n’importe comment. « C’est très mal adapté, explique Gabriella. Il y a des lignes imaginaires à ne pas dépasser, on ne peut pas patiner là où on a déjà patiné sauf si on refait un tour… Enfin, c’est hyper compliqué. » Beaux joueurs, Cizeron et Papadakis s’efforcent de voir le côté positif. « On se dit : Qu’est-ce qu’il y a dans le règlement qu’ils ne s’attendent pas à voir ou qu’ils n’ont pas encore interdit ? C’est comme un entonnoir, poursuit-elle, celui qui trouve l’issue au bout, il fait toute la différence. »

Les commentateurs : « Qu’on me dise que j’ai de jolies fesses, moi j’en ai rien à faire »

Nelson Monfort et Philipe Candeloro sont des habitués du bad buzz. Remarques grivoises voire carrément sexistes n’ont pas échappé aux oreilles des champions d’Europe.

Philippe Candeloro ne fait pas forcément partie de la danse sur glace du futur
Philippe Candeloro ne fait pas forcément partie de la danse sur glace du futur - AFP

« J’ai déjà entendu des choses un peu misogynes, qui rabaissent le patinage aux jolies tenues et aux jolies filles, raconte Gabriella. [« C’est stupide », ponctue Guillaume]. Les gens le voient comme un sport de drama, moi ça m’énerve un peu que la télé essaie de garder ce côté alors que le patinage n’est plus ça du tout. Qu’on me dise que j’ai de jolies fesses, moi j’en ai rien à faire. »