Marseille: Un réseau hors norme de blanchiment d’argent sale démantelé

FAITS DIVERS C'est le fruit d'une enquête internationale qui va du Maroc aux Pays-Bas...

Mickael Penverne

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Le procureur Xavier Tarabeux
Le procureur Xavier Tarabeux — M.P

C’est un réseau « hors norme » de blanchiment d’argent sale qu’ont démantelé les gendarmes marseillais, aidés de leurs collègues parisiens, belges et néerlandais. Au total, 425 enquêteurs et magistrats européens ont travaillé pendant plusieurs mois sur ce dossier « exceptionnel » qui a conduit à l’interpellation en France de 26 personnes et à la saisie de 2,5 millions d’euros, de 7,5 kg d’or, de 11 kg de cocaïne, 785 kg de cannabis et de nombreux véhicules aménagés pour transporter la drogue du Maroc vers l’Europe.

L’affaire a démarré par un banal contrôle routier des douanes à Mornas, dans le Vaucluse. Ils découvrent à bord d’une voiture 298.000 euros en petites coupures. Comme à chaque découverte de cette importance, la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, spécialisée dans la grande criminalité, est chargée de mener l’enquête. Celle-ci s’avérera tentaculaire, allant du Maroc en passant par l’Espagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas.

Une cellule d’enquête spéciale

Pour faciliter la coopération internationale entre les différents services, une cellule d’enquête spéciale a été mise en place au niveau européen en décembre 2015. Partout en Europe, les filatures et les surveillances électroniques et physiques se sont ajoutées aux traditionnelles enquêtes sur les mouvements bancaires suspects. Un travail patient et minutieux qui a permis de mettre à jour un des plus vastes réseaux de blanchiment d’argent du trafic de drogue.

Au centre de cette affaire : un Marocain, aujourd’hui en fuite. Celui qui est présenté comme le « donneur d’ordre » par les enquêteurs avait mis en place un système bancaire parallèle, inspiré du hawala, un système informel de paiement dans les pays musulmans. L’argent du trafic de drogue transitait par une petite épicerie du 17e arrondissement de Paris pour être blanchi et investi dans l’économie légale.

Selon les enquêteurs, plus de 10 millions d’euros seraient passés par cette boutique, 75 millions d’euros ont transité sur l’ensemble du territoire français en un an, et 400 millions d’euros dans toute l'Europe en quatre ans. Des chiffres qui impressionnent même les enquêteurs. « Je travaille depuis 16 ans et je n’ai jamais vu ça », a souligné Pedro Felicio, spécialiste portugais de la délinquance financière à Europol. « Nous sommes deux ou trois crans au-dessus des réseaux de criminalités habituels », a confirmé le général de gendarmerie David Galtier.

infographie
infographie - Gendarmerie Nationale

Un collecteur pris en flagrant délit

Après des mois d'enquête, le coup fatal à ce réseau a été porté les 21 et 22 novembre. Ce jour-là, les policiers français, belges et néerlandais ont procédé à plusieurs interpellations et perquisitions simultanées. Sept personnes ont été arrêtées en Belgique et 2,8 millions d’euros saisis - les billets étaient planqués dans une cave, dissimulés sous du faux plancher. Aux Pays-Bas, cinq individus et 20 kg de cocaïne ont été découverts. Un pistolet-mitrailleur Uzi a également été retrouvé.

Au même moment, en France, un des « collecteurs » d’argent a été arrêté à Besançon, dans le Doubs. L’individu a été pris en flagrant délit alors qu’il recevait 943.000 euros en liquide. Il est soupçonné d’être l'intermédiaire entre les trafiquants de drogue et le propriétaire de l'épicerie, le « donneur d’ordre » marocain, actuellement en fuite. Un mandat d’arrêt international a été délivré contre « l’épicier » du 17e arrondissement.