Marseille: La Plaine demeurera-t-elle «chourmo» avec ses futures «ramblas»?

AMENAGEMENT Le projet de réaménagement a été présenté officiellement...

Mickael Penverne

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Le projet de l'agence APS Lancer le diaporama
Le projet de l'agence APS — Agence APS

Après plusieurs mois d’attente, la Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise (Soleam) a enfin dévoilé le projet de rénovation de la place Jean-Jaurès, carrefour d’un quartier où se côtoient étudiants, classes populaires et petites bourgeoisies intellectuelles. Une place où aimait « se rafraîchir » Jean-Claude Izzo : « Un peu branché aujourd’hui, le quartier. Mais tout était relatif. On ne s’y pavanait pas en Lacoste, et le pastis pouvait se boire jusqu’à l’aube », écrivait-il dans Chourmo.

Si la Plaine continue d’attirer pour sa mixité sociale, sa vie culturelle et nocturne, ses équipements dépérissent depuis des années. Les rues sont sales, les trottoirs défoncés et la chaussée déformée. Envahie de voitures, la place sert surtout d’immense rond-point et de parking à ciel ouvert provoquant une multiplication des « conflits d’usage » entre automobilistes, cyclistes et piétons – souvent au détriment de ces derniers d’ailleurs.

La Plaine aujourd'hui
La Plaine aujourd'hui - M.P

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Une seule voie traversante

La ville de Marseille a donc décidé de réhabiliter cette place historique pour lui redonner « attractivité », « apaisement » et « dynamisme ». Et c’est le projet de l’agence APS de Valence qui a été choisi par la Soleam. Celui-ci fait table rase de la Plaine qu'a connu Jean-Claude Izzo puisqu'il prévoit de réduire drastiquement la place de la voiture. Le stationnement sera supprimé et les automobilistes ne pourront plus circuler autour de la place. L’accessibilité sera « ponctuelle (et) en pétales », indique le dossier de présentation.

Les voitures ne pourront emprunter qu’une voie traversante qui sera créée dans la continuité de la rue Saint-Savournin et qui reliera les rues des Trois Mages et Saint-Pierre. Les piétons seront les grands gagnants de cette transformation puisque le projet prévoit d’aménager deux « ramblas » - une grande et une petite – servant de « promenoir confortable et accessible ». Les trottoirs seront élargis et une piste cyclable sera ouverte. L’aire de jeux sera maintenue, comme le marché forain.

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Début des travaux en 2018

Selon Gérard Chenoz, adjoint au maire délégué aux « grands projets » et président de la Soleam, le projet de l’agence APS permet de « s’adapter aux spécificités du quartier » tout en faisant de la Plaine « un emblème du nouveau Marseille comme peut l’être le Mucem ». Les travaux, qui vont coûter 11,5 millions d’euros, ne devraient pas démarrer avant un an, pour une livraison en décembre 2019. D’ici là, les études vont se poursuivre, ainsi que la consultation avec les habitants.

Le projet reste très critiqué par une partie de la population qui craint un embourgeoisement du quartier, et donc des expulsions comme ce fut le cas lors de la rénovation de la rue de la République. Pendant des mois, des habitants, rassemblés au sein de l’Assemblée de la Plaine, se sont mobilisés pour réclamer davantage de concertation et de transparence. La présentation du projet de l’agence APS ne les rassure pas vraiment.

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« Il est beau ce projet »

« Ils vont réduire le marché alors que c’était une aubaine pour les gens modestes, explique Paul, un de ses membres de ce collectif très informel. Et ils vont diminuer le stationnement, ce qui aura forcément un impact sur les bars et restaurants. Les petits commerces vont être ruinés et les investisseurs vont pouvoir racheter à bas prix ». Comme d’autres habitants, Paul dit ne pas être hostile à un réaménagement de la Plaine mais « pas selon une logique industrielle et financière ».

Pour aider à la concertation publique, des « outils de dialogue » ont été mis en place par la Soleam - en fait, une simple adresse mail et une page Internet. Une exposition sera également installée dans les mairies du 1er, 3e et 4e secteurs. Mais pour Gérard Chenoz, la concertation a déjà eu lieu : « Elle a été faite au moment de la rédaction du cahier des charges. Je n’ai pas à écouter ceux qui ne sont jamais contents (…). Moi, je m’appuie sur la majorité silencieuse. Et à chaque fois que je le présente, tout le monde me dit qu’il est beau ce projet ».