Avec ceux qui pensent encore que la planche à voile n’est pas ringarde

VOILE Le windsurf n’a pas dit son dernier mot…

C.L.

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Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016
Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016 — J.Lacave

Les pieds encore mouillés par la combinaison qui dégouline, le buste entouré d’une parka, les coureurs en attente sont adossés contre la remorque d’un camion. A un mètre de haut, les juges notent les figures et les sauts, protégés des 30 nœuds qui décoiffent la plage. Nous sommes à Carro, petite commune aux confins de la Côte Bleue dans les Bouches-du-Rhône avec les 32 meilleurs « vagueux » de l’Hexagone. Ceux qui sautent à 10 mètres suspendus à leur planche. C’est le dernier jour du championnat de France Rip Curl de windsurf.

Des prize money divisés par 10

On parle ici de planche à voile mais windsurf passe mieux. Planche à voile, ça sonne Nathalie Simon et années 1980. Avouons-le, pour le commun des mortels, ça sonne ringard. L’air du temps est au tout jeune Stand Up Paddle, au très populaire kitesurf et au glamourissime surf.

Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016
Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016 - CL

« La discipline s’est diluée dans les autres sports nautiques », nous explique-t-on près de la fameuse remorque, où juges, photographes, coureurs et organisateurs sont un peu tout à la fois. Illustration frappante, là où les prize money frôlaient les 50.000 euros sur un championnat du monde dans les années 1980, ils plafonnent en 2016 à 6.000 euros.

La faute de la loi Evin

La crise de la planche a commencé dans les années 1990, principalement avec la loi Evin. Le texte de lutte contre le tabagisme interdit en 1991 tout sponsoring sportif par des marques de tabac ou d’alcool. Manque de bol pour le funboard, c’est Peter Stuyvesant, le cigarettier qui finance en grande partie la Coupe du Monde. L’entreprise se désengage immédiatement. « Entre 1992 et 1995, le programme du nombre d’étapes de la Coupe du monde professionnelle passe de 40 à 16 », développe Arnaud Sebileau dans ses travaux pour la revue Cairn.

Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016
Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016 - J.Lacave

Résultat aujourd’hui, une quinzaine de pros français parviennent à en vivre. « Mais si on compte ceux qui veulent une famille et faire un crédit pour une maison, ils sont quatre », s’amuse plus ou moins Thomas Traversa, champion du monde 2014 et LA référence française de la discipline, depuis son break gris envahi de voiles et de planches.

Attendre pour mieux surfer

En 2016, 9.000 pratiquants ont pris leurs licences auprès de la Fédération française de voile, contre 12.000 en kitesurf. Si la chute fut brutale, le marché s’est stabilisé depuis les années 2000. Avec « la wave » comme vitrine de la planche, parce que son pendant le plus impressionnant. « C’est un sport mature », nous souffle-t-on. Tellement que ceux qui en sont dingues, se débrouillent entre eux pour progresser.

Jean-Baptiste Caste est un windsurfeur comme les autres. Mais depuis 2013, il s’est ajouté une casquette d’organisateur. Il a eu l’idée de développer une course basée sur des « waiting period ». En gros, deux créneaux où vague et vent sont définis : entre janvier et mai puis entre octobre et novembre. Quatre spots sont choisis. Selon les conditions du moment, la compétition se déplace. La FFV « a trouvé ça cool » et en a fait un championnat de France cette année.

Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016
Reportage à Carro - championnat de France de windsurf vagues 21 novembre 2016 - J.Lacave

L’habitude française était plutôt aux compétitions calées un an à l’avance sur une semaine précise. Peu importent les conditions et sur des spots proches des clubs (les organisateurs) mais peu ragoûtants. « Il fallait venir une semaine entière, ajoute Jean-Baptiste et les meilleurs ne se déplaçaient finalement pas ». Dans cette froide matinée de novembre, à Carro, Thomas Traversa et les autres sont bien là.