Marseille: L'avenir de la Villa Valmer fait des vagues

POLEMIQUE La ville de Marseille a lancé un appel à projets pour cette bastide de la Corniche...

M.P.
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La Villa Valmer
La Villa Valmer — M.P

C’est un des endroits préférés des jeunes mariés. Ils défilent quasiment tous les week-ends sur le perron de la Villa Valmer, située sur la Corniche, pour immortaliser leur union. La bâtisse, construite en 1865 sur commande de Charles Gounelle, riche fabriquant d’huile et négociant salonais, a des allures en effet de petit château.

De style néorenaissance, la bastide a d’abord porté le nom de « vague de la mer » avant de s’appeler la Villa Valmer. Imposante avec ses trois niveaux, elle offre aussi une des plus belles vues sur la rade, le château d’If et l’archipel du Frioul. Pour y accéder, il faut passer par un parc public rempli de palmiers, d’oliviers, de pins d’Alep ou encore de chênes verts.

Déménagement à Euromed

Bref, la Villa Valmer est un havre verdure apprécié des mariés, des familles, des enfants et des joggeurs du dimanche. Elle est occupée depuis des années par des institutions internationales comme le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée. Or, ces dernières ont annoncé leur intention de quitter les lieux pour s’installer notamment à Euroméditerranée.

Pour trouver une nouvelle utilité à la bâtisse, la ville de Marseille, propriétaire des lieux depuis 1967, vient donc de lancer un appel à projets. La municipalité souhaite favoriser un « projet innovant permettant de développer l’attractivité et le rayonnement » de la ville. Il sera entièrement privé et ne bénéficiera « d’aucune participation financière » de la ville.

Le parc de la Villa Valmer
Le parc de la Villa Valmer - M.P

Amputation de l’espace public

Les candidats doivent déposer leur dossier avant le 23 décembre. Le problème, c’est que Dominique Vlasto, adjointe au maire chargée du tourisme, a déjà indiqué ce qu’elle souhaitait : un hôtel de luxe de 25 ou 30 chambres, « type Relais & Châteaux ». « C’est une idée qui m’a été suggérée par un hôtelier marseillais, dont je tairais le nom », a-t-elle précisé à La Provence avant d’ajouter que « la partie boisée, à gauche, devant l’hôtel » pourrait devenir un parking.

Cette déclaration a suffi à mettre le feu aux poudres. Deux jours après, Hervé Menchon, conseiller d’arrondissement écologiste à la mairie du 4e secteur, mettait en ligne une pétition pour protester contre « la privatisation du jardin Valmer ». « Il s’agit d’une nouvelle amputation d’un espace public, qui plus est, un espace boisé classé et un point de vue magnifique que tous les Marseillais apprécient », proteste-t-il.

Conflit d’intérêts

Selon ses calculs, la mairie envisagerait de privatiser environ 4000 m² d'espace public – sur les 17 000 m du parc - dont environ 2500 m² d'espace boisé classé et 1500 m² d'esplanade. « On ne peut pas continuer de réduire ainsi les espaces verts publics qui sont déjà suffisamment rare dans le centre-ville, ajoute-t-il. Je n’ai pas envie que Marseille ressemble à Gotham City ».

Mais Hervé Menchon soulève un autre problème – juridique, celui-là : « Dominique Vlasto a dit une chose très grave : elle a parlé d’un restaurateur qui lui aurait soufflé l’idée d’un hôtel de luxe. J’espère que nous ne verrons pas de restaurateur dans la liste des candidats… Et je ne sais pas si Dominique Vlasto fait parti du jury de sélection mais il y a peut-être un risque de conflit d’intérêts ».

La Villa Valmer
La Villa Valmer - M.P

Un hôtel ou toute autre chose

Sentant la polémique gonflée, Yves Moraine, président du groupe de la majorité au conseil municipal, est monté au créneau pour défendre l’appel à projets de la mairie et recadrer le discours. « Nous ne sommes pas centrés sur un hôtel, assure-t-il. Cela peut être un hôtel ou toute autre chose. C’est aux opérateurs économiques de nous faire des propositions intéressantes. Si quelqu’un a une idée originale, moi, je suis preneur. En tout cas, nous voulons quelque chose qui donne envie aux gens de venir à Marseille ».

Quant à la privatisation de l’espace vert boisé, il réfute les estimations d’Hervé Menchon. « L’appel à projets ne concerne que deux bâtiments et les espaces immédiatement contiguës, affirme-t-il. Cela veut dire que 90 % du parc public n’en fait pas partie. Quel que soit le projet retenu, le parc restera accessible au public. La polémique n’a donc pas lieu d’être et la pétition lancée sur Internet est nulle et non avenue ». A ce jour, celle-ci a recueilli près de 2300 signatures.